[Crise] Secteurs dans le rouge

La crise agricole touche quasiment tous les secteurs. Elle pose deux enjeux majeurs: à court terme, cibler les aides d’urgence pour les plus fragiles et, à moyen terme, réorienter la politique agricole pour éviter qu’un tel marasme se prolonge ou ne se reproduise.

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Les acteurs économiques, les banques, les OPA, les centres de gestion, les syndicats, l’administration, la MSA… Tous sont mobilisés pour parer aux difficultés actuelles avec une large panoplie d’outils d’intervention: prêt in fine, reports de cotisations sociales, dérogations réglementaires, dégrèvements fiscaux…

Une sortie de crise qui tarde

Des mesures telles que des offres avantageuses de financement d’intrants sont mises en place par certaines coops comme AXEREAL ou CAP SEINE, dont les adhérents sont confrontés à une baisse moyenne de 30 à 40% du chiffre d’affaires de vente de céréales. Cette prise de conscience des difficultés est d’autant plus aigüe, que les perspectives de sortie de crise tardent à poindre. Le cabinet ODA estime que «la production française de maïs sera la plus faible depuis la canicule de 2003». En maïs grain, l’estimation de rendement est de 82 quintaux/ha selon ODA. En lait, l’Institut de l’Elevage ne se veut guère rassurant puisqu’il écrit dans une note de conjoncture du 31 août : «Pour le 4e trimestre, le prix payé aux producteurs devrait au mieux se stabiliser (…) Il pourrait ainsi s’établir à 285€/ 1000l » (voir notre article récent sur la crise laitière).  Et par effet domino, la filière viande bovine se retrouve, elle aussi, plongée dans d’inextricables difficultés. Les abattages de bovins ont augmenté de 8% les 6 premiers mois de l’année 2016 (lire notre dernier article intitulé « l’autre crise bovine« ) . Cause principale : des taux de réforme laitière élevés qui pourraient encore s’accentuer avec la mise en place du plan de réduction volontaire des volumes de lait.

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Meeting syndical le 1er septembre, à Lamotte-Beuvron (Loir-et-Cher). Comment sortir de la crise et se donner des perspectives? (©L.Monteillet, Plein Champ)

Nécessaire ciblage

Pour que les aides publiques en voie de déblocage soient pleinement efficaces (déclaration de Stéphane Lefoll au SPACE le 15 septembre dernier), il serait vain de trop les saupoudrer. La situation financière des exploitations est en effet très disparate. Certaines d’entre elles sont suffisamment assises financièrement pour passer le cap. D’autres sont tout au bord de l’abîme et mériteraient un appui prioritaire. Le renchérissement du foncier agricole illustre cette disparité. Le prix de vente de certaines parcelles, voire d’exploitations entières, se négocient encore autour de 9.000€/ha, observe-t-on en Touraine ou en Ille-et-Vilaine, départements qui pourtant ne sont pas plus épargnés que d’autres par la crise actuelle.

Crises à répétition

Crise climatique, sanitaire, économique: le cumul des difficultés accable de nombreuses exploitations agricoles en 2016. Certains maux apparaissent difficilement évitables tels que les inondations ou la grippe aviaire. Mais d’autres semblaient déjà écrits d’avance comme le risque de surproduction après les quotas laitiers. Les représentants de la profession ont d’ores et déjà présenté le 1er septembre à Lamotte Beuvron, leur cahier de doléances pour sortir à court terme et sur le long cours du marasme actuel.  Certaines demandes sont partagées par le plus grand nombre:  arrêt de la «sur-transposition des normes, nouvelles règles d’étiquetage ou bien encore alignement des clauses fiscales et sociales dans l’UE».

 

manifestation syndicale au SPACE

Manifestation syndicale le 13 septembre dernier au SPACE à Rennes.

Quel projet agricole?

D’autres sujets font davantage débat: maîtrise de la production, soutien à l’exportation pour les uns ou plutôt à la relocalisation de la production pour les autres, répartition des aides… Des cercles de réflexion planchent déjà sur les contours de la prochaine PAC tel que Momagri qui dans son livre blanc, promeut une réforme intégrant des dispositifs de soutien contra-cycliques. La réflexion sur un projet agricole susceptible d’éviter de nouvelles crises apparaît urgente. La période pré-électorale dans laquelle nous entrons, incite les candidats à la fonction suprême, comme on l’a vu au dernier SPACE, à prêter davantage l’oreille à ce sujet. En espérant que ce ne soit pas juste une chimère…

Impact sur l’entourage

Derrière les chiffres, c’est un quotidien dramatiquement sombre que vivent les agriculteurs en difficulté. La MSA rappelle à ce propos l’existence d’une «prime d’activité» pour compléter les revenus. Cette formule apparaît anachronique quand on sait à quel point le niveau d’activité des agriculteurs est en général très élevé... Cette demande oblige aussi les agriculteurs concernés à surmonter une certaine pudeur et reconnaître publiquement la réalité de leur fragilité financière.
Plus globalement, c’est l’entourage de l'exploitant qui risque aussi de subir les conséquences de la crise agricole. Exemples : les salariés d’exploitation à qui l’employeur peut proposer une réduction d’activité, comme alternative parfois à un licenciement pur et simple, les conjointes encouragées à chercher un boulot à l’extérieur pour subvenir aux besoins de la famille, tout en continuant à assumer une partie des tâches de l’exploitation.

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