Les cuma, comme en 2022, ont répondu à l’appel pour appuyer les pompiers dans leur effort de lutte contre les feux en Gironde et dans les Landes ce mois de juillet.
Les agriculteurs basques en renfort face à un brasier inédit
Une petite trentaine de cuma contribuent à l’effort de lutte contre le feu de cet été 2026. Ce, en amenant matériels et chauffeurs. Elles viennent de Gironde, du Lot-et-Garonne. Mais aussi des Landes, des Pyrénées-Atlantiques, des Charentes et de Dordogne.
Elles travaillent sans relâche aux côté d’autres acteurs du monde rural, agriculteurs et entreprise de travaux agricoles et forestiers en tête. Témoignages des cuma qui font fasse aux feux de forêts en Gironde.
« Un pilote de Canadair nous a dit qu’il avait rarement été confronté à un tel brasier, » relate Beñat Biscaye, chauffeur de la cuma basque Amikuze. « Et un autre pompier, d’une quarantaine d’années, nous a dit que le feu de Landiras, en 2022, n’était pas comparable à ce qui se passe en Gironde en ce moment. Ils se font vraiment très peur, à certains moments », raconte-t-il.
Beñat Biscaye fait partie d’un convoi parti du Pays basque, samedi 25 juillet 2026, pour tenter de contenir un autre feu. Celui de Parentis, dans les Landes. Il a voyagé avec d’autres chauffeurs et des matériels de la cuma voisine de Elgarrekin. Cette dernière dispose de canons sur ses tonnes.
Instructions aux Arènes de Parentis
Et ils travaillent depuis ce jour-là, aux côtés d’une entrepreneur de Samadet, à humidifier les bords de deux départementales. Mais aussi refroidir les feux qui couvent dans le sol, « la tourbe », le long des axes routiers, quand le feu est déjà passé une fois. « Un drône repère ces zones chaudes, et c’est là qu’on nous dirige. »

Une pause organisée dans le cadre de de la lutte contre les feux de Gironde en juillet 2026. (© Mathieu Thomas cuma La Médullienne)
Les secours dans la zone landaise de Parentis bénéficient d’une logistique bien rodée. « Nous sommes accueillis comme des rois », décrit Beñat Biscaye. « Les pompiers sont contents de nous voir. Le matin, entre 8 h et 9 h on reçoit les premières instructions. Ils ne nous font pas travailler tard pour ne pas nous exposer. Et l’autre soir, on a été souper à la caserne de Biscarosse avec tous les pompiers. »
Des matériels de cuma efficaces dans la lutte contre le feu en Gironde et dans les Lnnandes
Même son de cloche du côté Franck Saint-Jean, président de la cuma landaise de Poyartin. Quatre personnes de la cuma se sont relayées jusqu’à présent. « On est parti en convoi samedi 25 juillet 2026 avec notre NewHolland 160CV et une tonne de 15.000 litres. Nous sommes équipés d’une rampe au sol et d’un canon », détaille Franck Saint-Jean.
« Le matin, les pompiers font un point aux Arènes de Parentis. » Comme les matériels de la cuma Amikuze, l’équipe s’approvisionne en eau dans le lac de Parentis. Lac dans lequel les Canadairs viennent également se charger. « Puis nous mouillons les bas-côtés et les bords de champs. On ne fait pas le ravitaillement de citernes car on ne peut pas mélanger l’eau du lac et celle du réseau. Ils nous demandent de rester un peu parce que notre matériel est très rapide à charger« , explique-t-il.
Différence d’approche côté Gironde
« Du côté de la Gironde, c’est plus compliqué, » confirme Fabrice Casteraa, président de la cuma landaise de Cauneille Les 3 sols, lesté d’une solide expérience acquise lors des incendies de 2022.
« L’approche est différente. Dans les Landes, les équipes vont au cœur des forêts pour couper la route au feu. C’est ce qui avait été efficace en 2022. En Gironde, les équipes, dans un premier temps, ont été positionnées le long des routes pour faire barrage au feu. Pour ne rien arranger, les moyens aériens sont faibles comparé aux besoins. »
Une différence d’approche que confirme Mathieu Thomas, de la cuma girondine La Médulienne: « Dans les Landes, ils vont au contact, créent des pare-feu. Ici on attend en bordure de route. »

Matériels de la cuma La Médullienne mobilisés lors de la lutte contre les feux de Gironde en juillet 2026. (© Mathieu Thomas cuma La Médullienne)
Une approche qui semble avoir évolué depuis le début des opérations : « ils ont commencé à faire venir des abatteuses, » indique Fabrice Casteraa, « notamment pour protéger les sites industriels en abattant les arbres autour. »
Mathieu Thomas explique: « J’ai parlé avec un pompier bénévole, il pensait que ce qui s’est passé à Landiras en 2022 ne pouvait pas se passer en Gironde. Parce que les Landes de Gascogne, c’est du pin à 98%. Et quand on se rapproche de Bordeaux, il y a davantage de feuillus. Mais là, l’incendie avait déjà pris une force phénoménale en arrivant aux feuillus. »
« La coordination sur les incendies devrait être prévue en amont »
Le président de la cuma La Médullienne ne cache pas sa colère: « Il y a eu une désorganisation complète, une sous-utilisation des moyens en présence, malgré un recensement des citernes en juin 2026 par la Chambre d’agriculture. Le feu a démarré mercredi 24 juillet 2026, dans l’après-midi. On est à une demi-heure de tracteur. On y était jeudi matin, mais on a dû passer un barrage de gendarmerie. Avec deux tonnes de 12.000 et 8.000 litres, l’équipe se ravitaille au lac de Lacanau. Puis alimenter les camions de pompiers et les 4×4 dotés de réservoirs de 1000 litres. »
« Les pompiers qui y sont nous l’ont dit. S’ils n’avaient pas eu cette eau rapidement, ce n’est pas 50 000 ha qui auraient brûlé à aujourd’hui, mais 100 000 ha, » pointe-t-il.

Connexion entre les matériels de la cuma La Médullienne et un camion de pompier, juillet 2026. (© Mathieu Thomas cuma La Médullienne)
Sylvie Berrouet a choisi de suivre la voie « officielle ». Elle a attendu le feu vert de la Chambre d’agriculture, qui est arrivé le dimanche pour un positionnement le lundi matin.
Nécessité de coordination: des témoignages concordants
La présidente de la cuma Vinicole Médoc Environnement, également mobilisée avec un chauffeur pour approvisionner les pompiers depuis le lac de Lacanau, partage pleinement le constat de Mathieu Thomas.

Pompage directement dans le lac de Lacanau, avec les matériels de la cuma Vinicole Médoc Environnement. (© Sylvie Berrouet)
Pour Fabrice Casteraa : « Agriculteurs, cuma, entrepreneurs: nous venons à nouveau de prouver qu’on est capables de se mobiliser très vite, à des stades cruciaux des incendies. Dès 2022, nous évoquions la nécessité de construire des listes précises de matériels et de contacts. C’est comme si rien n’avait été fait. La coordination sur ce type d’événement devrait maintenant être prévue de longue date. Il faut que ça soit davantage organisé en amont. Parce que le terrain, lui, il est prêt. »
« Et ce », ajoute Sylvie Berrouet, « alors que les exploitations agricoles du Sud-Ouest sont en situation de grande fragilité économique. »
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