État des trésoreries: « Tout peut basculer très vite »

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État des trésoreries: « Tout peut basculer très vite »

Tout savoir sur les les trésoreries des agriculteurs avec l'analyse du responsable du pôle économie et environnement de Cogédis. (©Freepik)

Entraid fait le point sur les trésoreries des agriculteurs, avec Jean-Christophe Seite, Responsable du Pôle Economie et Environnement chez Cogedis.

Face à l’instabilité des marchés, la trésorerie des exploitations agricoles aborde l’année 2026 sous une tension accrue par la hausse des charges et une fiscalité mouvante. Rencontre avec Jean-Christophe Seite.

Quelles sont vos observations concernant la trésorerie de vos clients agriculteurs ?

« Nous anticipons des changements significatifs dans toutes les filières que nous suivons, dont certaines sont déjà sous tension. Le sentiment général est que nous sommes à l’aube de nouvelles difficultés pour les agriculteurs.

Toutes les filières sont confrontées à des niveaux de charges très élevés. Ce contexte est fortement lié à l’environnement politique, notamment la guerre en Ukraine, qui a provoqué une explosion des coûts. Bien qu’une baisse ait été observée en 2024-2025, nous restons à des niveaux bien supérieurs à ceux d’avant la crise.

Surtout, les prix de vente des produits n’ont pas suivi cette augmentation. Par exemple, le prix des matériels agricoles a bondi de 20% depuis 2020. Même si les prix de vente avaient augmenté d’autant, les marges resteraient inchangées. Globalement, si la baisse des prix de vente se confirme, les agriculteurs feront face à une situation relativement difficile. »

Que constatez-vous, filière par filière ?

« En grandes cultures, nous sortons déjà de deux années consécutives particulièrement difficiles. En porc, la situation s’est brusquement retournée. Après une période favorable, les trésorerie des exploitations agricoles sont désormais dans le rouge. Les prix reculent et le marché à l’export s’est durci, notamment avec la Chine.

En lait , les indicateurs prévisionnels dessinent une perspective de baisse importante des prix du lait. Les coopératives laitières ont certes annoncé des baisses, mais celles-ci ne sont pas encore visibles dans la comptabilité des exploitations.

En volaille de chair, malgré des fluctuations de prix moins marquées ces dernières années, les éleveurs ont dû réaliser des investissements importants et nécessaires. Conséquence, les résultats de ces exploitations demeurent modestes en raison des charges de structure élevées.

En volaille de ponte , la période est marquée par une réorientation importante vers l’œuf alternatif (plein air, bio, etc.), en réponse à une demande des consommateurs. Alors que les éleveurs français ont suivi cette tendance sociétale, nous importons paradoxalement des œufs de poules en cage, souvent utilisés pour les plats préparés. C’est la même problématique pour la viande, où la France privilégie la qualité.

Concrètement, quelles sont les perspectives ?

« De nouvelles taxes se profilent, notamment celle sur les fertilisants, qui montera en charge au 1er janvier 2026. La majorité des engrais pour la campagne 2026 ayant déjà été achetés, l’effet de cette taxe – si elle se maintient – sera surtout ressenti vers 2027.

L’estimation d’une hausse de +20 à +40€ par tonne est à prendre en compte. Sachant que des efforts d’optimisation de l’utilisation des engrais ont été réalisés ces dernières années, il n’y a plus de gaspillage possible. Les leviers d’action qui restent risquent de s’exercer au détriment des rendements, ce qui affectera inévitablement les résultats. Il n’y a quasiment plus de marge de manœuvre. »

Et même si le coût de certains intrants baisse, les prix des produits à la vente diminuent également.

Vos clients sont-ils prêts à faire face à de nouvelles difficultés ?

« Ils sont habitués à traverser des crises, mais elles se succèdent désormais. À chaque fois, il y a « de la casse », et les agriculteurs ne parviennent pas à se rémunérer. À cela s’ajoutent les crises sanitaires (DNC, grippe aviaire…).

C’est une période où tout peut basculer rapidement, tant sur les plans géopolitique que sanitaire. Il est indispensable de suivre de nombreux indicateurs, ce qui rend les prévisions particulièrement complexes.

Ce qui est nouveau aujourd’hui, c’est que l’incertitude touche toutes les filières, et ce, simultanément. »

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