Mercosur, des effets indirects sur le marché du maïs

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Mercosur, des effets indirects sur le marché du maïs

Avec l'application de l'accord du Mercosur, les débouchés de la filière française de maïs risquent d'être amoindris. (© Pixabay)

La mise en application provisoire de l'accord commercial entre l'Union Européenne et les pays du Mercosur vont impacter les marchés du maïs, non pas directement mais en privant la filière de certains débouchés.

La mise en application provisoire de l’accord commercial entre l’Union Européenne et les pays Mercosur pour un an va impacter les marchés européens du maïs. Peut-être pas directement mais à long terme, les débouchés du maïs français risquent de s’amoindrir. Quel est l’impact de l’accord Mercosur sur le maïs français ?

Quelle quantité de maïs sud-américain importe-t-on actuellement en Europe ?

Chaque année, l’Europe importe environ 20 millions de tonnes de maïs. « Ce qui fait que l’Union européenne est l’un des premiers importateurs de maïs dans le monde, lance Arthur Boy, chargé de mission économies à l’AGPM (association générale des producteurs de maïs). Depuis 2016, nous sommes dans le top 3 des pays importateurs. »

La majorité du maïs qui entre dans l’UE provient de l’Ukraine, pour moitié environ. Un quart, du Brésil avec 4 millions de tonnes et le restant provenant du Canada pour 20% et de la Serbie et Moldavie. Cette année, le maïs des USA est particulièrement compétitif, il vient donc davantage sur notre marché européen.

Toutefois, en France, les agriculteurs produisent suffisamment de maïs pour la consommation intérieure. « L’excédent, soit un tiers de notre production annuelle est exporté en majorité vers les pays européens, nous importons peu », précise le chargé de mission économies.

Quels sont les droits de douane qui s’appliquent à ce maïs ?

Aucun. « Faute de mise à jour des mécanismes de calculs des droits de douanes depuis 2001, ils ne se déclenchent plus, révèle Arthur Boy. Par exemple, pour le blé, les doits de douane avoisinent les 90 €/t. Pour le maïs, il n’y a aucun encadrement. Ni sur ces taxes, ni sur la quantité importée. Cela fait pression sur les prix mais aussi sur la compétitivité du maïs français. »

L’AGPM mène le combat pour que ces quantités importées soient soumises à une taxation. « Depuis longtemps, le sujet n’arrivait même pas jusqu’à Bruxelles, regrette l’économiste. Depuis quelques mois, la nécessité de mettre à jour ces mécanisme refait surface et est évoqué dans les couloirs de la commission. » Mais rien n’est acté pour le moment.

Que va changer l’application de l’accord commercial avec le Mercosur ?

De manière directe, pas grand chose. Mais selon l’accord signé, il devrait transiter un million de tonnes de maïs et de sorgho provenant des pays du Mercosur (du Brésil, de l’Argentine et dans une moindre mesure de l’Uruguay et du Paraguay) sans droits de douane. « C’est déjà le cas, avec les 10 MT importés chaque année, avoue Arthur Boy. Si on venait à mettre de nouveau en place ces droits de douane, nous estimons, que ce seraient tout de même 7 Mt de grains, toute origine confondue qui arriverait sur notre territoire sans être taxés, soit près d’un tiers. »

Mais ce que les producteurs de maïs dénoncent, en plus d’un marché alourdi avec ces grains importés. C’est aussi un risque de manquer de débouchés. « Avec cet accord, nous allons importer de la volaille, de l’éthanol, de l’amidon notamment, cite l’économiste. Ce sont de grosses pertes de débouchés pour notre filière. On estime cette perte à l’équivalent de 2,4 MT tout de même. »

Qu’en est-il de la compétitivité du maïs européen ?

C’est là aussi où le bât blesse. « En France, on note on baisse de la compétitivité du maïs, explique Arthur Boy. Le potentiel de production est en pleine décroissance et les surfaces s’amoindrissent avec un million d’hectare en moins depuis 10 ans. Il n’y a aucune protection commerciale et on prive les agriculteurs de moyens de production tels que les intrants ou l’accès à l’irrigation. »

Une situation que l’AGPM compare aux pays du Mercosur. « La taille des exploitations permet de faire de grosses économies d’échelle, ajoute l’économiste. 95% de la production se fait avec des variétés OGM et 78% des produits phytos utilisés là bas ne sont plus autorisés en Europe. »

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