Rencontre avec Serge Zaka sur l’impact du changement climatique sur l’agriculture.
Qu’est-ce qui dans le changement climatique va impacter les chantiers agricoles?
Serge Zaka: Les tendances sont déjà à l’œuvre, les agriculteurs les ressentent fortement. En résumé, en hiver et en automne, les fenêtres d’interventions vont se réduire. Le plus souvent, en raison d’excès ou de manque d’eau dans les parcelles. Les agriculteurs auront donc de moins en moins de temps pour effectuer les opérations hivernales dans les champs. C’est aussi valable pour les prairies : des problématiques d’excès d’eau, et donc d’accessibilité, pourront impacter les premières fauches. À l’inverse, lorsque le printemps est bien installé et en été, les fenêtres d’intervention s’élargissent. Évidemment, ce sont des tendances moyennes.
Qu’est-ce que cela implique en termes d’équipements agricoles?
Serge Zaka : Il va y avoir plusieurs options. Soit on peut décider, pour aller plus vite lors de ces fenêtres d’intervention resserrées, d’opérer des machines toujours plus larges, plus grandes, plus puissantes. Ce qui va bloquer, dans ce cas, c’est le poids de ces machines, qui aboutit à tasser les sols. Or, les sols sont un actif à préserver, d’autant plus dans un contexte de changement climatique car ils aident à réguler les problématiques liées à l’eau et à la fertilité notamment.
L’autre option, c’est d’accélérer les chantiers en raisonnant la mutualisation de matériels et l’organisation à l’échelle de territoires. Avec une gestion précise de tous les éléments en présence, matériels, chauffeurs, localisation et conformation des parcelles, vitesse de maturation etc.
Après, on peut aller plus loin et se projeter en imaginant des robots, ou des essaims de petits robots. La robotisation à ce niveau-là, on n’y est pas encore. Et il faudra encore avoir la capacité économique pour accéder à ces options. Donc je ne vois pas cela se développer massivement. A mon avis, toutes les solutions vont émerger en parallèle et les agriculteurs choisiront en fonction de leurs contraintes.
Voyez-vous le développement de robots, pour les travaux agricoles, à grande échelle?
Serge Zaka: A mon sens, les robots qui peuvent aider à l’accomplissement des tâches des agriculteurs sont les bienvenus. Et c’est déjà une réalité, notamment dans les élevages, cela peut changer la vie des agriculteurs et de leur famille. On a l’exemple des robots de traite, qui sont désormais répandus, les robots d’alimentation ou de nettoyage. Pour le bien-être animal aussi, l’automatisation et la robotisation mènent déjà à des progrès. C’est positif à condition que cela n’amène pas de pression supplémentaire sur les animaux.
Par contre je suis très réservé sur les robots dont l’objectif serait de prendre des décisions à la place des agriculteurs. L’agriculture en France n’est pas standardisée. Les agriculteurs, à force d’observation de terrain, connaissent leurs parcelles et leurs animaux. Et il ne faut pas oublier le plaisir dans son métier!
D’autres points de vigilance sur les robots agricoles?
Serge Zaka: Comme pour toutes les autres machines, la souveraineté, à la fois sur la construction et les données. On le voit aujourd’hui, tout peut se retourner très vite au niveau géopolitique. Que ferons-nous si nous achetons des machines du bout du monde, que nous leur déléguons tout, et qu’un jour, en raison d’un conflit, ces machines sont inaccessibles, voire bloquées ? Que nous ne pouvons plus produire ? Que l’on utilise nos données contre nous ?
Vous êtes un expert du climat. Comment l’agriculture peut contribuer à lutter contre le changement climatique?
Serge Zaka: L’agriculture émet davantage qu’elle ne stocke actuellement. Très schématiquement, les émissions se répartissent à 20% en provenance des machines, bâtiments, GNR, chauffage, etc. Les engrais pèsent pour 30% de ces émissions. Et les animaux pour 50%. On ne peut pas considérer ces derniers uniquement comme des émetteurs de méthane brut. Car ils ont un rôle dans l’amélioration de la fertilisation, ce qui peut permettre de stocker et contrebalancer les émissions liées aux engrais. Ils ont aussi un rôle important dans le paysage, l’emploi rural et bien sûr l’alimentation.
Pour aller vite, tout ce qui peut permettre de favoriser l’agriculture de conservation des sols, le stockage du carbone dans le sol, et la fertilité, est à prioriser. C’est le principal levier en agriculture.
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