Guidage et précision: quelles pistes pour rentabiliser?

La précision se paie, qu’il s’agisse de guidage ou de pulvérisation. Mais elle peut aussi se rentabiliser au-delà des usages habituels. Ainsi, le guidage RTK peut permettre de biner, même sans caméra. Et de très grosses économies de phytos se profilent avec la technique de la pulvérisation "en tâches".

Goldacres finalise un ensemble autonome de désherbage des cultures équipé d’un système de détection des adventices Bilberry.

« Cela faisait longtemps que je n’avais pas eu en face de moi un groupe d’agriculteurs posant autant de questions spécifiques sur l’autoguidage! », se réjouit Caroline Desbourdes.

Experte reconnue de la précision en agriculture pour Arvalis, elle est intervenue en septembre dernier lors de la journée innovation portée par la frcuma Occitanie.

Première indication de l’intérêt de ses interlocuteurs pour le sujet: leur capacité à se situer sur l’échelle de la précision, la question traditionnelle restant: «SF1 ou RTK?» La précision, et notamment le RTK, a fait son entrée dans les cours de ferme, plus timidement, dans les exploitations viticoles et plus largement dans les domaines. Les investissements dans ces technologies se multiplient avec, en ligne de mire, semis ou plantation, désherbage mécanique et désherbage chimique de précision.

bineuse avec caméra Carré

La bineuse Carré avec caméra d’autoguidage.

 

bineuse Garford

La bineuse Garford.

Ce sont des technologies avec lesquelles il va falloir compter désormais, simplement parce qu’il ne devrait pas y avoir de retour en arrière en termes de pression sociétale sur l’usage des phytos. Du coup, «la demande des agriculteurs est très forte, les constructeurs le perçoivent très bien et y travaillent», confirme Caroline Desbourdes. Naïvement, on pourrait se dire qu’avec une demande accrue, la massification de la construction pourrait conduire à des économies d’échelles et des baisses de prix. Mais c’est l’inverse qui s’est produit. «J’ai récemment eu en main un devis pour une bineuse toute équipée à 60.000€», ajoute la spécialiste.

Entre les prix des caméras qui flambent, les options ‘de confort’ à 20000€, les listes d’attente à rallonge et les subventions que les constructeurs absorbent avec gourmandise, les devis sur les bineuses peuvent atteindre ce type de montants sans problème. Or, fondamentalement, la technologie n’a pas changé depuis cinquante ans. Une bineuse, même précise, reste une bineuse. Une machine importante, mais qui sort quelques fois dans l’année.

Problématique similaire du côté de la pulvérisation: «Pour moi, sur les dix dernières années, il n’y a pas eu d’innovation majeure dans ce domaine», résume Adel Bakache, conseiller agro-équipement à la chambre d’agriculture de Gironde.

«On prend le matériel, on essaie d’y ajouter quelques petites technologies, mais le principe reste le même. On a une buse et un jet. Le problème vient souvent de la buse et du flux d’air, mais les constructeurs ne travaillent pas là-dessus. Il va falloir que cette réflexion avance: comment pulvérise-t-on, comment le matériel est-il conçu?»

Mais que l’on s’appuie sur des mécanismes éprouvés, ou que l’on regarde du côté des innovations «disruptives», une constante se dessine: la bonne intervention au bon endroit, au bon moment et dans les meilleures conditions. La précision, donc.

Aujourd’hui, les agriculteurs ne peuvent plus faire l’économie de matériels de précision, mais pour le rentabiliser, ils doivent privilégier la robustesse et la polyvalence.

Biner sans caméra, c’est possible

Les caméras, dont les prix ont nettement augmenté ces dernières années, doublent souvent le coût d’une bineuse de précision qui avoisine du coup les 30.000 ou 35.000€ en ce moment.

Or, avec un guidage RTK, il est possible de biner sans caméra, «même des céréales, souligne Caroline Desbourdes, mais ce n’est pas donné à tout le monde», avertit-elle. «Cela signifie que le semis doit être parfaitement effectué avec le même autoguidage en RTK. Le semoir doit être centré, tout comme la bineuse, et il ne faut pas de perte de correction en milieu de parcelle. De même, si le chauffeur ne reprend pas bien la ligne au binage, il peut tout ‘rectifier’ rapidement.»

