À l’heure numérique, l’entraide vit plus fort

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À l’heure numérique, l’entraide vit plus fort

La cuma des Moulins du Lay, à Saint-Martin-des-Noyers (85), allie une équipe salariée, un parc de matériels performants et une culture de l'entraide. Elle est à l'origine de développement d'une application dédiée à la gestion des banques de travail (©Entraid).

La cuma a fait développer son application qui encadre sa banque de travail. Sans échange d’argent, le système, baptisé Agriguilder, donne de la valeur aux coups de main que les adhérents s’octroient. De quoi voir se multiplier, en toute équité, les échanges de bons procédés.

Pan historique de la coopération locale, la banque de travail a désormais son icône sur l’écran des adhérents de la cuma des Moulins du Lay (Saint-Martin-des-Noyers, 85). La page d’accueil de leur application Agriguilder ouvre sur quatre onglets.

L’application Agriguilder, le nouvel outil qui formalise l’entraide à la cuma des Moulins du Lay

Le premier sert à l’enregistrement du temps passé chez son voisin, à quelle tâche et avec quel matériel. « C’est celui qui aide qui déclare », indique Charles Herbreteau qui fut un des adhérents impliqués dans la commission en charge du développement de la solution. « On impose aussi de mettre un petit descriptif. Comme ça, on garde une trace de tout ce qui a été fait », ajoute le président de la cuma vendéenne, Alexis Gabillaud.

Charge enfin à l’agriculteur qui a sollicité le coup de main de vérifier et valider la déclaration de son collègue. C’est comme ça que l’entraide se passe à la cuma des Moulins du Lay depuis la saison de récolte d’herbe 2024, date du déploiement d’Agriguilder.

« On continue à parler ensemble »

L’application Agriguilder est née du besoin de la cuma qui a sollicité une agence de communication et un développeur pour y répondre. Le résultat est donc cet outil qui fiabilise la banque de travail tout en simplifiant grandement son suivi.

Les représentants de la structure arguent : « Avec ça, nos échanges d’aide sont toujours justes. » Ils assurent par ailleurs que l’outil numérique ne remplace pas les communications directes : « L’entraide, reste un accord que deux personnes décident. Elles doivent ensuite valider ce qui a été fait. Donc au contraire, on hésite beaucoup moins à solliciter un voisin pour avoir un peu d’aide. »

Au-delà de l’ensilage, l’application Agriguilder est un vrai plus

Les responsables ont fait le choix d’intégrer dans le système l’ensemble des structures ayant des parts sociales dans la cuma. Sur ces plus de quatre-vingts comptes, une trentaine a déjà utilisé cette nouvelle possibilité. « Certains n’y viendront jamais car ce fonctionnement ne leur correspond pas et qu’ils n’ont pas le besoin sur leur exploitation », analyse le président. « D’autres continueront à se servir de la banque de travail uniquement pour l’ensilage. »

C’est pour cette récolte que les agriculteurs ont en effet un besoin d’entraide particulièrement flagrant. Et « avec 4 ou 5 personnes qui viennent chez toi, c’est à ce moment-là que les différences se font dans la banque », observe le secrétaire Steven Cartron. Auparavant la banque de travail n’était d’ailleurs active que pour ce chantier et le salarié la gérait en même temps qu’il organisait l’ensilage. Les témoins pointent par ailleurs la complexité d’administrer un tel dispositif ainsi que le temps à consacrer à cette tâche.

L’offre commerciale d’Agriguilder repose sur un abonnement mensuel entre 35 et 65 € (selon le nombre de comptes ouverts). Les primo utilisateurs commentent : « Si l’application fait déjà gagner 1 h 30 par mois à un responsable qui se chargeait seul de tout le suivi de la banque de travail, la cuma s’y retrouve. »

De plus, les adhérents n’avaient une vue sur leur banque de travail que « deux fois dans l’année et c’était tout. » La différence aujourd’hui est que chaque participant dispose, dans sa poche, du solde de son compte en temps réel. Dans un autre onglet, il retrouve la situation de chaque participant, et donc l’information de qui il peut appeler en priorité pour se faire aider.

