Bientôt une préférence européenne pour les tracteurs ? Analyse.
Pas encore de réelle logique stratégique en Union européenne…
Camille Brugier, spécialiste des relations commerciales entre la Chine et l’Union européenne, le dit nettement : « À la différence de la Chine, l’Europe n’a pas encore de réelle logique stratégique, on le voit sur les batteries, les produits pharmaceutiques, médicaux… Le monde se tend, avec un système commercial globalisé. La Chine joue ses cartes. »
« Il faut comprendre que l’agriculture et l’autosuffisance sont des obsessions chinoises très anciennes, depuis Mao. Dans la production agricole, mais aussi dans l’équipement. C’est un pays qui a connu des famines monumentales, et des scandales sanitaires à répétition… C’est un facteur d’instabilité politique important, donc jugé stratégique. En conséquence, les gouvernements chinois construisent des plans en amont, pour se protéger des chocs extérieurs. »
…mais une « préférence européenne » des tracteurs en discussion
Mais l’Union européenne n’est-elle pas en train de changer son fusil d’épaule ? Jusqu’à récemment, elle ne bousculait pas les règles de l’OMC, organisation mondiale du commerce. « Le principe jusqu’à présent, c’est qu’un industriel estimant qu’il subit une concurrence déloyale doit d’abord de mesurer le préjudice subi pour saisir les instances européennes. C’est ce qui s’est passé pour les panneaux solaires et les véhicules électriques, pour lesquels la Chine a massivement subventionné des produits qu’elle exporte. C’est la définition même d’une distorsion de marché, et l’Europe a agi avec des taxes douanières », explique Camille Brugier.
« Or, dans le secteur agricole, il faut comprendre que la Chine n’est pas encore arrivée dans l’Union européenne« , pointe-t-elle.
Une « préférence européenne » pragmatique
Mais une fois encore, la situation de l’industrie automobile peut servir de référence à l’agroéquipement. Le principe de « préférence européenne » défendu par la France dans les instances européennes a récemment fait son chemin, même si elle se heurte aux règles de l’OMC.
L’industrie automobile en est bien sûr le moteur, avec une visée pragmatique : d’accord pour accueillir les investissements asiatiques, mais la valeur ajoutée doit être essentiellement européenne.
Un sujet en plein débat actuellement entre secteurs industriels et États membres.
Dumping : l’Europe réagit dans certains secteurs
Au-delà du concept de préférence européenne, qui agite non seulement l’industrie automobile, mais aussi le secteur du transport par poids lourd, d’autres signaux indiquent que l’Union européenne tente de protéger ses acteurs économiques.
Dans le secteur des espaces verts, l’UE a ouvert en novembre 2025 une enquête anti-dumping visant les robot-tondeuses électriques originaires de Chine. Plusieurs fabricants sont d’ailleurs présents aussi dans le machinisme agricole.
Plusieurs sociétés chinoises présentes dans le secteur des machines de levage et d’élévation de personnes (ex. plateformes de travail en hauteur, nacelles, etc) et dans le secteur des machines agricoles font déjà l’objet de mesures anti-dumping, c’est-à-dire l’imposition de droits anti-dumping et anti-subvention sur les importations.
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