Depuis plusieurs jours, Catherine Héraud héberge des familles chassées par les flammes. Une solidarité naturelle pour elle. Occuper le quotidien de ces familles éprouvées est devenu, en soi, une mission. Entre deux inquiétudes, Catherine Héraud organise des animations, une partie de pétanque l’après-midi, quelques attentions du quotidien comme des croissants et des chocolatines apportés le matin. Un geste simple, mais qui compte : « ils me disent, « c’est super, merci beaucoup, qu’est-ce qu’on a bien dormi” » explique la viticultrice. Catherine revient sur la solidarité des agriculteurs lors des incendies en Gironde.
Le témoignage en vidéo de Catherine Héraud sur la solidarité des agriculteurs lors des incendies
Citernes, camion, pompe : tout le matériel mobilisé pour les pompiers
Au-delà de l’hébergement, c’est tout un dispositif logistique que Catherine Héraud a mis en place. Elle gère la disponibilité d’une pompe déjà prêtée et actuellement sur le terrain, tandis que trois cuves vides attendent d’être utilisées.
Inscrite sur la liste des pompiers, elle tient son camion prêt, équipé de deux cuves de 1 000 litres, en attente du feu vert pour partir en rotation dès que les équipes en place seront épuisées. Elle met également à disposition une citerne de 5 000 litres : « si vous avez un gros camion, vous pouvez venir la prendre, je la mets à disposition ».
Pour elle, tous les moyens sont bons, à mesure que la situation évolue sur le terrain.
Comment s’inscrire pour aider les pompiers dans le Médoc
Face à cet élan, une question revient souvent : comment se porter volontaire ? La démarche passe par la Chambre d’agriculture. « Il y a un lien sur le site internet et ensuite on est rappelé rapidement », précise Catherine Héraud.
Le suivi est rapide. Elle raconte s’être inscrite un jour à 18 heures et avoir reçu, dès 19 heures, l’appel d’un pompier chargé de coordonner les opérations liées à l’eau. « Il m’a appelé pour me demander ce que j’avais de disponible ».
Les services sont réactifs, « puisqu’ils manquent de moyens ». Mais impossible d’improviser : « il faut que ce soit un minimum organisé, on risque plus de les gêner qu’autre chose. »
Ravitailler au plus près du feu, sans manteau de pompier
Une fois inscrite, quel rôle joue-t-elle concrètement ? Catherine Héraud sert de relais logistique entre les pompiers et le terrain. Sa mission : assurer des navettes d’eau au plus près des flammes, pour éviter aux soldats du feu de perdre un temps précieux à faire l’aller-retour jusqu’au point de ravitaillement, parfois situé à plusieurs kilomètres.
Elle livre l’eau, puis repart aussitôt refaire le plein. Un système de rotation pensé pour optimiser chaque minute face à l’urgence.
Une filière viticole déjà à bout de souffle, mais solidaire
Ce qui rend cet engagement plus marquant encore, c’est le contexte personnel de Catherine Héraud. Sa propriété viticole est en vente, déficitaire depuis plusieurs années, avec le spectre d’une liquidation judiciaire qui plane. Pourtant, cette mobilisation lui permet, dit-elle, de penser à autre chose. Elle décrit un immense élan de solidarité chez les agriculteurs, comme chez les citoyens.
Une phrase résume son état d’esprit : les difficultés bancaires et financières paraissent bien dérisoires quand d’autres, à quelques kilomètres, voient tout brûler.
La colère contre la préfecture et l’inquiétude pour l’été
Un point cristallise cependant l’exaspération de la viticultrice : la communication de la préfecture. « La préfète est complètement à l’ouest, elle n’est pas dans la réalité », lâche-t-elle, en référence à la consigne donnée aux vacanciers de ne plus venir dans le Médoc pendant deux mois. Sur son secteur pourtant, « on n’a pas de fumée, on n’a rien, et elle nous bloque tout alors qu’on est déjà dans la merde. »
Une inquiétude renforcée par l’absence de réponse sur l’après : « qui va payer le trou qu’on va avoir de tout l’été ? Nos assurances ne vont pas pouvoir tout prendre en compte. L’après, on ne le connaît pas encore, mais faudrait que la préfète commence à s’y pencher ! » déclare Catherine. Une situation d’autant plus préocuppante pour une région viticole en énorme difficulté.
Un hommage aux pompiers et aux agriculteurs mobilisés
Avant de conclure, Catherine Héraud tient à saluer l’engagement des pompiers et des agriculteurs. Les deux sont en première ligne pour contenir les flammes. Un constat qui la pousse à un appel plus large, à l’heure où le monde agricole est parfois critiqué lors de ses mobilisations. « Il va falloir se calmer et arrêter de taper sur les agriculteurs, parce que là, on voit qui sont là. »
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