Désherbage : ils essuient les plâtres

Les zones sensibles de captage constituent des territoires d’expérimentation passionnants. Aux Arbouts dans les Landes, les exploitations et la cuma testent les itinéraires culturaux qui, peut-être, préfigurent ceux de demain.

Semis direct sous couverts végétaux avec le semoir de la cuma de Castandet.

Les agriculteurs sont de plus en plus enclins à faire évoluer leurs pratiques et trouver des solutions pour que leurs systèmes d’exploitation soient plus résilients. C’est notamment le cas, dans les Landes, sur les aires d’alimentation de captage des Arbouts, où une trentaine d’exploitations sont confrontées à la problématique de pollution des eaux de captage d’eau potable par des métabolites d’herbicides. Depuis deux ans, ces exploitations travaillent avec le Sydec, syndicat de distribution de l’eau potable du secteur, ainsi que les organismes professionnels agricoles (dont la fédération des Cuma 640) pour élaborer des actions d’amélioration de leurs pratiques.

Celles-ci concernent majoritairement la couverture des sols pendant l’hiver, la destruction mécanique des couverts végétaux, la diminution de l’utilisation de produits phytosanitaires et le développement des techniques de désherbage mécanique.

Certains agriculteurs se sont saisis de cette opportunité pour aller plus loin et expérimenter de nouvelles pratiques. C’est le cas d’une dizaine d’exploitations volontaires dans les aires d’alimentation de captage des Arbouts, avec l’intégration des pratiques de désherbage mécanique (herse, houe rotative, bineuse) dans leurs itinéraires culturaux, proposées en prestation complète par la Cuma locale de Castandet.

Surcoût et sur-risque

Objectif : créer des références locales sur ces techniques, pour ensuite pouvoir faire « tâche d’huile » et permettre aux exploitations volontaires de bénéficier ensuite de ce nouveau savoir-faire. Premier frein ? Le surcoût lié à l’équipement. Le choix de l’équipement collectif s’est donc imposé. C’est via la cuma de Castandet que les investissements, soutenus par le conseil régional, le conseil départemental des Landes, l’agence de l’Eau Adour Garonne et l’Europe, ont été réalisés. Elle travaille entre autres aujourd’hui avec un semoir de semis direct des couverts végétaux, un rouleau destructeur des couverts type faca, deux bineuses de précision, une herse-étrille, une houe rotative ainsi qu’un semoir de semis direct monograines.

Le deuxième frein est moins évident à appréhender. Il s’agit du risque supplémentaire que prennent les agriculteurs à intégrer ces techniques dans leurs itinéraires culturaux. Cette prise de risque reste importante à l’échelle des exploitations : pertes de rendement, risques financiers sur l’exploitation, salissement des parcelles pour les campagnes à venir… Les freins sont donc nombreux. Malgré la prise de conscience et la bonne volonté, la concrétisation peut s’avérer compliquée pour des agriculteurs échaudés par le contexte mouvant de la dernière décennie.

Soutien aux expérimentateurs

Le soutien financier du Sydec, appuyé par celui du conseil départemental, permet de prendre en charge une partie des surcoûts de cette phase de création de références, à travers un conventionnement. En pratique, la cuma de Castandet a signé, via la fédération des cuma, une convention de partenariat avec le Sydec pour l’amélioration des pratiques agricoles, avec un engagement des agriculteurs à suivre certains itinéraires pour protéger la ressource en eau. En contrepartie, le Sydec prend en charge une partie des charges de mécanisation mises en œuvre par la cuma de Castandet, correspondantes aux surfaces réalisées dans ces différents itinéraires (voir encadré ci-contre). Cette convention annuelle existe depuis 2018. Elle a été reconduite et amplifiée en 2019 et vise à se poursuivre pour les années futures afin de rassurer les acteurs du terrain et faciliter la progression des modifications d’itinéraires.

