Bonne nouvelle, les chiffres de la féminisation de l’agriculture reprennent des couleurs. Mais non sans mal. En effet, l’Institut de l’Elevage – Idele – indique dans une présentation en ligne ce 4 mars peut-être la fin de l’exode féminin dans les productions, notamment en élevage. Mais au prix de difficultés toujours nombreuses pour les femmes à s’installer dans le paysage agricole. Ce « frémissement » indique Anne-Charlotte Dockes, agro-économiste à l’Idele, se traduit par « un lent retour des femmes, surtout de classe d’âge de moins de 40 ans, dans les filières de ruminants », précise Christophe Perrot, économiste à l’Idele. De 16,5 % en 2015, elles sont maintenant 19,4 %. On fait le point sur les femmes en agriculture.
Les femmes poussent les portes des fermes
« Certes, il y a en 2024 plus de femmes dans des fermes sans élevage, à cause de la chute de leur présence dans les élevages laitiers. Mais il y a une progression nette et une augmentation de leur poids relatif dans les élevages ovins et caprins. Elles y sont 41 % en 2024 contre 32 % en 2015 ».
Et globalement, parmi les nouveaux entrants agriculteurs entre 2010 et 2020, 30,5 % sont des femmes.
Un chiffre à mettre en face des 26 % de femmes parmi les 496 000 agriculteurs en activité en 2020.
Grande diversité des filières investies par les femmes en agriculture
Ce timide retour s’explique sociologiquement, juridiquement et économiquement. En effet, les femmes s’installent mais d’une façon différente des hommes. Le secteur bovin, qu’il soit de profil lait ou viande n’attire plus à lui les femmes. D’autant plus lorsque les femmes sont hors cadre familial (HCF).
Les installations des femmes HCF se font de façon privilégiée dans les filières équins, petits ruminants, maraichage et des formes de valorisation comptant les circuits courts, le bio, la transformation à la ferme.
Un vrai choix professionnel
« Ces récentes données objectivent la situation, commente Marie-Andrée Luherne, présidente déléguée du Cniel. On peut dire qu’aujourd’hui, le métier d’agricultrice est vrai choix professionnel des femmes, ce qui n’a pas toujours été le cas par le passé. On observe aujourd’hui des nouveaux parcours de vie professionnelle, et on part de loin. Il faut attirer encore plus au métier. Mais c’est encore un combat de tous les jours pour la reconnaissance et être considérée ».
« Il y a aussi la question des capitaux à apporter, ajoute Marine Boyer, présidente de la Fncuma. Ce qui peut expliquer la poussée des installations dans des petites productions, notamment en HCF ».
Femmes en agriculture : levée progressive des barrières juridiques
Un relatif succès donc dans un retour à la féminisation du métier. Mais un exploit quand on s’intéresse aux dernières batailles et à celles qui pourraient s’ouvrir pour que les femmes croisent moins voire plus du tout d’embûches pour devenir agricultrices.
Juste un exemple, le/a conjoint/e pacsé/e ou concubin/e n’a obtenu le statut de collaborateur/trice qu’en 2006. Le congé maternité de 16 semaines d’une agricultrice seulement 2 ans plus tard. Sans parler de la transparence Gaec en 2015, etc.
Dernières avancées obtenues, les indemnités journalières maternité, la limitation à 5 ans du statut collaborateur et le minimum retraite à 700 euros.
Des promesses politiques
« Les avancées sont importantes, commente Marie-Andrée Luherne, mais il y a encore des inégalités. Les ministres Annie Genevard et Aurore Bergé viennent de présenter le tout premier plan qui existe pour les femmes agricultrices. Il faut espérer des mises en œuvre rapides ».
Pragmatisme technique
Sans attendre les évolutions politiques et juridiques, des leviers existent pour aider les femmes à entrer dans le métier.
« La cuma peut être un moyen facilitateur, partage Marine Boyer. Elle peut donner des solutions dans la mécanisation de tâches pénibles. Ca a été le cas pour moi pour la distribution des aliments au troupeau. Mais il reste beaucoup de choses à revoir, tant pour des questions de gabarits, masculins ou féminins. Comme les attelages, les hauteurs de fauteuils en cabine de tracteur, etc. C’est difficile car il faut parfois tenter de faire bouger des normes. Mais l’appropriation du matériel est importante pour intégrer les femmes en agriculture, pour leur épanouissement et pour la légitimité dans la maîtrise des taches ».
Femmes en agriculture : organisations sociales
Les chiffres parlent d’eux-même. Sociologue à l’Idele, James Hogge rappelle la proportion des sièges occupés par les femmes dans différences instances et syndicats agricoles. Dans les chambres départementales d’agriculture, 10 %, seulement et 3 sièges sur 24 au siège à Paris. Ensuite c’est 16 % à la Fnsea, 12 % à la Coordination rurale, 20 % chez les JA – c’est mieux – et même 30 % à la Confédération paysanne. « La coopération reste un fief masculin avec moins de 10 % de femmes dans les conseils d’administration ».
Pour Marie-André Luherne, « c’est malheureux et il faudra aller aux quotas, comme pour les élections municipales, même s’il manque quelques listes ». Et de compléter. « Il faut de la formation, des groupes de travail non mixtes comme la Commission agricultrices. Car les compétences sont là. Mais il faut donner de la confiance ».
Pour plus de mixité
« La mixité dans les groupes n’apporte que du positif. C’est enrichissant pour tout le monde. C’est une ouverture. Il faut aussi des emblèmes. Je n’y croyais pas quand j’ai appris que Marine était devenue présidente de « la machine agricole ». Car c’est un domaine super masculin. Et il faut aller plus loin encore ».
Marine Boyer abonde. « C’est vrai que les femmes ont les compétences pour ces postes. Elles ont une vision et elles ont une capacité à amener des décisions. Il faut aussi désacraliser ces postes. C’est possible. Enfin c’est important de croiser les visions, les regards, c’est aussi dans l’ADN des Cuma ».
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