La deuxième condition est à chercher du côté du concessionnaire. «L’agriculteur a accès à quelques paramètres de réglages de son autoguidage, mais l’essentiel est réalisé chez le concessionnaire, et c’est donc chez lui que se fera la différence. Pour vous donner une idée, sur le Trimble, il y a 300 paramètres, souligne Caroline Desbourdes. J’ai déjà vu des concessionnaires refuser de configurer l’autoguidage d’une bineuse seule pour des céréales, et rediriger leurs clients vers l’achat d’une caméra. On le sait, le potentiel est là, mais cette opération ne tolère pas la médiocrité.»

Jusqu’à 6% d’économies de semences

Utiliser les mêmes coupures de tronçons au semis que sur son pulvérisateur? «Ceux chez qui nous avons essayé, sur maïs, étaient un peu sceptiques, sourit Caroline Desbourdes. Ils se disaient que ça serait plus joli au niveau des fourrières, plus net au niveau des recouvrements. Et c’est la première année au cours de laquelle ils n’ont pas eu à courir derrière un sac de semences, ils ont terminé ‘pile poil’.»

À la clé, une économie de semences atteignant en moyenne 6%, selon la conformation de la parcelle. «Plus la parcelle est tordue et petite, et plus le semoir est grand, et plus les économies générées sont importantes. Ce ‘bricolage’ n’est pas donné à tout le monde. Si j’achète un semoir pré-équipé, ça me coûtera forcément plus cher que si j’utilise les coupures de tronçons qui sont sur mon pulvérisateur. Pour équiper un rang, on va être autour de 400€ ou 500€, à condition d’avoir déjà le système d’autoguidage. ça ne change pas fondamentalement la donne: c’est un bonus qui s’avère rentable.»

L’avenir? 70 à 90% d’économies de phytos

prêtent particulièrement au désherbage ‘en tâches’. C’est le cas du chardon, qui illustre très bien cette technique: n’ouvrir les tronçons des rampes que lorsqu’ils surplombent une surface densément peuplée d’adventices. C’est sur cette espèce qu’Arvalis effectue ses premiers tests, avec des économies de phytos de l’ordre de 80 à 90%. «Cela fonctionne mieux, bien sûr, avec une grosse tâche qu’une multitude de petites.»

Deux solutions: soit capter la localisation des tâches en différé, soit en direct. Pour le moment, les ordinateurs de bord ne peuvent pas encore analyser les différences de feuillages en temps réel, la vitesse d’un pulvérisateur atteignant 2,8m/s. «Cela devrait se résoudre rapidement», note néanmoins Caroline Desbourdes.

L’institut a jusqu’à présent effectué un repérage ‘piéton’ à l’aide d’un Gps, entré la carte dans la console Muller de son pulvé Technoma. Avec succès: les tronçons se sont ouverts uniquement au-dessus des tâches de chardon.

Les repérages par drone peuvent aussi être envisagés, même si la première difficulté, quel que soit le type de localisation, reste la compatibilité entre les cartes de localisation des adventices et la console du pulvé.

Ces compatibilités sont en cours d’exploration par l’équipe d’Arvalis. Là encore, rien ne sert de se laisser ‘embarquer’ par la technologie. «Nous avons fait des simulations avec des tronçons de 4m, 2m et pleine rampe (24m). Avec des tronçons de 2m, on est à 90% d’économie. En pleine rampe, on avait malgré tout une économie de 70%. C’est toujours mieux d’avoir des tronçons plus courts, mais cela ne sera pas une obligation pour se lancer.»

« Sniper d’adventices »: les constructeurs aux taquets

Dès 2019, des nouveautés dans le domaine de reconnaissance automatique d’adventices embarquées sur des pulvérisateurs faisaient le buzz, qu’il s’agisse du Français Berthoud ou du Danois Hardi. Ils utilisent des systèmes de reconnaissance d’adventices automatisée « made in France »,  en provenance des start-up françaises Carbon Bee AgTech ou de Bilberry. Début 2021, le constructeur australien Goldacres annonce finaliser un ensemble autonome de désherbage des cultures. Un robot de chez Swarm Farm en assure la traction (84cv). Le pulvé, un modèle traîné de chez Goldacres, est doté d’une cuve de 2.500litres et d’une rampe de 18m et équipé du système Bilberry pour la reconnaissance des adventices.

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