« Nous échangeons des cive et du digestat »

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« Nous échangeons des cive et du digestat »

En plus de ce méthaniseur en cogénération, une nouvelle unité en projet augmentera les échanges d'intrants et de digestat entre les deux SCEA. (©Entraid)

La SCEA Bio Plaine fournit des intrants au méthaniseur voisin de la SAS LMB Methalioux. Elle reçoit du digestat en retour. Explications sur ces échanges.

Le processus de méthanisation est rodé. Distantes de quelques centaines de mètres, la SCEA Bio Plaine et la SAS LMB Methalioux échangent des intrants et du digestat. Les deux structures se trouvent en effet à Jaunay-Clan, dans la Vienne. La première fournit des cultures intermédiaires à vocation énergétique (cive) à la seconde depuis 4 ans. Jusqu’à aujourd’hui, cet échange se fait à raison de 30 m3 de digestat pour un hectare de cive mis à disposition.

Échange CIVE et digestat : une économie de 20 000 € en engrais bio

Pour Tony Gonzalez, l’un des quatre associés de la SCEA Bio Plaine, apporter des cive et récupérer une équivalence en digestat présente plusieurs avantages. « Sur nos 500 ha de SAU, 250 ha sont menés en agriculture biologique. Acheter des fertilisants pour ces productions est devenu très cher.

Les digestats les remplacent », commence l’exploitant. À la clé, une économie de 20 000 € pour la SCEA Bio Plaine.En contrepartie, il sème et conduit du seigle, implanté sous luzerne, dans un rayon de 5 km autour du méthaniseur de la SAS LMB Methalioux. Cette structure juridique porte l’activité méthanisation, créée par les polyculteurs-éleveurs de la SCEA de Lioux. Celle-ci ensile ce seigle fin avril – début mai.

Mener du seigle dans les luzernières répond à une autre problématique pour Tony : « Nos luzernes bio subissent du salissement en hiver. La couverture du seigle limite significativement le phénomène. »

méthanisation intrant digestat

Tony Gonzalez (SCEA Bio Plaine) et Laurent Lambert (SCEA de Lioux et SAS LMB Methalioux) échangent des intrants et du digestat depuis quatre campagnes. (©Entraid)

Les cive, clé de voûte de l’échange

De son côté, la SCEA de Lioux raisonne son assolement en priorité pour ses 90 vaches laitières. Elle cultive ses propres dérobées de seigle. « Chaque jour, nous incorporons dans le digesteur 10 m3 de lisier, 6 t de fumier, 5 t de seigle et 1 t d’issues de céréales », compte Laurent Lambert, agriculteur méthaniseur de la SCEA de Lioux et de la SAS LMB Methalioux.

Bien que son exploitation puisse implanter davantage de cive sur ses 700 ha, Laurent privilégie le partenariat avec ses voisins. « Cela nous apporte de la simplicité. De plus, les parcelles de Tony et ses associés sont très proches de la ferme, ce qui limite les distances à parcourir lors de l’ensilage du seigle », explique-t-il.

Pour la SAS LMB Methalioux, les cive provenant de la SCEA Bio Plaine ne sont pas indispensables au méthaniseur. Toutefois, elles assurent un volume d’intrants méthanogènes supérieur, tout en conférant une marge de sécurité pour son approvisionnement.

méthanisation intrant digestat

Sur 60 ha de la SCEA Bio Plaine, le seigle à vocation énergétique pousse dans la luzerne bio. (©Entraid)

Le digestat considéré comme un produit

Le digestat répond au cahier des charges « Dig ». Selon la réglementation, il est donc considéré comme un produit, non comme un déchet. Par conséquent, la SAS LMB Methalioux n’a pas la responsabilité du plan d’épandage chez ses voisins.

Tony Gonzalez peut même utiliser ce digestat sur ses cultures bio. La réglementation le permet, puisque l’unité de méthanisation digère des effluents d’élevage non industriels (au sens de l’INAO) et des matières végétales agricoles, produites en AB ou en conventionnel.

Matériellement, la SCEA de Lioux épand le digestat sur les parcelles de la SCEA Bio Plaine. Les terres sont souvent portantes aux périodes visées par Tony et ses associés : avant les semis de blé, ou sur les blés, à raison de 15 à 30 m3/ha.

Un contrat pour encadrer l’échange

Pour l’instant, l’échange se fait de manière presque informelle. Cependant, Laurent et Tony ont préparé un contrat pour en encadrer les modalités. En cause, le projet de construction d’un second méthaniseur par la SAS LMB Methalioux. « En plus du cogénérateur de 195 kW électrique, nous aurons une unité qui injectera 150 normo m3 », justifie Laurent Lambert.

Les besoins actuels sont de 70 ha de cive par an, dont 40 proviennent de la SCEA Bio Plaine. Ils augmenteront progressivement pour atteindre 150 ha contractualisés. « Vu les volumes engagés, c’est normal de formaliser les choses. Ce contrat participera à la transparence et à notre relation durable, » convient Tony Gonzalez.

méthanisation intrant digestat

Bénéfices réciproques

Cette fois, cela passera par des pesées, vérifiant l’échange d’une tonne d’intrants pour une tonne de digestat. En cas de défaut de fourniture de digestat épandu, le document prévoit une compensation de 22 €/t.

La SAS LMB Methalioux s’engage à fournir un digestat conforme à l’agriculture bio et aux normes bactériologiques. De même, elle communiquera les analyses chimiques des effluents de méthanisation. La SCEA Bio Plaine continuera de conduire les cive sur ses luzernières. La SCEA de Lioux épandra toujours le digestat liquide sur les céréales de ses voisins. La production croissante de digestat ouvre des perspectives.

Tony et ses collègues intégreront la cuma de Lioux pour utiliser un épandeur à table d’épandage. Ainsi, ils gagneront en indépendance pour épandre la phase solide du digestat. Peut-être même pourront-ils convertir la totalité de leurs grandes cultures en agriculture bio.

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