La méthanisation sous les projecteurs

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La méthanisation sous les projecteurs

Les participants à la semaine de la méthanisation découvrent le site SAS Agrival Energies en Charente-Maritime.

La méthanisation suscite l’intérêt croissant des agriculteurs. Et sa mise en place est souvent le produit d’une approche collective. Dans certaines régions, le réseau cuma est associé au développement de cette nouvelle filière et aux démonstrations et rencontres organisées sur cette thématique. Exemples en Nouvelle-Aquitaine et dans les Pays-de-la-Loire.

Nouvelle-Aquitaine : à la portée de toutes les exploitations

« Devenir agriculteur-méthaniseur, un nouveau métier et un complément de revenu », telle était la thématique abordée près de plus de 300 participants lors de la semaine de la méthanisation en Nouvelle-Aquitaine, organisée par MéthaN-Action. Ce dispositif accompagne l’émergence de projets de méthanisation en Nouvelle-Aquitaine. Il est porté par la Chambre régionale d’agriculture et la frcuma, et il est financé par la Région, l’Ademe et GRDF. Au cours de la semaine du 4 au 8 décembre, 12 agriculteurs-méthaniseurs de la région (un par département), ont partagé leurs expériences avec des porteurs de projets, des agriculteurs curieux ou des élus de communautés de communes. Leur chemin n’a pas toujours été facile. Mais la passion, le désir de contribuer à la transition énergétique, et l’aspiration à valoriser davantage leurs exploitations, les ont guidés vers des projets cohérents, intégrés à leurs territoires.

Faire taire les idées reçues

Quelques idées préconçues ont émergé lors de ces rencontres : « La méthanisation c’est pour les grosses exploitations », ou « Je suis trop loin de la canalisation de gaz pour monter un projet », ou encore « Les tarifs ne sont plus intéressants pour se lancer en méthanisation ».

Est-ce vraiment le cas ? La réalité montre que la méthanisation présente une grande diversité sur le territoire. Que ce soit en termes de taille, d’intrants, de technologies utilisées. Il n’y a pas une mais des méthanisations. Qu’il s’agisse d’un projet collectif ou à la ferme, toutes les configurations sont envisageables. La méthanisation à petite échelle devient d’ailleurs plus accessible grâce au nouvel arrêté tarifaire de juin 2023, permettant notamment d’atteindre une rentabilité intéressante sur des projets dès 50-70 Nm3/h. Ce qui correspond à 5 000 t d’intrants.

La méthanisation pour tous les territoires

Contrairement aux idées reçues, la méthanisation n’est pas limitée aux exploitations proches des réseaux de gaz. Elle est possible sur une grande partie du territoire de Nouvelle-Aquitaine. Des projets de raccordement allant de 5 à 10 km sont tout à fait envisageables. En Vienne, un projet de méthanisation a même vu le jour avec un raccordement s’étendant jusqu’à 24 km. Ce qui a donné l’opportunité aux villages traversés de pouvoir se raccorder au réseau de gaz au lieu de rester sur des énergies fossiles (fioul ou propane).

Fragilisée par les contraintes économiques, la méthanisation retrouve un deuxième souffle avec le soutien des pouvoirs publics qui concourt à renforcer la viabilité économique des projets. Grâce au nouvel arrêté tarifaire, l’injection de biométhane retrouve une dynamique prometteuse avec une revalorisation du tarif en juin 2023. Si certains hésitaient encore à se lancer de peur de ne pas avoir les bons critères, le moment est propice pour le faire !

La méthanisation, une activité complémentaire

Les témoignages des agriculteurs-méthaniseurs révèlent que la méthanisation représente une activité complémentaire qui renforce les exploitations plutôt que de les fragiliser. Elle stabilise l’élevage et offre aux céréaliers ayant arrêté l’élevage, une opportunité de rétablir l’équilibre entre polyculture et élevage.

