Marie Morineau est agronome au centre national d’agroécologie et lauréate de la bourse Nuffield. Celle-ci lui a permis de voyager dans différents pays pour étayer son étude sur les techniques de gestion de l’eau dans le monde. Après avoir comparé les manières de gérer l’eau en Amérique latine, en Californie, au Maroc ou encore en Australie, elle nous présente son étude.
Vous avez visité de nombreux pays et étudié différentes manières de gérer l’eau, qu’elle soit en excès ou en manque, qu’en retenez vous ?
MM : Beaucoup de choses mais s’il fallait synthétiser, je dirai qu’il ne faut pas oublier que l’eau a un cycle de vie et qu’il est nécessaire d’en prendre soin et de le ralentir. Pour cela, il n’y a pas une unique solution miracle. L’enjeu est donc d’adapter les techniques aux systèmes agronomiques de son exploitation. Pour cela on peut travailler sur la fertilité du sol, le paysage mais aussi sur les pertes d’eau.
Vous dites que ces pertes ne sont pas totalement délétères. Pourquoi ?
MM : La question qu’on peut se poser est, pour qui l’eau est-elle perdue ? On parle souvent d’une perte pour la plante mais l’eau retourne à chaque fois dans son cycle. Elle peut être évaporée mais elle se retrouve dans l’atmosphère. Elle peut être infiltrée mais on la retrouvera dans le sol, elle peut aussi être évacuée, on la retrouvera dans les cours d’eau.
Ce que je veux dire ici, c’est que la perte n’est pas un problème en soit, mais il faut être conscient que c’est sa vitesse qui en est un. Avec les systèmes agricoles, il y a trop d’eau qui retourne trop vite à la mer. C’est sur ça que nous devons agir.
De ce que vous avez vu, la technique d’irrigation peut-elle être une solution selon vous ?
MM : Pour cela, il faut avant tout quantifier l’efficacité de ces techniques d’irrigation. Les pertes par évaporation, l’infiltration et l’érosion de l’irrigation par inondation sont estimées entre 40 et 75 %, en aspersion, c’est entre 60 et 85 %. Lorsque l’agriculteur utilise un outil de précision comme une sonde ou la cartographie, il peut gagner de 5 à 20 % d’efficience. Et entre 85 et 95 % pour un système de goutte à goutte.
Présenter ces chiffres, c’est une chose. Mais il faut les remettre dans leur contexte. Plus l’eau est efficiente, moins on en utilise. Or, il faut aussi de l’eau pour les sols afin de permettre d’y trouver de la vie microbienne.
Autre constat que j’ai tiré, c’est que plus la technique est efficace, plus elle est onéreuse. On aura tendance alors, à cultiver des plantes à forte valeur ajoutée. En Californie par exemple, on a remplacé la production de grains, par des fruits. Or ceux-ci sont plus gourmands en eau. C’est une cercle vicieux.
On peut aussi s’appuyer sur les fondamentaux de l’agronomie, présentent-ils réellement des leviers d’action ?
MM : Oui, c’est ce qu’utilisent certains agriculteurs du Brésil, de l’Argentine ou encore d’Australie. Claire Booth, agricultrice au nord de la nouvelle Galles du sud, m’a montré que, globalement, en passant d’un taux de 0,8 à 4,5 % de matière, les besoins en eau du sol étaient divisés par deux. Par ailleurs, le semis direct peut permettre de limiter l’érosion, l’évaporation et réduire la température au sol, d’où l’intérêt d’y porter une grande attention.
Par ailleurs, le drainage, même s’il est un peu décrié, limite l’hydromorphie des sols mais favorise aussi l’enracinement des plantes. Bref, ces techniques présentent des bilans positifs, mais prennent du temps à mettre en place et à en constater les bénéfices, hormis les techniques de drainage.
Vous avez pu constater que la gestion de l’eau se fait de manière collective, comment s’organisent les agriculteurs des autres pays ?
MM : La gestion de l’eau peut bien sûr se faire tout seul sur son exploitation mais avec des aménagements au niveau du territoire, c’est encore plus efficace. Car l’objectif est bien de ralentir l’eau.
Dans certains pays, les agriculteurs adoptent la méthode des keyline qui consiste à dessiner les parcelles selon les courbes du paysage. Mais au delà de cela, toutes les techniques même les moindres sont bonnes à prendre. Dès qu’elles consistent à réduire la vitesse de la perte de l’eau. Certains agriculteurs font des trous, des petits fossés ou utilisent des techniques dont on a parlé auparavant.
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