Le vrai du faux du digestat

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Le vrai du faux du digestat

Le digestat, dont la majorité s'épand comme le lisier, suscite des interrogations. (©Entraid)

Bien que le digestat soit souvent considéré comme un déchet, cela ne signifie pas qu’il est néfaste. Ce fertilisant est l’objet d’idées reçues, davantage liées à sa composition, aux pratiques culturales et aux rotations qu’au digestat lui-même.

Concernant le digestat, beaucoup d’idées reçues perdurent. Voici donc des infos essentielles pour démêler le vrai du faux du digestat comme engrais de methanisation.

Le digestat permet de s’affranchir d’engrais minéraux

VRAI et FAUX

Tout dépend du digestat, du processus de méthanisation et des pratiques d’épandage. « Les éléments introduits dans un digesteur se retrouvent dans le digestat. Il faut l’utiliser comme un engrais et non comme un déchet », précise Damien L’Huillier, expert méthanisation à la chambre d’agriculture des Vosges.

Vincent Martin, chargé d’étude Biogaz association d’initiatives locales pour les énergies et l’environnement (Aile), ajoute : « Les cultures intermédiaires à vocation énergétiques (cive) assurent un bon couvert et piègent les nitrates pendant l’hiver. En association avec une légumineuse, elles peuvent même enrichir le sol et le digestat en azote pour la culture suivante. »

Cependant, le digestat ne remplace pas toujours totalement le minéral. Sur blé, des apports tardifs d’azote au stade épiaison restent nécessaires. Et un épandage de digestat liquide à cette période est difficile à réaliser. « Dans ces situations, sans aucun complément minéral, c’est l’accident », souligne Thiébaut Simon, chargé d’études à la chambre régionale du Grand Est.

Le digestat se gère comme un fumier

FAUX

« Le digestat est un produit à apprivoiser, avec des différences de composition plus marquées qu’un fumier », explique Thiébaut Simon.

Même s’il existe un calendrier d’épandage, l’azote d’un digestat liquide est rapidement disponible, ce qui nécessite d’adapter les pratiques aux besoins de la culture.

Le digestat est sensible au lessivage

VRAI et FAUX

L’azote du digestat n’est pas plus sensible au lessivage que celui contenu dans d’autres engrais, si les pratiques et le calendrier d’épandage sont respectés.

Une perte d’azote peut être mesurée si l’épandage est réalisé avant le semis d’une cive, celle-ci n’étant pas en mesure de le capter en totalité durant l’hiver. À l’inverse, en l’absence d’épandage avant le semis, la cive absorbe les reliquats pré-drainages.

Le digestat favorise la fertilité biologique des sols

VRAI et FAUX

Un digestat brut issu de fumier de bovin (C/N 8 à 10) stimule davantage la fertilité qu’un digestat de biodéchets ou de lisier de porc. « Les pratiques agronomiques (rotation, assolement, etc.) restent déterminantes », précise Vincent Martin.

digestat vrai faux

Si les digestats liquides constituent la majorité des volumes épandus, la séparation de phase fournit un matériau solide aux propriétés différentes. (©Entraid)

Le digestat pollue l’eau et le sol

FAUX

Bien utilisé et intégré dans une fertilisation équilibrée, le digestat ne pollue pas. Seuls des digestats issus de matières polluées ou d’un épandage à des dates non conformes peuvent présenter un risque pour l’eau et les sols.

Le digestat émet moins de gaz à effet de serre (GES) que les engrais minéraux

VRAI

Dans un méthaniseur, les effluents restent entre 60 et 80 jours. Cela permet de capter une partie des émissions de GES qui auraient été produites lors d’un stockage à l’air libre. Le biogaz obtenu peut ensuite se substituer au gaz fossile pour produire de l’énergie ou des engrais minéraux.

Et aussi…

Environ 50 % de la matière organique entrant dans le digesteur est dégradée. Comme les matières complexes (lignines, etc.) n’ont pas le temps d’être complètement digérées durant leur temps de séjour dans le méthaniseur, le digestat présente encore un effet structurant pour le sol et nourrit les micro-organismes.

Les épandages de digestat réalisés avec pendillards ou injecteurs/enfouisseurs limitent les pertes ammoniacales. Une étude menée dans le cadre du programme ACSE (air climat sol énergie) par l’Ademe et la Région Grand Est évalue plusieurs avantages de la valorisation des digestats. Ils économiseraient 185 kg éq. CO2/ha en réduisant la dose d’azote minérale sur blé de 32 kg N /ha.

De plus, ils permettraient de couvrir le sol 16 jours de plus par an, d’augmenter de 25 % le nombre de cultures dans la rotation, et d’ajouter en moyenne une légumineuse dans la rotation.

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