La définition de méthanisation dite agricole est juridiquement et fiscalement encadrée : au moins 50 % des intrants agricoles et même proportion minimale en capitaux agricoles. Et malgré la très grande variété de projets, on peut distinguer en France trois grandes orientations. D’abord la « micro-méthanisation ». Ensuite la méthanisation de grande capacité. Elle est à majorité en technologie injection. Enfin, les méga-méthaniseurs, projets XXL à la structuration variée. Et forcément en injection. On parle de méthanisation territoriale. Sans définition officielle, elle n’est pas forcément agricole. Le point sur la méthanisation agricole de grande capacité.
Méthanisation agricole de grande capacité : l’enjeu de la valeur ajoutée
« Je suis convaincue que la méthanisation de grande capacité restera agricole et d’avenir, dit Armelle Damiano, directrice de l’association Aile et responsable du secteur biogaz. Cela du fait des intrants et des retours au sol. L’agriculteur doit récupérer la plus-value. On ne peut pas juste être apporteur d’intrants et bénéficier du digestat. Les personnes dans ce cas entrent juste sur un marché. Pour que la méthanisation soit un outil de transition énergétique et agroécologique, il faut que l’agriculteur soit au pilotage ».
« Il y a vraiment beaucoup de projets dans les catégories inférieures à 25 GWh » abonde Laurent Bleuze, responsable bioéconomie à La Coopération Agricole. Des puissances très agricoles. Alors que les méga méthaniseurs ou métha territoriales sont au-dessus de ces 25 GWh.
« Il existe une réserve importante de 1 117 projets dans la « file d’attente » des gestionnaires de réseaux, représentant une capacité de 18,7 TWh/an. La majorité de ces nouveaux projets sont des unités agricoles ». On ne compte que 803 unités en injection déjà installées, pour une capacité maximale installée de 15,5 TWh/an.
Quid de méga-méthaniseurs agricoles ?
« C’est compliqué de faire émerger un collectif de taille conséquente, supérieur à la dizaine d’agriculteurs, explique Armelle Damiano. Car cela complique le pilotage de projet. Je vois plus d’avenir dans les groupes de 3 à 8-10 personnes ».
Autre frein aux « méga », la distance au point d’injection. « Aujourd’hui, il n’y a pas d’alternative que d’être proche. Ou bientôt injecter en réseau local ? Je ne connais pas d’exemple ».
Vers une méthanisation moins agricole ?
« La méthanisation de grande capacité est de plus en plus capitalistique, souligne Armelle Damiano. Aujourd’hui les projets nécessitent des tiers investisseurs. Par exemple des syndicats énergétiques locaux, comme pour le projet Agri Bio Energie à Pouancé (49). Chez Aile, nous préférons les investisseurs locaux. Au contraire des investisseurs provenant de l’économie des déchets, des développeurs purs, qui ne sont pas dans la logique de partage du capital. À l’inverse, la maîtrise par la majorité du capital garantit l’orientation et le respect des choix (nature et mix des intrants, qualité du digestat, retour au sol, emplacement du site…) « .
« Dans tous les cas, on n’a pas la trajectoire des Certificats de Production de Biogaz post-2028 pour les projets de plus de 25 GWh, indique Laurent Bleuze. Les énergéticiens sont dans l’inconnu ».
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