Le dérèglement climatique pousse certains terroirs non encore ouverts à l’irrigation à s’y intéresser sérieusement. L’an dernier, des avancées majeures pourraient encourager l’Inao (Institut national de l’origine et de la qualité) et des ODG (organismes de défense et de gestion) à faire le grand saut dans des cahiers des charges. Et ainsi rejoindre les régions méridionales pour lesquelles l’irrigation de la vigne peut être vitale.
Ferti-irrigation de précision : plus d’arômes dans les baies et moins d’engrais
Meilleure utilisation de l’azote
Un résultat très encourageant dans l’ère désormais généralisée de la production rationalisée, économe à la vigne et qualitative voire à haute valeur ajoutée des vins.
« L’apport conjoint d’eau et de nutriments augmente significativement l’efficience de l’utilisation des éléments par la plante. Nos essais montrent qu’à rendement égal, la ferti-irrigation permet de réduire de 30 % les apports d’unités fertilisantes globales comparés à une fertilisation classique au sol couplée à un apport d’eau indépendant », est-il écrit dans le rapport.

Ferti-irrigation en vigne. (©IFV)
Conditions de réussite avec son réseau goutte-à-goutte
L’étude de l’IFV préconise l’usage exclusif de solutions liquides parfaitement solubles. Cela afin d’éviter tout risque de précipitation et de bouchage des goutteurs. Notamment des solutions à base d’azote uréique ou d’ammonitrate liquide, hautement assimilables. Le rapport insiste sur l’importance de surveiller le pH de la solution mère injectée. Le but étant de maintenir la stabilité des éléments. Cela permet aussi de prévenir la formation de dépôts de carbonate de calcium ou de fer dans le réseau d’irrigation.
Enfin, en injectant l’engrais chimique au cœur du bulbe humide, on limite drastiquement les pertes par lessivage. On optimise aussi la réactivité racinaire. Une pratique qui peut aussi être quantitativement vertueuse. Car le pilotage précis, notamment grâce à l’humectation préalable du sol jusqu’au rinçage final du réseau, évite le gaspillage de l’eau lié à de trop longs cycles d’irrigation continue. Et last but not least, encore un avantage : éviter le recours à un passage tracteur pour une pulvérisation d’azote foliaire. Un passage mécanique en moins.
Réconcilier les couverts et l’eau
Le projet national Vitilience piloté par l’IFV et l’Inao, qui se terminera en 2028, dévoile déjà des résultats au travers de plusieurs de ses démonstrateurs de terrains (Rapport d’activité IFV 2024-2025, publié en décembre 2025. (3) Rapport d’information du Sénat, « La viticulture, une filière d’avenir : l’urgence de l’union ! », 30 janvier 2026.).
Devant faire émerger des solutions viti et vini dans le contexte de changement climatique et de baisse de productivité, des recherches valident l’efficacité du couplage irrigation et couverts végétaux. Contrairement à l’idée reçue, un couvert bien géré et irrigué stratégiquement améliore la structure du sol et sa capacité de drainage, créant une meilleure « éponge ».
Faire du couvert une force
Finie donc la rengaine sur la compétition pour l’eau entre la vigne et le couvert ? Les démonstrateurs axés sur l’hydrologie régénérative, comme le projet CombioClim en Occitanie ou des sites pilotes en Provence montrent que l’irrigation au goutte-à-goutte, lorsqu’elle est couplée à un couvert végétal ou un mulch, est loin d’être déconseillée.
En effet, un sol nu pose de base de gros problèmes. Exposé à de fortes chaleurs, il s’encroûte, subit une évaporation maximale de l’eau en surface et stocke très mal les apports. L’eau d’irrigation s’infiltre moins bien et s’évapore plus vite. Or le projet met en lumière que même si un couvert végétal consomme une part d’eau au printemps, il améliore la porosité du sol grâce aux racines et l’enrichit en matière organique.
Le couvert, cet allié insoupçonné de l’irrigation de la vigne
Lorsque l’on irrigue à même le rang, le sol couvert retient bien mieux l’humidité à long terme. Ce qui limite en outre l’évapotranspiration directe du sol. En apportant l’eau localement et de manière fractionnée, on nourrit prioritairement le système racinaire profond de la vigne.
Pendant ce temps, le couvert situé dans l’inter-rang peut sécher en été. Créant un paillage naturel ou « mulch », sans pour autant pénaliser la vigne. Et tout en ayant joué son rôle protecteur. Les données récoltées servent directement à l’INAO pour nourrir les réflexions des ODG et adapter les futurs cahiers des charges des appellations face au climat.
L’irrigation de la vigne comme « nécessité de résilience »
Un rapport sénatorial de janvier 2026 sur l’avenir de la viticulture redéfinit l’irrigation. Dans les travaux du Sénat (3), l’irrigation n’est plus considérée comme un confort mais comme une nécessité de survie face au dépérissement de la vigne. La recherche s’oriente aussi vers les alternatives locales, comme la réutilisation des eaux usées traitées ou REUT, pour éviter la compétition avec l’eau potable.
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