Pour marquer ses trente ans d’existence, et plus encore pour créer son futur, Aile dressait le 2 décembre à Rennes une table ronde qui interroge sur la gestion collective de la biomasse agricole. En introduction, Hugo Kech, chargé d’études méthanisation Aile, pose certes une définition variable du terme : « Selon la FAO, la biomasse est la masse combinée des animaux et végétaux qui peuplent un endroit donné. L’énergéticien Engie nous indique en revanche que c’est l’ensemble des matières organiques pouvant être transformées en énergie. » Pour autant, la journée dégage une certitude : le sujet est agricole. « Aujourd’hui, environ 71 % de la biomasse primaire est agricole. ».
Gestion collective de la biomasse agricole : des équilibres à bouger
Devant la répartition actuelle des usages, « il va falloir bouger les équilibres si l’on veut s’affranchir du fossile », poursuit Hugo Kech. Car une caractéristique incontournable que martèle l’ensemble des intervenants est que la biomasse est une ressource finie. « Il y a des ordres de grandeur physiques sur lesquels on ne peut pas revenir », pose par exemple le shifter bénévole Nicolas Robin.
Christian Couturier, directeur de Solagro, alerte même sur leur potentielle diminution : « On sait qu’en 2050, l’année climatique moyenne ressemblera à 2022. » Cette année-là, les producteurs de maïs grain dans le Sud-Ouest avaient enregistré un « – 50 % par rapport à leurs rendements moyens. »
La biomasse est une ressource finie mais dont les usages s’imbriquent
Les experts pointent notamment complémentarité des enjeux que traitent les collectifs producteurs d’énergie. Enerfées l’illustre. À Janzé (35), la coopérative spécialiste de l’aviculture est à l’origine de la construction de ce méthaniseur.
En même temps qu’il alimente son territoire en gaz naturel, « nous voulions pérenniser nos exploitations en apportant des solutions de gestion d’hygéniation des effluents et de fertilisation de nos sols », résume Marina Maussion, présidente de la coopérative des Fermiers de Janzé. « Pour mener à bien ce projet de méthanisation, il nous a fallu bien nous faire accompagner et l’élargir. »

De g. à d. : Marina Maussion (présidente des Fermiers de Janzé), Christian Couturier (directeur Solagro), Nicolas Robin (The Sift project), Samuel Aubin, sociologue, ont répondu à l’invitation d’Aile et son président Ronan Le Bourhis.
Les projets de transitions nécessitent des dynamiques de coopération
Sociologue du Collège des transitions écologiques et sociétales, Samuel Aubin analyse : « Les projets de transition sont systémiques, donc la logique de silo ne fonctionne pas ».
Christian Couturier appuie : « évoluer en agroécologie demande tellement de compétences que cela passe obligatoirement par du collectif. » Ainsi, la journée invite à cultiver des collectifs ouverts au-delà de l’agriculture, avec la conscience que l’acceptation sociale des projets constitue aujourd’hui pourtant une crainte.
Gestion collective de la biomasse agricole : fini le travail en silos
Le collectif Oudon biogaz en témoigne : « L’inquiétude du voisinage est un frein que nous avions complètement sous-estimé », résume le président d’un collectif qui a finalement mis douze ans à concrétiser son projet.
Et ce dernier a aussi évolué en s’appuyant sur des réflexions constructives qui lui faisaient face. « On voit que les opposants d’un projet au départ peuvent aussi devenir les plus grands promoteurs de la méthanisation », commente Samuel Aubin, en glissant un conseil : « Plutôt que démarcher des riverains pour faire accepter son projet, mieux vaut construire celui-ci avec eux. Faire en sorte que ce soit aussi leur projet. »
En conclusion de la journée le président d’Aile, Ronan Le Bourhis boucle le thème : « Pour gérer ensemble, il faut parler ensemble. »
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