Au-delà d’un accompagnement financier et stratégique par les partenaires, qui semble nécessaire pour cette transition vers de nouvelles pratiques agricoles, les agriculteurs sont alors demandeurs d’accompagnements techniques spécifiques, qui allient notamment machinisme et agronomie.

Comparaison de semis de maïs

A gauche maïs en SD sous couvert végétal : les débris végétaux protègent le sol, limitent les levées d’adventices et donc les migration de phytos ou de leurs métabolites vers les nappes. A droite, maïs en itinéraire cultural TCS : malgré un travail du sol limité, les précipitations érodent les sols.

Dernier maillon: la compétence

Concrètement, la cuma de Castandet demande par exemple à la fédération des cuma 640 de l’accompagner dans le calendrier d’intervention sur les cultures, le réglage des outils de désherbage mécanique, en fonction des types de sols, de la météo, des dates de semis, du développement des adventices…, pour mieux appréhender et s’approprier ces techniques nouvelles pour le secteur. Ainsi, outre une formation cet hiver destinée aux adhérents pour mieux appréhender ces techniques dans leur ensemble, il va aujourd’hui être proposé de former le chauffeur de la cuma, sur les aspects agronomiques pour qu’il puisse les allier aux compétences techniques. Et c’est sans doute l’étape, décisive, qui assiéra ou pas la transition agroécologique en impulsant la transmission : l’acquisition de la compétence.

Une compétence qui devrait se développer au sein de groupes comme les cuma. Mais également par la formation de chauffeurs motivés, sur le terrain, avec l’appui des constructeurs ou concessionnaires pour l’interface machine et en formation continue pour la partie agronomie. La transition agroécologique reste donc encore un vrai défi. Comme toujours plus facile à relever en groupe.

Investissements et tarifs (outil seul et par passage)

• 44 600 € : bineuse Hatzenbichler – 20 €/ha
• 66 000 € : semoir semis direct Gaspardo couverts végétaux – 15 €/ha
• 23 600 € : rouleau faca destruction couverts – 5 €/ha
• 56 000 € : semoir monograine 6 rangs Sola – 35 €/ha
• 55 000 € : Bineuse Garford – 20 €/ha

• 20 000 € : houe rotative Einböck – 8 €/ha
• 24 800€ : herse étrille Treffler – 8 €/ha
Investissement aidés à 40 %.

 

Les itinéraires techniques couverts par la convention passée avec le Sydec

•Itinéraire 1 (140 ha) : traitement en plein au semis, rattrapage géré mécaniquement avec un passage de bineuse. Prise en charge de la prestation complète de binage (bineuse + tracteur + chauffeur). Si un second passage de bineuse est nécessaire, il sera à la charge de l’agriculteur.
Objectif : réduction de 30 % des produits phytosanitaires.

•Itinéraire 2 (60 ha) : traitement uniquement sur la ligne au semis (soit une réduction de dose de 50 % minimum) et rattrapage géré mécaniquement avec 2 passages de bineuse. Prise en charge de la prestation complète de binage (bineuse + tracteur + chauffeur). Si un passage supplémentaire est nécessaire, il sera à la charge de l’agriculteur.
Objectif : réduction de 60 % des produits phytosanitaires.

•Itinéraire 3 (40 ha) : semis direct monograine dans couvert vivant. Cet itinéraire est très innovant pour le secteur.
Objectif : couverture des sols, limitation de l’érosion et des transferts.

•Itinéraire 4 (5 ha) : modalité Zéro phyto, gestion mécanique de l’enherbement avec 2 passages de houe rotative et 2 passages de bineuse. Prise en charge de la prestation complète de désherbage mécanique (houe/bineuse + tracteur + chauffeur), n’incluant pas les besoins supplémentaires en semences (densité de semis plus importante nécessaire pour compenser les pertes comme en itinéraire bio). Si un passage supplémentaire est nécessaire, il sera à la charge de l’agriculteur.
Objectif : réduction de 100 % des produits phytosanitaires.

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