Agriculture et changement climatique : s’adapter dans le Sud-Ouest

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Agriculture et changement climatique : s’adapter dans le Sud-Ouest

Audrey Tinarelli, Patrice Gentier, Irène Carrasco et Nathalie Roussille (de gauche à droite), lors des rencontres Agro-météo. (©Entraid Médias)

Quatre exploitants du Lot-et-Garonne ont partagé leur vision de l'agriculture face au changement climatique. En maraîchage, viticulture et arboriculture, ils ont évoqué des solutions qu'ils étudient.

Comment adapter l’agriculture du Sud-Ouest au changement climatique ? Quatre exploitants agricoles du Lot-et-Garonne ont donné des pistes de solution lors d’une table ronde. Ils intervenaient lors des rencontres nationales Agro-météo, organisée par l’Association climatologique de la moyenne Garonne (ACMG) à Boé, le 29 janvier 2026.

« 99 % de mes collègues n’ont pas compris ce qui se passe »

Avant même de parler d’adaptation au changement climatique, encore faut-il admettre un lien entre aléas climatiques et conséquences techniques. « Je déplore le déni de mes collègues viticulteurs vis-à-vis du changement climatique, débute Nathalie Roussille, présidente des vignerons de Buzet. Même après des aléas à répétition depuis 2017, 99 % n’ont pas compris ce qui se passe. »

Alors que les affres du bouleversement climatique sont en grande partie responsables de la baisse des rendements viticoles, Nathalie Roussille regrette le déni, sinon la vision court-termiste de certains confrères : « ils disent « ah, ça va mieux cette année », au mépris des réalités techniques. Il est difficile de se projeter dans des solutions quand le collectif ne comprend pas les enjeux », enfonce-t-elle.

Conséquences diverses et néfastes

Arboricultrice bio, Irène Carrasco constate : « En automne et en hiver, les pluies excessives asphyxient les racines. En été, les pics de chaleur entraînent des pertes de fruits avant leur maturité. » Autre mode de production, autres effets. Sous les serres des Paysans de Rougeline, le changement climatique affecte la production. Audrey Tinarelli, responsable production et développement, s’interroge : « Nos producteurs se posent des questions sur la pollinisation de leurs cultures. De plus, ils constatent une pression croissante des ravageurs et se demandent jusqu’où cela ira. Et que dire de la problématique du confort de travail sous serre, à des températures accentuées par les fortes chaleurs ! »

fraisiers sous serre

Les producteurs de fruits et légumes sous serre redoutent les conséquences des fortes chaleurs sur les végétaux et les travailleurs. (©Entraid Médias)

L’assurance ne fera pas tout

Face aux pertes potentielles, Patrice Gentier, pépiniériste viticole et président du Crédit Agricole Aquitaine, évoque la réforme de l’assurance récolte : « Elle sécurise le revenu des agriculteurs, en divisant l’incertitude de compensation par trois. » Premier étage du système, les « aléas courants ». Ils continuent d’être assumés par l’assurance de l’agriculteur. Deuxième étage, les agriculteurs ayant souscrit une assurance pourraient bénéficier de l’assurance multirisques climatiques subventionnée pour couvrir des « aléas significatifs ». Troisième étage, les « aléas exceptionnels ». Ils déclenchent une intervention de l’État, via la solidarité nationale, y compris pour les agriculteurs non-assurés. « Il faudra surveiller l’équilibre financier de ce nouveau système », admet Patrice Gentier.

L’agronomie en haut de la caisse à outils

Au-delà des compensations, une grande partie des solutions d’adaptation réside dans l’agronomie. Point commun entre Irène Carrasco et Nathalie Roussille : l’apport de matière organique. Dans son verger, Irène allonge les fréquences de broyage entre les rangs. Au pied des arbres, elle travaille la couronne pour limiter la concurrence de l’herbe et aérer le sol. Sur les rangs de jeunes plants, elle épand du bois raméal fragmenté. Elle agit aussi au-delà du verger : « nous plantons et entretenons des haies autour, nous implantons des bandes fleuries. » Nathalie abonde : « N’ayez pas peur de l’herbe ! Un sol couvert maintient une température viable au sol. » Par ailleurs, la viticultrice voit plus loin que l’aménagement d’une situation existante.

agriculture adaptation changement climatique table ronde Agro-Météo 2026

Les agriculteurs interrogés ont présenté des pistes agronomiques comme adaptation au changement climatique. (©Entraid Médias)

Repenser les systèmes de fond en comble

« Nous réfléchissons au renouvellement de nos vignobles vieillissants en prenant en compte le changement climatique. » Le matériel végétal, porte-greffes et cépages, sont remis en question. Leur localisation aussi : « nous réfléchissons à les implanter sur des sols plus profonds. » Le développement de l’irrigation figure dans les options, tout comme faire évoluer les cahiers des charges des appellations contrôlées. « C’est un long travail à venir, concède-t-elle. Sans compter qu’il faudra aussi faire preuve de pédagogie pour changer les mentalités de certains confrères. » « La survie des vignobles est en jeu, rebondit Patrice Gentier. Nous souffrons de rendements en baisse de 40 %. Alors nous aussi, nous étudions les évolutions nécessaires. » Patrice évoque d’autres facteurs dans l’équation pour l’adaptation : « Nous devons aussi envisager des variétés produisant moins de sucre, pour des vins pas trop forts en alcool. »

pépinière viticole

En viticulture, les réflexions concernent notamment les porte-greffes, les variétés et les lieux d’implantation. (©Vitipeps)

Diversifier, pas si facile

En matière de restructuration de l’outil de production, Audrey Tinarelli relate les réflexions des Paysans de Rougeline : « Nous travaillons sur la récupération et la réutilisation de l’eau. Cela requiert des investissements lourds, qui seront difficiles à amortir. Des aides seraient nécessaires. » Patrice Gentier approuve : « S’adapter, ça coûte. C’est d’autant plus difficile pour une filière en crise. »
Et si la solution passait par changer les productions agricoles pratiquées ?

champ oliviers Espagne

Les agriculteurs s’interrogent sur les cultures adaptées au climat des prochaines décennies. Verrons-nous des oliviers dans le Sud-Ouest ? (©Entraid Médias)

La diversification des cultures semble une piste intéressante. « Pour cela, nous avons besoin des conseils d’experts en agroclimatologie, pointe Nathalie Roussille. Par exemple, l’olivier est-il pertinent dans notre terroir ? Le climat futur de nos parcelles lui conviendra-t-il ? »
« Nous voudrions connaître le climat d’une année type dans 10 à 15 ans, complète Audrey Tinarelli. C’est le préalable pour planifier des adaptations. » Avant d’apporter une nuance sur la diversification : « Une diversification se combine avec la création d’une filière, cela peut constituer une autre contrainte. » Irène Carrasco veut rester positive : « Vivre, c’est agir et combattre. Nous travaillerons pour trouver des solutions, il n’y a pas de fatalité. » Dans le viseur, attirer les jeunes dans l’agriculture, ce « métier avec du sens ».

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