Le digestat serait-il devenu le nouvel or noir ? On fait le point sur la valeur agronomique du digestat de méthanisation.
Digestat de méthanisation : une vraie source d’économies d’azote ?
En méthanisation, il est toujours difficile de généraliser. Le rendement du méthaniseur, comme la qualité du digestat vont varier selon l’approvisionnement de l’outil. Toutefois, pour un digestat brut, on estime qu’en moyenne, une tonne procure entre 3,5 et 6 kg d’azote total.
« C’est un ordre de grandeur qui va varier selon la ration du méthaniseur. Mais aussi l’état du digestat, précise Grégory Vrignaud, agronome, conseiller en valorisation de digestat. S’il y a un séparateur de phase et qu’il est davantage solide, cette valeur aura tendance à augmenter. »
Mais peut-on faire des économies d’azote, voire de phosphore et de potasse, grâce à l’apport de digestat ? Oui, pour les méthaniseurs alimentés par des effluents d’élevage. Car le digestat permet d’apporter de l’azote assez disponible, tout en limitant les pertes.
Faire entrer de l’azote dans le cycle de production
Selon une étude de Solagro, avec du digestat, « on peut économiser 20 à 30 % d’engrais minéral, assure Grégory Vrignaud. C’est la même chose pour la fourniture du méthaniseur avec de l’ensilage de seigle, de maïs ou de triticale. » Toutefois, dans ces cas-là, l’azote récupéré dans le digestat provient de la fertilisation de ces cive (cultures intermédiaires à vocation énergétique). Léconomie n’est donc pas là.
En revanche, quand ce sont des biodéchets ou de l’ensilage de légumineuses qui nourrissent le méthaniseur, là, on peut parler d’économies. “Par ces biais, on fait entrer de l’azote qui n’est pas produit sur l’exploitation dans le cycle de production, fait remarquer Grégory Vrignaud. Là, on peut économiser de l’azote.”
Le digestat, un coproduit avant tout
Si on veut quantifier tout cela, le digestat a une valeur agronomique (celle de l’azote présente mais aussi de la potasse, du phosphore et autres oligo-éléments) estimée à 10, voire 20 €/t sans compter les coûts liés au transport et à l’épandage.
« Le digestat restera un coproduit, quel que soit le prix des engrais minéraux, juge le conseiller. Malgré une forte inflation ces derniers temps, augmenter son coût reviendrait à rehausser celui des Cive. D’autant que le digestat a une grosse contrainte : le volume produit est important et nécessite des capacités de stockage qui engendrent un coût élevé. »
Si le digestat présente des avantages, surtout dans les plaines céréalières où les apports d’engrais organiques sont rares, le méthaniseur est avant tout là pour produire de l’énergie. C’est d’ailleurs ce qui reste le plus rentable. « Une tonne d’intrant dans un méthaniseur peut produire 70 à 100 € de chiffre d’affaires, compare Grégory Vrignaud. Il faut y retirer les charges de transport, de main-d’œuvre et de culture, certes. Mais la valeur agronomique d’un digestat de méthanisation n’équivaudra jamais le bénéfice du biométhane. »
Stockage du digestat
Quant à la matière organique, là aussi, la teneur variera selon la provenance des matières premières. « Pour un méthaniseur approvisionné en fumier frais, on estime qu’il va perdre 50 % de sa teneur en matière organique en produisant le biogaz, pointe le conseiller. Tandis que lorsqu’on le stocke en bout de champ pendant six semaines, 40 à 54 % de la matière organique se sont déjà échappés. »
Quid de la matière organique ?
Autre comparaison, des cive en ensilage à 6 tMS/ha totalement exportées par rapport à un couvert de cipan (cultures intermédiaires pièges à nitrates) à 3 tMS/ha totalement restitué. “On considère que les chaumes et les racines des cive plus développés que ceux de la cipan, associé au retour du digestat issu des cive, apportera la même quantité de matière organique qu’une plante restituée, affirme Grégory Vrignaud, agronome, conseiller en valorisation de digestat. Sans compter l’intérêt agronomique d’une cive bien développée et ses avantages pour le sol d’avoir un système racinaire robuste.”
Cependant, il faut bien rappeler la plante n’absorbera qu’une partie de cet azote. “Même si le digestat procure davantage d’azote assimilable que du fumier, par exemple, tout n’est pas valorisé”, rappelle le conseiller. Ainsi, il compare. “Environ 1 000 tonnes d’effluents d’élevage à 5 kg/T procurent à peu près 5 000 unités d’azote. En prenant en compte le stockage en tas d’un fumier classique pendant plusieurs mois et différentes pertes, on estime alors que seules 2 000, voire 2 500 unités seront valorisées, calcule-t-il. Tandis que pour le digestat, c’est 15 à 20 % supplémentaires, soit 3 000 à 3 500 unités valorisées.” Ce résultat est aussi assuré grâce aux meilleures pratiques d’épandage obligatoires.
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