En Côte-d’Or, ils font évoluer leurs techniques en groupe

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En Côte-d’Or, ils font évoluer leurs techniques en groupe

Samuel Maréchal, Pascal et Titouan Farcy partagent le matériel de la cuma intégrale mais aussi leur parcellaire en ACS (agriculture de conservation des sols). Une technique qui demande de l’apprentissage et de la rigueur, encore plus, quand l’assolement est mis en commun. (©Entraid)

La cuma Fertichamp, en Côte-d'Or, qui a vu le jour en 2001, s’est étoffée très rapidement et a soudé les adhérents autour d’un assolement en commun. Comme ça ne suffisait pas, ils se sont lancés en ACS, tous ensemble.

La cuma se renforce autour d’un assolement en commun. “Je fais comme si c’était pour moi”, lance Samuel Maréchal, président de la cuma Fertichamp en Côte-d’Or. Cet agriculteur ne travaille pas uniquement dans ses parcelles mais aussi dans celles des trois autres adhérents de la cuma. “D’ailleurs, on ne sait plus vraiment où sont nos parcelles”, ironise Titouan Farcy, son collègue.

L’assolement commun en cuma : un changement il y a 4 ans

Il y a de quoi ! Cela fait maintenant 25 ans que quatre adhérents de la cuma ont mis en commun leur assolement. Avec des changements de surfaces, d’exploitants, à ce jour, 650 ha sont cultivés de la même manière :

  • Blé ;
  • Orge ;
  • Moutarde ;
  • Soja ;
  • Maïs grain.

Ce sont bien sûr les économies d’échelle et le partage du matériel qui ont motivé le groupe. “Le coût du matériel était déjà optimisé avec celui de la cuma intégrale, explique le président. Mais nous avons voulu aller plus loin pour économiser encore davantage. Avec l’assolement en commun, on mutualise les risques et les rendements, tout le monde les supporte.”

C’est aussi l’expérience positive qu’ils ont eue avec l’activité créatrice de la cuma : le partage d’une arracheuse à betteraves. Si elle n’est plus présente, faute de betteraves sucrières dans la région, l’esprit du groupe y est encore présent. « Avec l’automotrice, nous avions regroupé les parcelles de la quinzaine d’adhérents et on mutualisait les camions ainsi que l’irrigation« , se souvient Pascal Farcy, membre fondateur.

Il continue : « Ça marchait bien. Puis nous avons constaté que les semis de blé suivants n’étaient pas tous réussis selon la date de semis. Alors on s’est dit, allez, on met toutes les cultures en commun ! »

Mettre les choses au clair

Quatre adhérents ont suivi et se sont formés à l’assolement en commun. “Il fallait mettre les choses au clair, précise l’agriculteur à la retraite. Nous sommes partis du principe qu’un hectare valait un hectare. Quel que soit son potentiel ou sa localisation. Puis, nous avons chacun exprimé nos ambitions pour nos exploitations et d’un point de vue personnel et humain pour se répartir les charges de travail. Ça nous a soudés et nous avons structuré notre groupe.”

“Il a fallu apprendre à lâcher prise, à déléguer”, ajoute Samuel Maréchal. Lui et Titouan Farcy sont principalement en charge des travaux des champs. Le groupe passe également beaucoup de temps à suivre des formations pour les aider à dimensionner le matériel nécessaire. En parallèle, un adhérent crée le GIE (groupement d’intérêt économique). Il permet au groupe d’acheter les intrants en commun, une manière aussi de faire quelques économies.

Des changements notables

Huit ans plus tard, le groupe décide de faire le pas et de se lancer dans l’agriculture de conservation des sols (ACS). Ils laissent la charrue et le combiné de semis à la disposition des autres adhérents et la cuma se dote de deux semis directs : un à disques et un à dents.