La cuma pour se lancer

Mathieu Véchambre, éleveur à Saint Hyppolyte (17) et associé de la SAS Agrival Énergies, a témoigné des motivations qui l’ont poussé à se lancer : « Il y a neuf ans, nous avons envisagé de monter un projet de méthanisation en cogénération, mais nous n’avons pas trouvé de valorisation de chaleur. Nous nous sommes alors intéressés à l’injection directe de biométhane dans le réseau de distribution de GRDF, mais le seuil de rentabilité exigeait un apport d’au moins 10 000 t/an d’effluents d’élevage. C’est à ce moment que nous nous sommes rapprochés de la cuma de la Vallée, donnant naissance au groupe des huit associés actuels.

La méthanisation permet de stabiliser les tarifs

Notre principal objectif était de diversifier nos revenus agricoles. En se basant sur le prix des céréales, nous n’avions aucune visibilité à long terme. Avec le cours incertain du lait, je ne connaissais pas le prix d’un mois à l’autre, et pourtant, je continuais à investir dans du matériel pour 10 ans sans savoir où j’allais. Avec la méthanisation, je sais que je serai payé à un tarif stable, ce qui me permet de mieux piloter mon exploitation. Nous nous sommes engagés à traiter tous les fumiers des exploitations dans notre projet.

La méthanisation prend en charge le stockage des effluents. Elle assume ainsi les coûts associés et évite aux exploitations d’investir dans des surcoûts pour agrandir leur stockage sur site. Comparé à un fumier, le digestat est homogène et facilement épandable. Il constitue un réel avantage pour les agriculteurs en réduisant considérablement l’utilisation d’engrais chimiques. Sa nature basique permet également de remonter les pH des sols et de réduire l’apport en carbonate de calcium. La méthanisation s’avère être une véritable solution pour nos exploitations. »

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Visite de la SAS Energie Fermière en Vienne.

Pays-de-la-Loire et Bretagne : le tour du biogaz en une journée

Que ce soit dans les Pays-de-la-Loire ou en Bretagne, la capacité de production d’énergie par la méthanisation couvre aujourd’hui 1,5 % des consommations d’électricité. C’est 4 % pour celles du gaz. Aile, GRDF et GRTgaz organisaient le 16 novembre la 8e édition de la journée interrégionale du biogaz. 140 personnes concernées par la filière dans les deux régions s’y sont rassemblées. Au-delà du point d’étape, les intervenants soulignaient dans l’amphithéâtre de l’Agricampus de Laval (53) des perspectives encourageantes.

« Le biogaz est une énergie qui a toute sa place »

À l’instar de Céline Heidrecheid-Rousseau. Directrice programme gaz renouvelables GRTgaz, elle analyse : « On voit que le biogaz est une énergie qui a toute sa place dans le pays qui travaille à sa souveraineté énergétique. » Alors que les objectifs de déploiement sont revus à la hausse, pour cette production très majoritairement agricole dans les deux régions, « de nombreux éléments indiquent qu’ils sont accessibles. Côté production comme usages, les voyants sont au vert. On peut croire à ce que la filière de l’injection reprenne son développement », après un trou d’air de quelques mois.

Encourager la cogénération

De trou d’air, il semble désormais en être question du côté de la cogénération. Alors qu’il exhorte : « La cogénération doit avoir sa place dans le mix énergétique », Jean-Marc Onno, président de l’Association des agriculteurs méthaniseurs bretons (AAMB) constate une situation difficile : « Nous n’aurons que quatre installations de site en cogénération sur l’année 2023. ». Le président de l’AAMB est intervenu sur les mécanismes tarifaires : « Mon installation arrive à 14 ans d’activité. L’an prochain, nous serons donc à un tournant. Je suis dans le vif du sujet de la fin du premier contrat. »

Son intervention a constitué une transition idéale pour ouvrir une séquence participative destinée à faire comprendre simplement les différents mécanismes qui se mettent en place pour vendre du biométhane. À terme, il existera quatre mécanismes. Outre le tarif d’achat pour les installations neuves, ou les appels d’offres qui s’imposeront à celles supérieures à 25 GWh/an, le dispositif de CPB (certificats de production biométhane) ou les contrats de gré à gré constituent des alternatives qui doivent contribuer au développement des volumes de biométhane produits en France.

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La journée inter-régionale (Pays de la Loire et Bretagne) sur le biogaz réunissait 140 participants mi-novembre à Laval.

Pour plus d’information, retrouvez aussi ces articles sur www.entraid.com :

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