C’est vrai, les prix des céréales sont au plus bas. Depuis les semis en 2024, la tonne de blé a perdu environ 60 € et personne n’aurait pu le prédire. Mais si on ne voyait pas tout en noir, car le blé français reste compétitif. En ce début 2026, rappelons quelques éléments bénéfiques pour les céréaliers et prenons un peu de recul.
Un blé français compétitif ?
Une fois n’est pas coutume ! Malgré un déséquilibre marqué entre offre et demande au niveau mondial, le blé français a su être compétitif et trouver sa place à l’export sur cette première partie de campagne. « Il n’y a eu aucun accident cultural majeur sur aucun des continents, entraînant une forte hausse de production chez les principaux pays exportateurs, affirme Matthieu Beyaert, responsable des marchés au groupe Noriap. Alors que la demande d’import augmente dans des proportions beaucoup plus faibles. » Cette situation implique nécessairement des stocks de fin de campagne alourdis en blé chez les principaux pays exportateurs, faisant pression sur les prix. Ce constat conjoncturel d’offre supérieure à la demande s’est déjà vu à de nombreuses reprises par le passé.
Après une récolte de blé 2024 catastrophique, la production est revenue à des niveaux habituels, en France et dans l’Union européenne. Celle-ci reste un exportateur de blé majeur dans le monde, au deuxième rang après la Russie. Alors que l’hémisphère nord a connu cet été une bonne récolte, l’hémisphère sud termine également sur d’excellents niveaux de production. À l’image de l’Argentine qui connaît cette année des rendements records laissant des volumes d’exports importants. C’est cette origine notamment vient challenger le blé français et prendre des parts de marchés sur certains de nos clients africains.
L’Algérie, c’est fini ?
Côté demande, la Chine importe quasiment plus de blés depuis deux campagnes se fait sentir. En revanche, le Moyen Orient revient de façon plus importante après un retrait en 2024. » Et pour les blés français en particulier, l’Algérie n’importe plus un grain de blé de français à cause des différants politiques en cours », fait remarquer Matthieu Beyaert. Une situation qui nous pénalise alors que le blé tricolore a très longtemps été la première source (et de très loin) d’approvisionnement en blé de l’Algérie. « De ce fait, la France exporte son blé vers le Maroc, l’Afrique de l’ouest mais également sur des destinations plus inhabituelles comme l’Egypte, commente le responsable des marchés. Voire même exotiques comme la Thaïlande. »
Côté maïs, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Grâce à un climat globalement favorable, la production chez les grands pays exportateurs est record. Tandis que les importations sont en légères progression. Les stocks de fin de campagne progressent logiquement et la pression sur les prix reste bien présente.
Quelle vision à long terme ?
Cette situation fondamentale lourde laisse peu de place à l’optimisme à court terme. Au-delà de cette année où la conjoncture ne porte pas les prix des céréales au plus haut, il s’agit de prendre un peu de hauteur au niveau mondial. » En soixante ans, production et consommation ont été multipliés par quatre pour le blé et six pour le maïs. Et nous avons régulièrement connu des périodes similaires à celle que nous vivons, c’est-à-dire avec une offre bien supérieure à la demande », poursuit le responsable marché.
En détail, les rendements mondiaux, depuis les années 90, ont été multipliés par 1,5 en blé et 1,6 en maïs. Si les surfaces emblavées sont relativement stables depuis quelques années, elles ont quand même progressé de 26 % entre les années 90 et 2020. Et de nouveaux territoires sont potentiellement plus propices aux cultures de blé, comme en Sibérie par exemple. À l’inverse certaines terres voient leurs rendements moyens baisser face à un climat plus chaud et plus aride.
Une demande en croissance structurelle
Quant à la demande, elle croît toujours régulièrement avec une population mondiale en augmentation. D’ici à 2050, elle aura augmenté de 20 %. Avec une modification des régimes alimentaires favorables au blé. « Un Chinois, en 2013, mangeait 63 kg de viande par an, et il fallait 310 MT de céréales pour nourrir le cheptel chinois, illustre Matthieu Beyaert. En 2020, c’est 69 kg de viande par habitant soit 44 MT supplémentaires nécessaires. » L’équivalent de la production française de blé et de maïs.
Sans compter l’émergence de l’Afrique et des pays asiatiques. « En Afrique de l’Ouest, la population aura été multipliés par 11 en un siècle et la hausse devrait encore être de 163 % d’ici à 2050, chiffre le responsable des marchés. Et ces pays subissent un climat très défavorable à la culture de céréales, les importations seront donc nécessaires. »
Avec le climat changeant et la mondialisation des échanges, certaines zones risquent de ne plus produire de blé. Les continents se spécialisent, à l’image des USA où le blé s’efface face au soja et au maïs plus rentables dans ce contexte. Ainsi les surfaces de blé ont été divisées par deux depuis le début des années 80. Cependant, « tout peut aller très vite, alerte Matthieu Beyaert en illustrant avec la Russie. En 20 ans, le pays est passé de premier importateur à premier exportateur de blé mondial. »
Les rendements à la faveur de la France
Et la France dans tout cela ? Contre toute attente, on sort notre épingle du jeu. « Lorsqu’on compare les rendements des principaux pays producteurs de blé, on remarque que la France obtient les meilleurs rendements au monde, lance Matthieu Beyaert. Face à cela, les coûts d’approvisionnements sont aussi les plus élevés, malgré cela la marge brute est l’une des meilleures grâce, justement, aux bons rendements. »
Toutefois, cette marge brute est plombée par des charges de structures et des coûts de mécanisation, qui sont, eux aussi, parmi les plus élevés du monde. Ainsi, le coût de production progresse également dans ce sillage. « La filière céréalière française est bien structurée et la logistique optimisée, assure-t-il. Ce qui permet un bon prix de vente pour les agriculteurs en comparaison aux producteurs d’autres pays,. Mais, ce qui plombe, ce sont les charges de structure très élevées, c’est là-dessus que les agriculteurs français doivent travailler. »
Le blé français impose
Dans une telle tension de marché, quel pays ne sera pas assez compétitif ? Qui sera le premier à arrêter de produire du blé ? Certainement pas la France, selon le responsable marchés. « La France ne doit pas sortir de la production de céréales, même si la situation actuelle n’est pas favorable aux agriculteurs, martèle Matthieu Beyaert. La France a une réelle capacité à produire et exporter ses céréales, le blé en France a de l’avenir. »
Même si dans notre pays, la céréale reste une variable d’ajustement, une culture refuge. Et pour optimiser les coûts de production, l’une des solutions est d’augmenter les surfaces produites.
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