Évaluer l’OAD pour réduire l’usage des fongicides dans les vignobles directement chez le viticulteur
À la manœuvre, les techniciens et ingénieurs des coopératives ont bien respecté ce cadre strict. Et trois campagnes viticoles se sont bien déroulées, sans besoin de déclencher l’assurance verte. Mais la quatrième année, Buzet subit un échec. Cela alors que la pression fongique n’est pas extraordinaire alentour. La faute à un trou dans les remontées de données utiles aux OAD. Des enregistrements de précipitations sont passés à l’as. Cela malgré le scepticisme de la coop. Bel et bien, la vigne est attaquée. Un mal pour un bien. Cela a permis de tester et de déclencher le processus d’indemnisation en assurance verte sur environ 20 ha. « Ce qui prouve alors le bien-fondé de l’assurance », souligne Yann Raineau, chercheur à l’Inrae.
Encore expérimental, les partenaires du dispositif ne communiquent pas l’ordre de grandeur des primes d’assurance et des indemnisations. « Nous étions sur un modèle de cofinancement, poursuit le chercheur. L’objectif était que l’assurance ne coûte presque rien et que l’indemnité soit versée à 100 % de l’assureur. Nous sommes d’ailleurs partis sur un taux d’indemnisation fort, pour ne pas poser de difficulté financière à la coopérative. On ne peut pas donner d’estimation de prime. Car à ce stade on ne peut pas se permettre de donner un niveau d’ancrage. Et il faudrait continuer cette expérience sur 20 ans pour avoir une bonne idée du niveau de risque. »
L’essentiel est ailleurs : emmener des viticulteurs – ici des coopératives – en confiance dans l’application stricte de préconisations issues d’OAD sur un temps long et de larges surfaces, en les sécurisant. Pour cela, l’assurance a permis de rassurer, de diminuer l’usage des fongicides et même de palier financièrement une perte. Un projet original, collectif, menant à ce triple résultat qui n’avait encore jamais été atteint.
En conditions réelles
« Ce projet m’a suivi depuis VitiRev (1) confie Yann Raineau, qui en était le directeur. L’IFV en est devenu chef de file, bénéficiant du lien avec le monde viticole. Et la mise en place a suivi. On s’est tout de suite placé en conditions réelles d’exploitation viticole, avec du chiffre d’affaires à sortir. L’idée première est de montrer qu’on a un besoin réel d’expérimenter de nouvelles solutions. Car en général, soit on ne les expérimente pas. Soit les gens passent le pas, mais ils s’arrêtent à la première difficulté.
Il faut donc engager l’expérimentation sur un pas de temps long pour avoir une idée de la qualité de l’outil. C’était le but avec ce projet et en amenant bon nombre de personnes. Car ce genre de dispositif assurantiel en lien avec les OAD sur la baisse de l’usage des fongicides concerne beaucoup de monde en France. Tous les agriculteurs et viticulteurs n’en sont pas au même niveau technique à cet égard. Mais il y a une tendance de fond qui se manifeste. Et pour la viticulture en particulier, il y a un fort intérêt pour la conversion vers le bio et la diminution des traitements. Cette assurance verte peut être un appui dans la rationalisation de l’utilisation des fongicides ».
Un pool d’OAD pour limiter les interventions fongides dans les vignobles
C’est une combinaison d’outils que les techniciens et ingénieurs de coopératives ont dû utiliser durant 4 ans sur plusieurs dizaines d’hectares. Plus précisément, il s’agissait des OAD notamment développées par l’IFV. On peut par exemple citer Décitrait. Cet outil permet de suivre le niveau d’infection des maladies exercé sur les parcelles de vignes en combinant des données agronomiques personnalisées et une météo spatialisée par parcelle. « Les techniciens peuvent aussi affiner les données grâce à des observations, à des stations météo, pour améliorer le système ».
In fine, pour le bien-fondé de l’expérimentation, aucun traitement complémentaire demandé par un technicien de cave coop n’est pris en compte en plus des recommandations des OAD. « Dès la première année du projet, les techniciens ont eu des doutes sur les non-interventions phyto. L’information donnée par les OAD était de ne pas aller traiter. Alors que le personnel n’était pas d’accord. Avec l’existence de ce filet de sécurité qu’est l’assurance verte, et grâce à l’absence de perte de production, on a pu prouver que l’outil avait raison. Ce qui fait que l’une des deux caves qui pensait être déjà à un IFT plancher a pu aller au-delà ».
Pour les partenaires du projet, « Ces résultats démontrent que ce type d’assurance serait un levier majeur pour inciter les agriculteurs à expérimenter innovations et nouvelles pratiques pour réduire l’usage des pesticides ».
1] Piloté par la région Nouvelle-Aquitaine, ce programme fédère plus d’une centaine d’acteurs issus de la filière vitivinicole et du milieu de la recherche (dont Inrae) depuis 2020 et vise à réduire l’usage des pesticides en viticulture.
Entre 48 et 60 % des viticulteurs favorables à l’assurance verte
Sur la base de cette expérimentation, des travaux complémentaires ont été menés par les partenaires à l’échelle nationale pour mesurer l’intérêt des viticulteurs français pour ce type d’assurance. Entre 48 et 60 % des 412 viticulteurs interrogés se disent prêts à souscrire à une assurance verte. Une préférence est constatée pour des indemnisations sur la base de l’évaluation des pertes réelles par un expert, plutôt qu’une assurance indicielle basée sur l’indice de pression fongique local mesuré sur des vignes témoins.
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