En 2016, un voisin rejoint l’aventure. Depuis, les quatre membres peaufinent leur savoir-faire. « On ne maîtrise pas encore la technique », avoue humblement le président de la cuma. « Mais on reste persuadé que nous allons dans la bonne voie. »

La bonne voie, ce sont les améliorations économiques et écologiques pour leurs exploitations. Situés sur un plateau en hauteur des bords de Saône, les agriculteurs n’ont pas le choix que de réussir, techniquement mais aussi économiquement. D’où la mutualisation. Sur leurs parcelles, les agriculteurs sont fiers d’avoir retrouvé de la biodiversité. « Nous avons davantage de pression de ravageurs. Selon les années, ce sont des souris, des limaces ou des taupins », fait remarquer Samuel Maréchal.

Le groupe voit aussi ses sols changer : l’eau s’y infiltre mieux, il y a davantage de matière organique, la terre colle moins aux pieds, les sols se tassent moins facilement, etc. « Ça nous permet d’intervenir dans les champs plus tôt en saison et de semer dans des conditions plus humides, souligne Titouan Farcy, en charge des semis à la cuma. En revanche, pour faire perdurer ce système, il n’est pas pensable de se passer de glyphosate. »

Tous dans le même bateau

Ce résultat n’est pas sans quelques adaptations. La rotation a évolué. Finie la priorité aux cultures d’automne, place au soja en plus du maïs. « Les parcelles devenaient sales, nous étions envahis de graminées, alors nous avons choisi d’intégrer une culture de printemps. Depuis c’est beaucoup mieux », estime-t-il. Car même si l’assolement est commun, les deux agriculteurs prennent les mêmes décisions que pour eux seuls. « Nous sommes engagés pour bien faire, sinon tout le monde est perdant mais nous devons être réactifs et maîtriser la technique« , indique le président, qui s’inflige une pression pour avoir de bons résultats.

Mais à trop déléguer, on peut perdre ses responsabilités. « Au début nous avions pour instruction de décider ensemble des itinéraires culturaux, se souvient Pascal Farcy. Mais nous avons un peu dévié. Les personnes ont changé, les compétences ne sont plus toujours partagées et chacun s’est un peu désengagé pour des raisons personnelles ou professionnelles.” Une maîtrise technique qui peine à se partager et se transmettre dans des groupes.

Assolement commun en cuma : des déséquilibres de temps

Certaines tâches relèvent tout de même de la responsabilité de chacun. « On a mis en commun nos cultures mais chacun est responsable de la vente de ses productions », illustre Samuel Maréchal.

Même choses pour les travaux d’irrigation, l’aménagement du foncier ou les déclarations PAC ainsi que le paiement des fermages. Quant aux temps passés, une banque d’entraide aurait pu servir au groupe mais il a choisi la simplicité en optant pour compter les heures globales et les dispatcher au prorata. « Il y a un déséquilibre dans la cuma, prend conscience le président. C’est un sujet que nous devrions remettre sur la table car il peut créer des tensions à certains moments. »

En attendant, le groupe continue de se former à l’ACS et de peaufiner ses pratiques culturales en gardant l’objectif d’optimiser leurs charges.

Des charges de méca optimisées

Pour accéder au groupe d’assolement en commun, les parts sociales sont estimées à 200 €/ha. En moyenne, les quatre adhérents du groupe d’assolement en commun déboursent 280 €/ha/an (carburant compris), hors main-d’œuvre pour l’utilisation de leur parc matériel. En 2024, celui-ci a bondi de 40 € supplémentaires causés par une grosse réparation sur la moissonneuse-batteuse.

Pour ce tarif, ils profitent tout de même de :

  • Trois tracteurs,
  • Des bennes ;
  • Un distributeur à engrais ;
  • Deux semoirs de semis direct ;
  • Un pulvérisateur ;
  • Un télescopique ;
  • Une bineuse ;
  • Un semoir monograine ;
  • Matériel d’irrigation.

Dans le détail, les semis coûtent 31 €/ha, dont la traction, 40 €/h. « Pour avoir un ordre d’idée, j’ai calculé la consommation / cheval et par hectare, explique Samuel Maréchal. On détermine ainsi la dimension de nos tracteurs. Nous sommes entre 0,08 et 0,7. » Un bon dimensionnement lorsqu’on sait qu’autour des 0,11 l/ch/ha en système ACS, c’est correct.

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