En route vers le semis direct (Episode n°1)

Cultures
semis direct sous couvert maïs

Semis direct de maïs sous couverts (© Watier Visuel).

20/02/2017 - 12:09

Une journée avec Frédéric Thomas autour de la transition vers l'agriculture de conservation, et vous repartez avec un tas d'idées et de questions. Entraid vous aide avec une série de trois articles : constat des besoins de changement et approche économique ; plan d'actions pour se lancer ; approche agronomique du système.

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Ce 21 janvier à Blain en Loire-Atlantique, les agriculteurs étaient nombreux à s’être retrouvés à la Ferme de la Conillais (sky agriculture). Frédéric Thomas, bien connu des férus d’agriculture de conservation, y dispensait une formation d’une journée pour celles et ceux qui souhaiteraient modifier leurs pratiques agronomiques. Venu de la région Centre, du Sud-Ouest, de Bretagne ou encore de l’Est de la France, l’auditoire était marqué par son hétérogénéité. Certains pratiquent déjà le semis direct (SD), d’autres sont en TCS, et il y en a même qui utilisent encore la charrue. Cette diversité de profils montre que les agriculteurs sont de plus en plus nombreux à se « rencarder » sur l’agriculture de conservation. Même si le changement peut ne pas être amorcé sur la ferme pour des raisons propres à chacun d’entre eux, l’interrogation, la réflexion et l’envie d’en savoir plus les a poussés à parcourir de nombreux kilomètres.

Pourquoi changer ?

«On a la main sur la qualité de nos sols d’autant plus s’ils sont compliqués », introduit le rédacteur en chef de TCS. Pour les pratiquants, l’agriculture de conservation permet d’économiser du temps et de la mécanisation, de préserver la qualité de ses sols, de cultiver un goût pour l’agronomie et une approche environnementale, et de se donner de nouveaux challenges.

Frédéric Thomas. Agriculteur en Sologne, fondateur et rédacteur en chef de la revue TCS , consultant et formateur en agriculture de conservation.

Frédéric Thomas. Agriculteur en Sologne, fondateur et rédacteur en chef de la revue TCS , consultant et formateur en agriculture de conservation.

«Le semis direct n’est pas un objectif mais un moyen d’arriver à une agriculture différente». Le système conventionnel est en perte de fertilité autonome, consomme beaucoup d’énergie, est très dépendante des intrants et occasionne des perturbations diverses. Les SDistes, nous les appellerons comme ça, proposent de chercher une autre voie.

Le travail du sol et la notion de durabilité

«Le travail du sol est un compromis» pour Frédéric Thomas. Il est dans une balance. D’un côté, il permet de fertiliser, de structurer, de réchauffer et d’éliminer les plantes et les résidus de surfaces ; de l’autre, il contribue à une perte de couverture, une perturbation de l’activité biologique des sols, une minéralisation de la matière organique et à la création d’une structure horizontale.

Lorsque l’on intervient dans une parcelle avec un outil, une culture, un engrais ou un produit phytosanitaire, on agit sur d’innombrables paramètres et sur 3 cycles fondamentaux : la vie du sol, les minéraux et le cycle du carbone. Certains paramètres sont visibles et positifs: structuration temporaire, élimination des adventices… D’autres sont peu visibles et négatifs: minéralisation de l’humus, perturbation de la vie du sol, compaction…

«Ça pousse mieux mais ça pousse moins longtemps», lance l’agriculteur pour qui l’aspect économique est pourtant au centre de la réflexion. «Si la dimension économique n’est pas respectée, on peut continuer de parler pour rien», tranche-t-il.

8- vers terre

Avec le semis direct, l’activité biologique des sols est mieux préservée.

La prise de risque face à l’économie potentielle

«Changer est inconfortable par essence», reconnait Frédéric Thomas. «Il y a des éléments sur lesquels nous avons la main et d’autres moins». Au regard de la situation actuelle, l’agriculture de conservation veut se positionner par rapport à la réalité des charges de l’exploitation agricole. Or, depuis 2010, les charges opérationnelles ont augmenté de 25% en grandes cultures.

  • La fertilisation représente 30 à 40% des charges opérationnelles. Or, le prix des engrais a lui-même augmenté. L’azote a pris 30 à 40% depuis 2010.
  • Le coût du séchage (20 à 30% des charges opérationnelles) augmente également de façon conjoncturelle avec l’humidité des récoltes ces dernières années.

Pour Frédéric Thomas, chiffres à l’appui, la hausse complète des charges est estimée à 250 €/ha depuis 2010, soit une baisse de compétitivité de l’ordre de 25 €/t.

Evaluer ses charges

En plus du changement agronomique, réfléchir au semis direct induit indubitablement un changement de regard sur ses repères économiques.«Il faut dépasser la marge brut pour aller vers le coût direct». Ce raisonnement différent permet des coûts cohérents par rapport au système en place. Par exemple, sur la consommation de fuel, l’intérêt pourrait se mesurer en divisant la consommation de fuel par an et par le nombre d’hectares. Selon des indicateurs avancés, «1 litre par hectare correspond à 4 à 6 € de mécanisation ». «Certes, investir dans le semis direct coûte cher à un instant T, mais il faut aller voir du côté de la baisse de la consommation de fuel. Il y a de vraies économies sur le long terme», garantit le céréalier solognot tout en admettant qu’il fallait avoir le recul sur des changements assez radicaux pour mesurer l’impact économique.

Exemple en cuma (chiffres 2007)

Les exemples ci-dessous observent sur le moyen terme les résultats de trois modes de production (labour-TCS-SD). La cuma des Ajoncs (à Maure de Bretagne) a mené une expérimentation sur cinq années. « En SD et en TCS, il faut accepter que certaines années soient moins bonnes et regarder sur le moyen terme. Supprimer pour supprimer n’a pas d’intérêt; il faut intégrer l’agronomie notamment par rapport à la gestion des couverts », observe Frédéric Thomas.

Cuma des Ajoncs - 35 - Copie

 

cuma des ajoncs -35 - comparaison rendement sd labour tcs - Copie

cuma des ajoncs-évolution charges et rendement - avantAprèsSD

Mise en perspective

Dans un contexte où les marges sont de moins en moins visibles, les producteurs n’ont pas trop le choix et doivent serrer leurs coûts sur du long terme. « Si le prix du blé avait suivi l’évolution du smic, on vendrait aujourd’hui 500 € la tonne» avertit-il. Les coûts de productions, selon Frédéric Thomas, ne sont pas plus mauvais en France qu’ailleurs, «surtout lorsqu’on les rapporte à la taille de nos exploitations ». Selon une étude d’Arvalis, l’Australie produit en moyenne 1,5 t à l’ha de blé alors qu’en France dans les bonnes régions, le rendement est à 9 tonnes. Aux Etats-Unis, ces cinq dernières années, les coûts de production étaient supérieurs aux prix. Autrement dit, et à contre-courant des idées reçues, aucun agriculteur ne vit bien dans le monde.


Lire En route vers le semis direct (épisode 2) et En route pour le semis direct (épisode 3).

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