Faire vieillir le parc de matériels : une bonne idée ?

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Faire vieillir le parc de matériels : une bonne idée ?

Un tracteur de 3 800 h proposé à la revente intéresse un public d’acheteurs relativement large. En revanche, passé 4 500 ou 5 000 h, sa valeur de reprise subit un décrochage net (@ Entraid).

Dans un contexte d’inflation des prix des matériels, chacun cherche sa solution et la vérité pour maintenir des tarifs compétitifs. Une tendance à allonger les durées d'utilisation des matériels se constate sur le terrain. Que faut-il penser de cette stratégie ?

À la question de la bonne fréquence de renouvellement de ses matériels, il n’y a évidemment pas de réponse universelle. Chaque cuma doit évaluer un ensemble de paramètres afin d’adapter sa politique de renouvellement de son matériel agricole à ses atouts et ses contraintes.Le premier point est d’adapter la durée d’utilisation au type de matériel. Par exemple, les automoteurs ou des machines stratégiques utilisées de façon intense doivent être renouvelés plus rapidement que des matériels plus classiques traînés de semis ou de travail du sol. Avec ces derniers, les frais d’entretien se limitent souvent à des pièces d’usure. En outre, leur décote devient généralement très faible au-delà de six ans d’utilisation.

Pour trancher sur la fréquence de renouvellement des matériels : un seuil sur la courbe de la baignoire

Pour avoir une idée de la période optimale de renouvellement, une réflexion un peu théorique mais très visuelle, consiste à poser deux courbes sur le même schéma :

  • Celle de la décote du matériel ;
  • Celle de ses frais d’entretien.

La somme des deux tracés permet d’obtenir une troisième courbe : le coût total de possession ; autrement appelée ‘courbe de la baignoire’, en raison de sa forme.

Fréquence renouvellement matériel agricole

(©Entraid)

En début de période, la décote par heure d’utilisation est forte, mais en diminution. À l’inverse, les frais d’entretien qui restent limités au départ finissent par augmenter. L’âge optimal pour le renouvellement correspond à la période à laquelle la courbe du coût total de possession repart vers la hausse.

Notons que cette équation ne se calcule pas année par année mais sur le cumul des charges (perte de valeur et entretien) et le cumul des heures réalisées.

La valeur de revente, un seuil psychologique

Pour un automoteur, le nombre d’heures au compteur est un critère incontournable lors de sa revente. Au-delà d’un certain chiffre, le nombre d’acheteurs potentiels diminue.

Par exemple pour un tracteur, la décote peut s’accentuer après 5 000 heures d’utilisation.

Être attractif pour les salariés

Dans les cuma avec salariés permanents la question de l’état du parc matériel influence l’attractivité des postes. Le secteur agricole a parfois des difficultés pour trouver les personnes formées et compétentes.

À l’instar de la rémunération, les conditions de travail comptent dans ce contexte de marché tendu. Maintenir un parc en bon état participe ainsi à la fidélisation des équipes, tout en étant un argument lors des recrutements.

Avoir un atelier entretien performant

La pertinence de conserver plus ou moins longtemps ses matériels dépend également des compétences de l’équipe des salariés et de leur capacité à réaliser des travaux d’entretien pointus.

En effet, par rapport à un entretien externalisé, le coût horaire est souvent moindre lorsque le salarié “maison” se charge des interventions de mécanique.

Toutefois, cela suppose de l’accompagnement. Un parcours de formation est à mettre en place pour lui permettre de réaliser des travaux d’entretien demandant plus de technicité.

Zone de préparation des réparations

La technicité de réparations potentielles et les compétences de l’équipe de mécaniciens en place sont des paramètres à considérer avant de décider de conserver ou renouveler le matériel. (@Entraid).

Mutualiser les outils avec des cuma voisines

Des machines agricoles toujours plus puissantes, des prix d’achat qui explosent, des exploitations qui se diversifient. Tous les ingrédients sont présents pour engager plus fortement les échanges sur un même territoire avec des cuma voisines. Aujourd’hui, les machines se déplacent plus facilement.

Par ailleurs, des outils de planification des travaux existent et sont performants. Ils peuvent permettre d’optimiser l’organisation des chantiers sur un territoire. Mais la mutualisation n’est évidemment pas qu’une affaire de machines. Les personnes, qu’elles soient responsables ou salariées, sont essentielles dans la réussite du travail en commun. Ces logiques imposent aussi de dépasser l’individualisme de groupe.

Ajustement des tarifs

L’allongement de la durée de vie des machines agricoles est une réflexion à bien poser en conseil d’administration. Cela est parfois tentant de faire une année supplémentaire mais il faut bien en mesurer toutes les conséquences.

Ce levier n’est pas non plus le seul. L’envolée des prix est difficile à compenser sans une augmentation des surfaces ou une augmentation tarifaire. Quelle que soit la stratégie de renouvellement, l’augmentation des tarifs est d’ailleurs indispensable, au moins pour refléter l’inflation.

Dans les groupes, le débat est sensible mais la pérennité des activités de la cuma en dépend. Car le constat est relativement clair depuis 2 ou 3 ans. Les prix de facturation aux adhérents ne sont pas suffisants pour couvrir les charges et les situations financières des cuma ont tendance à se dégrader.

Comparer les fréquences de renouvellement du matériel agricole

Financer ses investissements : attention aux surprises

Les cuma restent attachées à du financement classique sous forme de prêts bancaires par la banque ou le concessionnaire. Les taux sont fixés en fonction de la durée et du montant du prêt.

Les constructeurs proposent aussi des prêts, affichant des taux très incitatifs. Cette stratégie commerciale du constructeur peut dans certaines situations être avantageuse pour la cuma, à condition d’aborder cette question du financement en fin de négociation. Un prêt à taux 0 n’est jamais complètement gratuit. D’autre part, il faut être vigilant sur les conditions de remboursement anticipé du prêt. Souvent elles sont moins flexibles que pour un prêt classique.

Les cuma se tournent également vers d’autres formes de financement, le crédit-bail, la location classique et la location d’usage. Comme pour le secteur automobile, il y a une tendance à ne plus être propriétaire de son outil mais plutôt de s’engager sur une durée avec le paiement d’une location mensuelle. La location d’usage (où tout est compris) a l’avantage pour la cuma de déterminer un prix de revient sans risque de surprise au niveau des frais d’entretien.

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