Effet ciseau: voici pourquoi les agriculteurs se sentent coincés

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Effet ciseau: voici pourquoi les agriculteurs se sentent coincés

Les agriculteurs français en étau. crédit: Entraid médias

Le taux de valeur ajoutée de la ferme France a reculé de 3,5 points entre 2014 et 2025. Un cas désormais unique en Europe. Les Chambres d'agriculture de France décortiquent le pourquoi du comment. Ce qui permet aussi d'objectiver "l'effet ciseau" que subissent les agriculteurs.

La France n’est plus le leader européen en termes de valeur ajoutée agricole. Elle l’était depuis 2014. Mais, selon Zeineb Cherif, économiste au sein de Chambres d’agriculture de France, elle a décroché sur ce plan depuis 2022. Un effet ciseau dont souffrent moins des  pays comme l’Espagne ou l’Italie.


La France est également le seul pays à perdre 3,5 points en termes de taux de valeur agricole, alors que les autres pays européens progressent.

Effet ciseau: une valeur agricole plus dépendante que les autres aux achats industriels

Ce décrochage n’est pas une fatalité, mais la conséquence d’un modèle intensif et plus dépendant que les autres aux intrants extérieurs, analyse l’économiste

Les consommations intermédiaires (engrais, phytos, aliments, énergie, services), qui pesaient 56 à 58 % de la production dans les années 1980, en captent désormais 60 à 65 %, argumente-t-elle.

Cette évolution reflète une intensification des pratiques. Mais aussi une dépendance accrue aux consommations intermédiaires.

Si cette mutation s’est accompagnée de gains de productivité réels, elle a également renforcé l’exposition du secteur aux fluctuations des coûts, en particulier ceux de l’énergie, des engrais et de l’alimentation animale, précise l’économiste.

La progression de ces coûts, en niveau ou en valeur, tend en effet à éroder la part de richesse effectivement conservée par le secteur agricole: la marge.

Effet ciseau de la valeur agricole:  en étau entre l’amont et l’aval industriels

En amont, l’analyse de ce que consomment les exploitations agricoles entre 1978 et 2023 révèle « une dépendance croissante aux intrants externes ». Ce aux dépens de la traditionnelle autonomie du secteur agricole.

Cela illustre pour Zeineb Cherif « une intensification et une capitalisation progressive du processus productif. »

« Au total, ces évolutions dessinent le portrait d’une agriculture qui a simplement déplacé ses dépendances. De l’intérieur du secteur vers l’extérieur, et de la terre vers l’industrie et les services, » explique l’économiste.

Côté aval, Zeineb Cherif met en lumière la notion  d’«euro alimentaire ». Cette notion permet de « décomposer la dépense alimentaire finale en valeurs ajoutées par branche ». Ce dans l’objectif de rendre visible « la part captée par l’agriculture au sein de la chaîne. »

Ainsi, sur 100 euros de dépense alimentaire, la part qui revient à la production agricole a baissé. Elle est passée 14,7 € en 2013 à 12,80 € en 2019.

« Selon la Commission d’enquête sénatoriale sur les marges des industriels et de la grande distribution, » ajoute l’auteure, « l’agriculture française ne capterait plus qu’environ 8 euros sur 100 euros de dépenses alimentaires des ménages. Soit un recul d’environ 25 % en 25 ans. »

En parallèle, le secteur agroalimentaire utilise de moins en moins d' »intrants » agricoles. Et de moins en moins de ces intrants sont français.

Dans ce contexte, la performance d’une exploitation ne se mesure plus seulement à la tonne de matière produite. Mais à la capacité d’une exploitation à conserver la valeur qu’elle génère.

Comment reprendre le contrôle?

Côté solutions, deux voies se dégagent dans les grandes lignes. D’abord, une grande rigueur dans la maîtrise des charges. Puis l’autonomie des exploitations, à tous niveaux.

Fertilisation et protection des plantes

Allonger les rotations. Cela passe pas l’introduction de légumineuses pour fixer l’azote atmosphérique et réduire les achats d’engrais de synthèse.

Fractionner et cibler. C’est-à-dire associer les outils d’aide à la décision aux analyses de reliquats azotés en sortie d’hiver pour ajuster les apports au kilo près, selon le potentiel réel de l’année.

Énergie et agro-équipement

Un contrôle régulier de la pression des pneumatiques et de l’usure des pièces travaillantes permet d’économiser 10 à 20 % de GNR.

Privilégier l’usage à la propriété via les cuma ou la copropriété pour diluer les coûts fixes de maintenance et limiter le suréquipement.

Élevage

Maximiser le pâturage . C’est-à-dire-allonger la période d’exploitation de l’herbe et soigner la qualité des fourrages récoltés (ensilages précoces, enrubannage) pour réduire la dépendance aux correcteurs azotés du commerce.

Gestion

Connaître précisément ses coûts de revient complets (charges directes, de structure, amortissements et rémunération du travail) reste vital. Un chiffre indispensable avant de prendre toute décision.

Source : Chambres d’agriculture de France, Analyses et Perspectives n° 239, juillet 2026. Références : Insee, Eurostat, Observatoire de la Formation des Prix et des Marges.

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