C’est monde à l’envers. Voilà que c’est le sud de la France qui se voit stopper ses chantiers dans les champs, faute de temps sec. Tandis que les travaux reprennent dans la moitié nord. Il faut relativiser, mais tout de même. Les pluies incessantes de ces dernières semaines commencent à alarmer le monde agricole et provoquent quelques conséquences. Retour sur les conséquences des pluies dans le sud de la France.
Conséquences des nombreuses pluies dans le sud de la France
« La situation n’est, pour le moment, pas alarmante mais elle devient inquiétante, précise Pauline David, ingénieure chez Arvalis située à Nîmes. Sur le pourtour méditerranéen, il a plu deux à trois fois plus que d’habitude. » Un contexte qui est pour le moment favorable pour la recharge des nappes. « Cela fait plusieurs années que nous débutons l’année et le printemps avec un déficit d’eau dans les nappes, ajoute Mathieu Marguerie, son collègue. Cette année, ca ne sera pas le cas. »
Des pluies qui complexifient le travail des agriculteurs du sud de la France. Pourtant, les semis de céréales s’étaient bien déroulés. De manière précoce dans certaines zones pour éviter les abats d’eau probables à l’automne. Et un peu retardés voire abandonnée dans quelques localités. À l’image de la vallée du Rhône. « Là, il y a eu de gros orages en pleine période des semis, se souvient l’ingénieure. Environ 10 % de la sole a dû être abandonné. Les agriculteurs espèrent pouvoir emblaver du maïs ou des cultures de printemps. »
Quid de l’azote ?
Ainsi, pour le plupart des parcelles, les apports d’engrais azotés avaient débuté en janvier. « Une stratégie qui permet aux agriculteurs d’assurer la nourriture de la plante tout en évitant le temps sec du printemps », précise Mathieu Marguerie. Une stratégie pour la plupart gagnante, sauf cette année. « Avec les pluies, on ne sait pas trop ce qu’est devenu l’azote dans le sol », ajoute t-il. Il faudra attendre la fin des pluies et que le sol se ressuient pour que les agriculteurs puissent apporter leurs amendements. Pas avant le mois de mars. « La plupart des agriculteurs du sud-Est ont plusieurs ateliers, ils vont devoir tout faire en même temps », regrette Pauline David. Seule conséquence notable pour le moment.
Car pour l’instant, il est difficile d’évaluer les impacts des pluies hivernales. « On sait que les blés en hydromorphie vont moins bien développer leur système racinaire, explique Mathieu Marguerie. Comme l’eau est en surface, ils ne vont pas la chercher en profondeur. » Un phénomène sans conséquence si le printemps qui suit n’est pas trop sec. « On sait, maintenant, que l’hydromorphie a les même effets qu’un stress hydrique sur le rendement« , ajoute sa collègue. L’humidité et le temps doux peuvent aussi favoriser l’apparition de maladies comme l’oïdium. Mais « le premier risque reste physiologique avec un blé qui fera peu de talles ou qui subira des régressions voire une mortalité des plantes », explique Pauline David.
Les travaux du printemps retardés
L’autre conséquence peut concerner les travaux des champs de ce printemps. Certains semis de cultures de printemps n’ont pas pu être réalisés. À l’image des pois chiches. Pour le reste, il y aura forcément un décalage dans les travaux. Il faudra sûrement être vigilant dans le travail du sol et éviter qu’il soit trop motteux car avec les vents desséchants du printemps, les agriculteurs pourraient facilement se retrouver avec des blocs, difficiles à détruire.
Les prochaines semaines seront déterminantes pour définir les conséquences des pluies dans le sud de la France. Si elles cessent, cet épisode sera bénéfique pour les plantes, les sols et les nappes. En revanche, si la météo continue ainsi, les dégâts pourraient plus nombreux. « Dans tous les cas, il faudra apporter les doses nécessaires d’azote, préconise l’ingénieur Arvalis. Que ce soit celles correspondantes au stade du blé mais aussi celles qui n’ont pas été appliquées. Le pilotage de l’azote doit se faire selon le potentiel de rendement, et pour le moment, c’est trop tôt pour l’évaluer. » En attendant, les agronomes conseillent de ne pas se précipiter au risque de détruire la structure du sol.
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