Pour les assureurs, l’année 2026 est carrément exceptionnelle. Mais dans le mauvais sens.Car il manquerait près de 281 millions pour le financement de l’assurance-récolte en 2026, selon le média politique Contexte. Explications.
Assurance-récolte 2026 : 281 millions d’euros de déficit prévus au budget agricole
Ce dernier s’appuie pour cela sur un avis sur les crédits agricoles du projet de loi de finances 2027*. On estime en effet provisoirement les besoins à 886 millions d’euros, contre 605 millions de ressources prévues.
Malgré tout, les organisations professionnelles citées dans l’Avis (AGPM, AGPB, Confédération nationale des éleveurs) dénoncent des barèmes tarifaires trop élevés, basés sur des coûts de production datant d’une dizaine d’années.Personne n’est dupe non plus sur le passage d’une moyenne olympique à huit ans au lieu de cinq, qui ne ferait que « ralentir l’impact de la baisse tendancielle des rendements compte tenu de la récurrence des aléas climatiques », précise le document.
Coût : 10 % de la valeur assurée
Pour Antoine Bourseau, fondateur du cabinet de courtage Apam, spécialisé dans l’assurance agricole, d’autres facteurs jouent. « Les MRC sont aujourd’hui subventionnées par la PAC, à hauteur de 70 %. Sans cela, ces contrats ne seraient pas accessibles : l’assurance coûte environ 10 % de la valeur assurée. Pour autant, du côté des compagnies d’assurances, ce contrat est souvent déficitaire. Avec la multiplication des aléas, le ratio sinistres sur primes dépasse régulièrement 100 %. »
« De plus, les franchises sont importantes, de l’ordre de 20 % à 25 %« , note-t-il. « Donc même s’ils reçoivent une indemnisation, ils doivent piocher dans leur trésorerie pour couvrir la franchise. »
Par conséquent, la réponse à la question « est-ce que souscrire à une assurance multirisque climatique vaut le coût ? », pour 70 % des agriculteurs aujourd’hui, c’est non.
ISN sous conditions
Ce non-recours, compréhensible d’un point de vue économique, est d’autant plus problématique qu’il conditionne l’accès au taux plein de l’Indemnisation de solidarité nationale (ISN, voir encadré ci-dessous), déclenchée en cas de pertes de rendement majeures (- 30 % à – 50 % en fonction des filières). Or, les épisodes exceptionnels vont se multiplier.
« D’autres types de contrats existent, telle l’assurance grêle, pointe AntoineBourseau. » Si l’on cumule assurance grêle et MRC, 60 % des agriculteurs en France ont une couverture. Ce qui en laisse malgré tout 40 % sans protection assurantielle », souligne-t-il.
Grêle et paramétriques
L’assurance type « grêle », plus étroite, permet à l’agriculteur de définir le capital qu’il souhaite assurer, sans regarder les historiques de production. « Il n’est pas subventionné, et les franchises peuvent être plus basses », décrit Antoine Bourseau.
Par ailleurs, de nouveaux produits émergent, les « assurances paramétriques« . « On vient modéliser le risque. C’est le relevé de la station météo connectée de l’exploitant qui fait foi. Si la station indique qu’il a fait – 2 °C sur une période donnée, mettons le seuil à partir duquel l’exploitant sait qu’il perd 30 % de sa récolte, l’indemnisation se déclenche automatiquement, sans expertise », ajoute le fondateur de l’Apam, qui propose ce type de contrats, comme d’autres acteurs en France.
Ces nouveaux produits viennent combler un vide. Attention toutefois : ils ne permettent pas d’accéder au taux plein de l’ISN. Et ils nécessitent une connaissance fine des aléas et de leurs impacts sur les cultures. Sans oublier que le changement climatique vient modifier la fréquence et l’intensité de ces épisodes.
* Contexte a trouvé ses chiffres dans l’Avis de la député (RN) Hélène Laporte sur les crédits agricoles du projet de loi de finances 2027, chiffres alimentés par la Direction générale de la performance économique du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation.
La solidarité nationale conditionnée à la multirisque
Le calcul de l’indemnité de solidarité nationale (ISN), qui vient indemniser les pertes climatiques exceptionnelles des agriculteurs*, dépend de la souscription d’une assurance multirisque climatique (MRC). Sans cela, les taux d’indemnisation diminuent. À titre d’exemple, les grandes cultures non assurées, touchées par une perte de récolte de plus de 50 % étaient indemnisées à 35 % en 2025, et le seront à 14 % en 2028. Assurée, la perte de rendement est indemnisée à 100 %.
Pour plus d’information, retrouvez aussi ces articles sur www.entraid.com :





