Les coulisses de la fabrication des prix alimentaires

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Les coulisses de la fabrication des prix alimentaires

En France, les prix des aliments sont négociés une fois par an. Mais les discussions restent très encadrées et se font sans l'agriculteur. (© Pixabay)

Chaque année, les transformateurs et la distribution négocient âprement les prix des aliments qui seront vendus les douze prochains mois. Comment cela s'opère-t-il ? On vous explique.

Depuis des semaines, la grande distribution et les industriels français se disputent le morceau de gras pour trouver un accord sur les prix de l’alimentation. Comme tous les ans. Un bras de fer sans merci, mais surtout une négociation théâtrale grandeur nature. Mais comment sont négociés les prix des aliments en France ? Éléments de réponse.

Quelle est la spécificité du commerce alimentaire français ?

C’est, d’abord, l’impossibilité des agriculteurs à fixer leur prix de vente. « C’est le premier maillon de la chaîne alimentaire, qui devient le dernier au moment de la rémunération », lance Michel Biero, ancien acheteur de chez Lidl, devenu consultant. Il y a aussi une multitude d’acteurs sur cette chaîne de transformation. Peut-être trop d’ailleurs. En dehors de la filière fruits et légumes frais qui ne dispose que de très peu de transformation, un produit agricole passe dans une multitude de mains. « Les collecteurs, les industries agroalimentaires ou les artisans, la logistique, puis vient la distribution », énumère le consultant.

Il y a aussi une absence totale des agriculteurs dans leur mécanisme de vente. « L’agriculteur n’a jamais fixé un prix, enchérit le consultant. Il délègue cette partie à l’aval de la filière. À l’image des factures qu’il n’édite jamais. »

Alors qu’est-ce qui bloque ?

Sont-ce les agriculteurs qui négocient mal ? Une trop forte pression de la concurrence des produits étrangers ? Ou au contraire pas assez de variations de prix entre les acteurs de l’agroalimentaire ? « Il y a une grosse dépendance des agriculteurs à leurs coopératives ou négociants, estime Michel Biero. Si bien, qu’ils acceptent les prix qu’on leur impose. » Mais y a-t-il vraiment une concurrence entre ces collecteurs ?

L’autre point, selon lui, c’est l’interdiction de vendre à perte qui s’applique à tous, sauf aux agriculteurs. Les agriculteurs peinent à établir ensemble un prix plancher qui couvrirait le prix de production. Seulement, voilà, le coût de production peut aller du simple au double selon le type d’exploitation.

Comment sont négociés les prix des aliments ?

Le distributeur est maître de son prix de vente. Lui, applique à son prix d’achat, ses coûts et sa marge. « En moyenne, la GMS  applique 1 à 3 % de marge sur ses produits, annonce Michel Biero. En revanche, certains font l’objet de plus grosses marges, jusqu’à 40 % quand d’autres en sont exemptés. Il y a une péréquation. » C’est selon la stratégie marketing du distributeur et ce qui a été négocié en amont.

Quelles lois encadrent ces négociations ?

En France, il y a des lois qui encadrent les négociations. La dernière en date, qui s’applique toujours, c’est la loi de modernisation de l’économie. Elle concerne les négociations des marques nationales. Elles représentent encore 70 % des parts de marché.

« Cette loi détermine un socle de négociations, explique Michel Biero. Il est basé sur le tarif général de l’industriel, en dessous duquel, aucun aliment ne peut être vendu. Cela dit en passant, pourquoi on ne se baserait pas sur un tarif général des agriculteurs ? À partir de cela, les négociations vont commencer. Mais elles ne portent pas vraiment sur le prix mais sur les services à coté. Les promotions, la visibilité, les quantités, etc. »

Négociés le prix des aliments : qu’en est-il de la loi Egalim ?

La loi Egalim ne semble pas fonctionner correctement. Elle s’est construite sur des contrats tripartites avec un prix plancher. Mais seulement quelques filières s’en sont saisies. « Il y a aussi trois options sur l’application de cette loi, dénonce le consultant. On peut choisir d’être totalement transparent quant à l’origine et au prix de chaque produit, soit de faire selon le bon vouloir de chacun ou encore d’être 100 % opaque. »

Des réformes sont donc nécessaires.

Comment changer les choses ?

Selon Michel Biero, il faudrait réformer la législation dans un premier temps. La LME notamment, avec une construction de prix basé sur le coût de revient agricole. Mais également appliquer correctement la loi Egalim en contractualisant avec toutes les parties ?

Le consultant met le doigt sur la responsabilité du consommateur. « C’est au consommateur de faire le choix. Or, celui-ci est schizophrène, il veut des produits français mais n’en achète pas. » Toutefois, il ne mentionne pas la responsabilité des distributeurs à tirer les prix au plus bas, ni sur leur campagnes marketing. Difficile de savoir qui a raison et qui a tort. Le consommateur achète ce qu’on lui propose. Une chose est sûre, les agriculteurs doivent reprendre les rênes de la négociation.

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