Un grand bonus pour l’efficacité des activités

Sorti de la récolte fourragère, l’entraide ponctuelle existait déjà entre certains adhérents de la cuma vendéenne. « Mais nous ne notions rien. » Or face aux coûts de la main-d’œuvre, du carburant et du matériel, « nous ne pouvions pas rester comme ça », analyse Charles Herbreteau.

À chacun de ces petits services, ce ne sont que quelques menus points qui s’échangent. C’est pourtant sur ces à-côtés que l’application apporte un bonus à la coopérative. « Ça optimise les activités », résume Alexis Gabillaud en prenant des exemples. En cas de travaux de terrassement, plutôt que devoir faire intervenir un prestataire spécifique, la trésorerie des exploitations appréciera déjà qu’un voisin vienne transporter pierres et terre.

D’autre part, « se mettre à plusieurs pour rentrer de l’enrubannage, c’est quelque chose que nous ne faisions pas avant. Passer le rouleau Cambridge dans un champ de 10 ha, ça ne prend peut-être qu’une heure. Donc si le voisin nous évite d’atteler et dételer, ça rend bien service. »

Dans le même temps, le responsable de l’andaineur sait qu’il peut plus facilement laisser le même tracteur sur l’outil tout au long de la journée. L’agencement de son planning s’en trouve facilité. « On sait qu’on a un andaineur devant la presse et ça tourne comme ça. Tout est beaucoup plus efficace ! »

L’entraide est complémentaire de l’offre cuma

« En 2 ans, j’ai bien fait quarante échanges par an. Ça fait une fois par semaine en moyenne », estime enfin le président, sans considérer qu’un tel déverrouillage des coups des mains puisse concurrencer les services de sa cuma.

D’une part, les trois chauffeurs de la coopérative ne manquent pas de sollicitations. Entre l’ensileuse, la presse ou l’épandage, « ils font un peu de pulvérisation aussi par exemple. Mais ils n’ont pas le temps d’aller sur tellement d’autres chantiers », analyse le dirigeant.

Les adhérents s'échangent facilement des coups de main

Les coups de main entre adhérents sont devenus monnaie encore plus courante à la cuma des Moulins du Lay. (©Entraid)

D’autre part, les barèmes sont élaborés sur la base des pratiques de la cuma, de manière que l’échange ne revienne pas plus ou moins cher que le service de la coopérative. « L’idée c’est de passer par ici si on doit faire un ou deux champs avec un outil déjà attelé. En revanche si l’on s’attaque à un chantier d’une journée, on privilégiera le tracteur de la cuma. »

Dans sa banque, le point est la monnaie de la coopérative. Sa valeur fixée (25 €) permettra de solder assez simplement les comptes en cas d’extrême nécessité. Pour autant, les dirigeants insistent sur une base importante afin que le système ne se détourne pas de la notion d’entraide. Leur règlement ne permet pas les échanges d’argent.

« L’objectif, c’est que les gens jouent le jeu et soient à zéro en sortant », précise Steven Cartron en ajoutant que même si la cuma se confronte à peu de problèmes d’impayés, l’objectif était de ne pas non pour autant alourdir la facture cuma des adhérents.

La cuma des Moulins du Lay en bref

  • Presque 90 adhérents dont 35 particulièrement actifs réalisent un chiffre d’affaires qui avoisine 850 000 €.
  • La cuma des Moulins du Lay propose une centaine de matériels.
  • Elle dispose de bâtiments qu’elle étend et couvre de panneaux photovoltaïques en 2025.
  • 3 chauffeurs mécaniciens, un apprenti et un secrétaire administratif (1/4 temps) constituent l’équipe salariée de la cuma.

L’initiative de la cuma de Saint-Martin-des-Noyers met en avant qu’un principe historique des collectifs agricoles de proximité s’inscrit en même temps dans la modernité. L’application dématérialise la charge du suivi d’une entraide qui se consolide sur le terrain.

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