Un – encore – discret mouvement investissait les murs de l’Assemblée nationale ce 11 février 2026, pour un colloque à l’initiative de la Fncuma et trois députés. « Face aux défis agricoles, et si la solution était collective ? » Telle était la question. En dernier intervenant invité, le représentant de Régions de France David Taupiac rappelle une évidence simple : « Il n’y a pas de transformation agricole sans qu’il y ait une dynamique collective. » Les chercheurs qui se sont succédé au micro auront concrètement démontré comment les coopératives du quotidien agricole impactent déjà l’amélioration des pratiques. Retour sur les cuma et le collectif agricole.
Les résultats de dix années de recherches sur les cuma
En effet, le programme invitait six chercheuses et chercheurs qui ont étudié les cuma dau cours des dix dernières années. « Travailler sur les cuma est intéressant car nous avons rarement l’opportunité d’un sujet d’études aussi important et représentatif. C’est tout de même le plus gros réseau fédératif européen qui intervient en agriculture », se réjouissent notamment Madeg Le Guernic, enseignant-chercheur à Rennes School of Buisness, et Simon Cornée, professeur à la faculté d’économie Université de Rennes et chercheur au Crem CNRS.
Réussite française
Après ce préambule, leur intervention détaille l’hétérogénéité, mais aussi tout l’intérêt, de la structuration fédérative polycentrique qui s’est construite au fil des 80 ans d’histoire de la cuma. « Si on compare les cuma en France avec ce qui se fait ailleurs, on voit que des équivalents fonctionnels peuvent exister dans d’autres pays. Mais ces arrangements de machinisme vont avoir du mal à perdurer dans le temps. »
Notamment lors d’un changement de génération. Ces collectifs ne survivent pas à leurs fondateurs, s’accordent plusieurs voix dans la salle. Simon Cornée reprend : « Dans le cas français, on observe à l’inverse une très forte persistance de ces collectifs de petite taille. C’est là un effet positif du réseau fédératif en la matière. »
Vecteurs d’innovations
À l’instar des économistes Véronique Thelen (faculté d’économie Université de Rennes) et Crem CNRS) et Damien Rousselière (Institut Agro Rennes-Angers) qui mesurent déjà des réductions d’intrant là où les cuma sont présentes, l’agronome d’Inrae Chloé Salembier souligne une caractéristique devenue naturelle de l’univers cuma. Sur le terrain, les acteurs testent. « Le reseau cuma est organisé et engagé dans le repérage et la documentation d’innovations qui ont lieu. » Un président de fédération régionale rebondit : « C’est vrai que quand on a une expérience qui fonctionne, dans une cuma, en général on la partage. »
À l’animation de la journée, la présidente de la Fncuma Marine Boyer conclut aussi : « Les cuma produisent des bénéfices qui dépassent largement leurs adhérents. Ces externalités sociales, économiques, environnementales, que la pratique a construites, c’est aussi ça que la recherche vient rendre visible aujourd’hui. »
De ses différents travaux, Véronique Lucas (Inrae) identifie principalement trois contributions des cuma : « Elles permettent un accès au matériel et au travail de manière améliorée et adaptée. » Ensuite, la cuma fournit un lieu de réassurance mutuelle : « C’est un espace de proximité, où on peut partager ses préoccupations qui nous évite de reste seul face à ses problèmes. Troisièmement, c’est aussi un lieu de co-construction de solutions, à des questions sans réponses de la part de l’environnement économique et culturel de l’agriculteur. » Le développement des filières de bois bocager en est témoin.
Encore des sujets de travail
Néanmoins, la sociologue d’Inrae identifie des limites actuelles de ces coopératives : « Il y a tout d’abord des profils que l’on retrouve moins dans les cuma. » Par exemple des agriculteurs dont la production est atypique sur le territoire, ou d’autres qui n’ont pas la disponibilité pour participer au groupe.

La Fncuma co-organisait le colloque avec trois députés (de g. à d.) : Dominique Potier, Pascal Lecamp et Julien Dive (©Entraid).
Véronique Lucas pointe surtout : « Travailler en groupe, ça ne s’improvise pas. » Cela demande des dispositions qui ne sont pas innées pour tout le monde. « Le fait que ce ne soit pas ou peu enseigné dans le système éducatif français » est donc une contrainte pour les collectifs.
La cuma, cette héroïne ordinaire
Au moment de conclure, la sociologue appuie un constat : « Alors que c’est le réseau d’agriculteurs le plus important en France, les cuma restent discrètes. » Ce à quoi elle propose une double explication : « La cuma, c’est de l’action ordinaire. Il arrive qu’elle soit tellement dans le quotidien de l’agriculteur qu’il la banalise. »
Par ailleurs la cuma agrège des personnalités différentes, qui peuvent s’opposer sur le plan politique ou syndical par exemple. Pour y parvenir, elle focalise la discussion sur les enjeux techniques. Il y a un évitement qui se retrouve au sein du réseau. Cela participe à sa difficulté historique à s’affirmer médiatiquement et politiquement. »
L’heure du collectif re-sonne ?
Le crédit d’impôt à la mécanisation collective serait il prémices du changement ? Les parlementaires co-organisateurs de l’événement s’en montrent convaincus : « Ce crédit d’impôt c’est l’étape 1. C’est un premier encouragement politique fort. Il y a une prise de conscience nationale que le collectif permet d’améliorer le bilan total de chaque exploitation individuelle. »
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