C’est le chiffre qui fait rêver n’importe quel syndicaliste agricole européen. En Autriche, on compte trois chefs d’exploitation de moins de 40 ans pour chaque agriculteur de plus de 65 ans. À titre de comparaison, la moyenne européenne peine à atteindre l’équilibre, et de nombreux pays du Sud (Portugal, Espagne, Chypre) voient leurs campagnes se vider de leur jeunesse sans relève assurée. Si la France tire son épingle du jeu et se classe parmi les bons élèves grâce à une politique d’installation volontariste, elle reste derrière le modèle autrichien. Retour sur l’exemple de l’Autriche sur le renouvellement des générations en agriculture.
Une culture de la transmission
Comment expliquer cette dynamique chez nos voisins ? La réponse ne réside pas uniquement dans les montants des aides de la PAC, bien que l’Autriche utilise activement la dotation jeune agriculteur (DJA) et les aides à l’investissement. La différence se joue sur le terrain législatif national. Là où la France mise beaucoup sur la régulation de l’accès au foncier via les Safer -un outil par ailleurs salué par les experts européens pour son efficacité- l’Autriche a construit un écosystème juridique complet favorisant la transmission intrafamiliale.
Le rapport de l’UE sur le renouvellement des générations souligne la « forte complémentarité » des instruments autrichiens. Concrètement, le pays a aligné son droit successoral, sa fiscalité et son système de retraite pour fluidifier les départs. Le jeune repreneur bénéficie d’un environnement fiscal qui n’oblige pas à s’endetter lourdement pour compenser les frères et sœurs ou payer des droits de succession prohibitifs.
renouvellement des générations en agriculture en Autriche : au-delà de la famille
Mais l’Autriche ne se repose pas uniquement sur l’héritage. Face à la montée des installations hors cadre familial, le pays innove. L’initiative « Perspektive Landwirtschaft » agit comme une plateforme de médiation, mettant en relation des cédants sans successeurs et des porteurs de projet, tout en offrant un accompagnement psychosocial pour gérer les conflits émotionnels liés à la cession de la ferme. Une approche « humaine » de la transmission souvent absente des politiques publiques françaises, davantage centrées sur les aspects technico-économiques.
Ce modèle holistique autrichien, qui combine neuf instruments nationaux majeurs (taxes, lois foncières, retraites) aux aides de Bruxelles, démontre que pour installer des jeunes, il ne suffit pas de signer un chèque : il faut préparer le terrain juridique et social pour que la greffe prenne.
Pourquoi on en parle ?
La commission européenne a publié en octobre 2025 un rapport complet évaluant les stratégies de renouvellement des générations dans les 27 états membres. Alors que l’UE a perdu 37 % de ses jeunes agriculteurs en une décennie, identifier les modèles qui fonctionnent n’est plus une option, mais une urgence vitale pour la souveraineté alimentaire.
L’approche holistique, clé du succès
Ce qui distingue l’Autriche, selon ce rapport européen, c’est l’absence de « trous dans la raquette ». En France ou en Espagne, les jeunes agriculteurs se heurtent souvent à un millefeuille administratif où les aides à l’installation (PAC) ne sont pas toujours synchronisées avec les règles fiscales ou l’accès au foncier. À l’inverse, l’Autriche applique une stratégie dite « holistique ». Cela signifie que l’installation n’est pas traitée comme un simple dossier de subvention, mais comme un parcours de vie. Le succès repose sur l’interaction simultanée de trois leviers :
- Sécurité financière : aides PAC classiques (DJA, investissements) ;
- Cadre juridique national : lois sur les pensions et l’héritage qui incitent les séniors à céder la main sans peur de la précarité ;
- Accompagnement humain : des services de conseil robustes qui intègrent les aspects psychologiques de la succession. Le rapport cite explicitement cette combinaison comme une « bonne pratique » à répliquer, soulignant que la réussite autrichienne ne s’explique par aucun instrument isolé, mais par leur synergie.
L’expression
Hofübergabe : expression en allemand signifiant littéralement « remise de la ferme ». Elle désigne le moment charnière de la transmission de l’exploitation, ancré culturellement et juridiquement en Autriche comme un passage de relais préparé de longue date.
Le chiffre clé : 3
C’est le ratio entre les gestionnaires de fermes de moins de 40 ans et ceux de plus de 65 ans en Autriche. C’est le score le plus élevé de toute l’Union européenne, loin devant la moyenne communautaire inférieure à 1.
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