En attente. Voilà ce qui pourrait qualifier le marché des engrais en 2026. D’un côté les agriculteurs qui attendent de mieux connaître leurs besoins et de l’autre, les fabricants et distributeurs qui espèrent une baisse des cours. “Le marché est atone, sur un plateau haut allant de plus de 600 €/t d’urée, annonce Quentin Matthieu, économiste chez Agridées. Les prix en sont responsables mais aussi la couverture des agriculteurs. En ammonitrate, près de 70 % des achats sont réalisés. En revanche, en urée et en solution azotée, seulement la moitié est faite. C’est beaucoup moins que d’habitude à cette période.”
Acheter ses intrants en 2026, beaucoup de réticence
Une réaction confortée par un contexte géopolitique très instable. L’Algérie a annoncé vouloir suspendre ses exportations d’engrais vers la France. Ce qui fragilise la situation même si cela représente près de 7 % de nos importations. Sans compter l’origine russe qui se ferme petit à petit. Quant aux taxes MACF, celle-ci a été anticipée par la plupart des opérateurs. “Eux, devront la payer en 2027 pour les volumes de 2026, les prix de ventes ont déjà intégré ce surcoût.” Quant aux engrais phosphatés sommés de réduire leur teneur en cadmium à 40 mg d’ici 2028, les éventuels surcoûts sont a priori également anticipés. “Les taux sont déjà réduits, précise l’économiste. Le Maroc, notre principal fournisseur investi pour acquérir de nouveaux procédés.”
Reste les phytos. Eux sont pris en otage du projet de loi de finances 2027. En effet, une taxe pour augmenter le coût de la mise sur le marché est en pourparlers. Ce qui renchérirait les prix des produits. “Là, cette décision ne dépend que de l’adoption du budget, poursuit l’économiste. Elle n’aura lieu qu’après de nombreux avis de commissions et des débats parlementaires. C’est sérieux, mais rien n’est encore adopté.”
Un marché tendu
Le contexte géopolitique est le principal responsable de la situation. “Peu de marchandises circulent via le détroit d’Ormuz, rappelle l’économiste. Toutefois, ces derniers jours, on a pu apercevoir une détente avec la Chine qui a décidé d’exporter de nouveau des engrais après avoir suspendu son commerce extérieur.” Mais pas de quoi amorcer un repli significatif des cours. D’autant que le prix du gaz en Europe va de nouveau progresser et se répercuter sur les coûts de production.
Une situation qui laisse les agriculteurs pantois. Outre les prix très élevés, l’heure est aux choix. “Les conditions agroclimatiques restent sèches et certains producteurs se tournent vers d’autres cultures, moins gourmandes en intrants, moins risquées, explique Quentin Matthieu. D’autres feront sûrement des impasses ou réduiront les doses.” C’est aussi une histoire de trésorerie. Et comme les agriculteurs, les fournisseurs d’engrais n’ont pas tous les moyens de s’approvisionner en engrais. “Ces structures achètent par petites quantités pour tenter de mieux saisir les opportunités du marché ou une origine moins onéreuse.”
Pas de rupture d’approvisionnement en vue
L’économiste l’affirme, “il est encore trop tôt pour parler de pénuries, estime-t-il. Tous les pays se couvrent petit à petit. En Inde par exemple, les agriculteurs ont pu profiter d’un grand plan d’aides à l’achat d’engrais.” La seule crainte reste d’avoir une congestion de marchandise ce printemps. Mais nous n’y sommes pas. D’autant que pendant qu’on évalue la situation en Europe et en Amérique du Nord, les pays de l’hémisphère sud attaquent leurs récoltes et subissent les effets de El Niño sans pouvoir anticiper les pertes.
La France a, elle aussi, tenté de désamorcer la situation de blocage en proposant des aides à l’achat d’azote.” Pour le moment, seul un huitième de l’enveloppe prévue est utilisé, calcule Quentin Matthieu. Sur 145 millions d’euros, 30 ont été demandés. On peut imaginer une lenteur administrative sur le traitement des dossiers. D’autant plus que depuis quelques semaines on constate une montée en puissance de ce guichet et des modifications qui facilitent leur accès.” Preuve que les agriculteurs français restent attentistes.
Pour plus d’information, retrouvez aussi ces articles sur www.entraid.com :





