La tempête Nils a-t-elle fait voler en éclat l’agrivoltaïsme ? C’est ce que prête à croire des photos d’une centrale agrivoltaïque de Terrats (Pyrénées-Orientales) postées sur les réseaux sociaux. Le poids des mots, le choc des photos, comme disait Paris-Match. Pour le choc des photos, on est servi : 33 % d’une installation de 3,5 ha a subi de lourds dégâts suite au passage de la tempête Nils. Pour le poids des mots, il faut peut-être aller plus loin que les légendes accompagnant ces photos sur les réseaux. Retour sur les dégâts de l’agrivoltaïsme pendant la tempête.
Tempête inédite, dégâts ponctuels dans l’agrivoltaïsme
D’un côté, un représentant de la Confédération Paysanne 66 raille sur Facebook un « crash-test catastrophique […] qui ne passe pas l’épreuve de la tempête Nils, tempêtes dont les effets seront aggravés par le changement climatique à l’avenir ». Le tout dans un contexte dans lequel l’agrivoltaïsme fait débat dans ce secteur géographique. Certains craignent un effet d’aubaine qui entraînerait une envolée des prix du foncier.
De l’autre côté, l’exploitant, Jonas Dubois (domaine Solaspres) explique que l’installation de Terrats a subi des rafales de 150 km/h pendant 10 heures, avec des pics à 180 km/h. Certes le vent souffle souvent sur la région, mais pas à ce point jusqu’à présent. « La tempête Nils n’a pas causé des dégâts que sur les installations agrivoltaïques, déclare Cécile Magherini, directrice générale de Sun’Agri, l’entreprise qui a installé la structure. Sur nos 40 sites, cette violente tempête a en a endommagé un seul de manière critique. » Quatre à cinq auraient subi des dommages plus limités, dans les Pyrénées-Orientales et dans l’Aude. Jonas Dubois confirme l’aspect ponctuel des dégâts : un autre site situé à côté n’a pas été touché.
Trop tôt pour connaître les dommages sur la vigne
Sous la structure effondrée, des plants de vigne âgés de 2 ans. « Il est encore difficile d’évaluer les dégâts sur la culture, même si les dommages semblent limités, évalue Jonas Dubois. En cas de dégâts minimes, le défi résidera davantage dans le fait de dégager la parcelle rapidement. En effet, la reprise de végétation printanière et ses travaux associés vont vite arriver. Par chance, j’avais déjà taillé cette vigne. » En revanche, les dispositifs d’irrigation et de palissage sont hors d’usage.
Les parcelles endommagées sont assurées. Les assurances de Sun’Agri et de l’énergéticien devraient prendre en charge les dégâts causés sur la vigne, les équipements d’irrigation et de palissage. Notons que le site de Terrats est un cas particulier. A l’origine, ses aspects agricoles et énergétiques étaient portés par la même entité. Ce site est un démonstrateur agrivoltaïque sur vignes. Bien que Sun’Agri et le domaine de Solaspres appartiennent désormais à deux structures juridiques distinctes, une convention lie le producteur et le domaine viticole, de manière plus rapprochée qu’un rapport standard entre un producteur d’énergie et un exploitant agricole. Par exemple, le chef de culture partage son temps de travail entre le domaine et le service agronomie de Sun’Agri.

Il est trop tôt pour évaluer les dommages sur les jeunes pieds de vigne. (©Confédération Paysanne 66)
Dégâts dans l’agrivoltaïsme pendant la tempête : tirer les enseignements
« Nous sommes encore dans la phase de diagnostic, explique Cécile Magherini. Il est trop tôt pour tirer des enseignements en termes juridiques, techniques et économiques. » « Sun’Agri m’avait transmis des consignes de sécurité à l’approche de la tempête, explique Jonas. Depuis le constat des dégâts, l’entreprise m’implique dans les démarches. L’installateur montre qu’il a conscience des enjeux agricoles. »
Le changement climatique provoquera d’autres évènements extrêmes. Face à la tempête, l’agrivoltaïsme et ses installations avec importante prise au vent a-t-il un avenir ? Oui, assure-t-on chez l’installateur, qui veut trouver des solutions pour éviter que ce type de dégâts se reproduisent. De son côté, Jonas Dubois garde confiance en l’agrivoltaïsme, à condition de quelques remises en question : « pour résister à de futurs évènements semblables, les armatures devront être plus solides. »
Continuer l’agrivoltaïsme
Au domaine du Solaspres, Jonas Dubois considère l’agrivoltaïsme comme l’un des leviers pour adapter la viticulture au changement climatique. Dix hectares sur les 40 en production sont sous panneaux solaires. But affiché : protéger les plants des aléas climatiques (ensoleillement, gel, grêle), obtenir des vins moins forts en alcool, avec plus d’arômes fruités et d’acidité, conformes aux demandes du marché, et percevoir un complément de revenu. « Ce type de projets possède une durée de vie de 30 ans. Il est probable de revoir une tempête sur de l’agrivoltaïsme, assume Jonas. J’ai confiance dans la capacité d’adaptation de cette technologie récente. »
Par ailleurs, il procède à des pratiques visant à régénérer les sols (apports de matière organique, tests pour aller vers le bio, raisonnement des intrants…). Le choix des cépages, l’irrigation et le palissage sont aussi réfléchis dans une optique d’adaptation aux complications climatiques.
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