Au Maroc, l’agriculture subit de sévères stress hydriques depuis une dizaine d’années. Un réel enjeu pour l’État. Retour sur l’irrigation et l’agriculture au Maroc.
Irrigation et ressource en eau pour l’agriculture au Maroc : les limites du modèle

L’association de cultures en strates associe par exemple des céréales avec des cactus et des atriplex. (© Entraid)
Autant pour les cultures vouées à alimenter le pays que pour les productions d’exportation comme les agrumes. « Le Maroc base la gestion de sa ressource en eau agricole sur deux systèmes. Le stockage des précipitations par les montagnes de l’Atlas et des barrages, ainsi que la dessalinisation d’eau de mer », décrit Marie Morineau, agronome indépendante et rédactrice pour TCS.
Dans le cadre d’une étude Nuffield sur les usages de l’eau en agriculture, elle s’est rendue au Maroc. « Or le premier souffre de deux tensions : il pleut moins, et les stocks sous forme de neige diminuent. De son côté, la dessalinisation coûte cher. De plus, elle génère des concentrations de sel préjudiciables pour les cultures et les équipements d’irrigation », explique-t-elle.
Pour information, le réseau Nuffield accorde des bourses à des jeunes actifs du monde agricole. Cela leur permet de voyager à l’étranger pour y découvrir de nouvelles méthodes, s’inspirer et ramener des idées novatrices dans leur pays d’origine.
Cultures pluviales en strates

Le pâturage participe à valoriser les surfaces. (© Entraid)
Alors l’État prend la main, pour le meilleur et pour le pire. Commençons par le meilleur. « L’État prend le sujet à bras-le-corps, note Marie. Son ministère de l’Eau finance de réguliers plans pour trouver des productions adaptées aux nouvelles conditions climatiques. »
Résultat, aidé par son Institut National de Recherche Agronomique (Inra), l’État bouscule les modèles habituels. « Dans certains contextes, les grandes cultures ne produisent plus rien à cause des stress hydriques, commente Marie Morineau. Il subventionne de nouveaux modes de culture, par association de cultures en strates. »
Des cultures annuelles (blé, orge) sont associées à une strate arbustive (cactus, figuiers de barbarie, atriplex…), parfois à des arbres (oliviers, arganiers, amandiers…), voire à du pâturage des résidus. Avec des résultats encourageants. Toutefois, ces cultures ne dégagent pas une valeur assez importante pour être irriguées.
Goutte-à-goutte, coûte que coûte ?
L’arboriculture (agrumes en tête) accapare la grande majorité des 15 % de SAU irriguée (7 % en France).
Là réside le bât qui blesse : « La part de goutte-à-goutte, système efficient, augmente, mais est-ce viable ? s’interroge Marie Morineau. Sur le terrain, les pieds des arbres sont sous perfusion, tandis qu’entre eux, le sol sec ne permet pas à la vie du sol de se développer. Tout cela pour exporter des fruits composés d’eau à 90 %, contre des imports de grains de céréales contenant 15 % d’eau. »

Le gouvernement marocain aide à l’achat de matériels, comme ce semoir pour semis direct conçu dans le pays. (©Entraid)
Irrigation sélective
Au Maroc, 89 % de l’eau prélevée et non restituée aux milieux aquatiques est destinée à l’agriculture. En France, l’Inrae estime cette part à 58 %. L’État marocain finance des techniques d’irrigation plus efficientes que le traditionnel système gravitaire. Un enjeu tant quantitatif que qualitatif.
En effet, la tension sur l’approvisionnement en eau incite parfois certains agriculteurs à irriguer avec des eaux usées non traitées. L’irrigation agricole met en évidence une agriculture marocaine à deux vitesses. Des productions comme l’arboriculture concentrent la majeure partie de l’irrigation. Bien que les plans de financements concernent l’ensemble du secteur, certains jugent qu’ils favorisent les grandes structures.
+ 40 %
Associé à l’Atriplex nummularia, le rendement de l’orge augmente de 40 % (15 q/ha contre 11), dans la région de Tancherfi, (290 mm de pluie/an), selon une étude de l’Inra Maroc. L’atriplex (arbuste de la famille des chénopodes) donne 3 200 kg/ha de bois de chauffage.
Pourquoi on en parle
En France, la sécheresse 2026 a éprouvé les cultures. Un épisode qui semble voué à se répéter. L’agriculture marocaine subit une raréfaction de sa ressource en eau depuis 60 ans. Elle réfléchit sur l’irrigation et sur les cultures à mener. Certaines mesures, plus ou moins pertinentes, pourraient inspirer l’agriculture française.
Pour plus d’information, retrouvez aussi ces articles sur www.entraid.com :





