Difficultés et arrêts d’activités agricoles : « le gros de la vague n’est pas encore arrivé »

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Difficultés et arrêts d’activités agricoles : « le gros de la vague n’est pas encore arrivé »

Viti, grandes cultures, élevage, maraîchage: ça tangue dans toutes les filières. Crédit: Entraid Médias.

Solidarité Paysans publie son premier Observatoire des difficultés agricoles. L'occasion de faire le point avec Jérôme Martinez, qui a compilé les données des antennes de toute la France. 

L’association Solidarité Paysans publie la première édition de son Observatoire des difficultés agricoles. État des lieux des fragilités du secteur avec Jérôme Martinez, coordinateur de l’association Solidarité Paysans.

On entend beaucoup d’agriculteurs qui déclarent souhaiter arrêter leur exploitation. Est-ce que vous confirmez ?

Le gros de la vague n’est pas encore arrivé aujourd’hui. Les difficultés sont reportées sur les trésoreries, notamment l’élevage avec le fourrage. Ce n’est pas encore clarifié, mais il y a effectivement beaucoup de gens qui se disent qu’ils vont arrêter. Entre le désespoir, le dégoût et l’arrêt complet, il peut encore se passer du temps.

Quelles exploitations sont les plus en difficulté ?

Même s’il s’agit d’une première édition sans historique de comparaison, les données de l’Observatoire mettent en évidence un renouvellement et un renforcement des difficultés des agriculteurs en 2026.

Le phénomène le plus marqué concerne les nouveaux installés : 30 % des accompagnements assurés par l’association visent des fermes installées depuis moins de dix ans. Il ne s’agit plus de projets mal calibrés. Nous constatons des fragilités structurelles importantes en phase de post-installation.

Quelles sont les causes des difficultés de ces récents installés ?

Les problèmes découlent de choix de financement et d’investissement inadaptés, d’une mauvaise appréhension de la charge de travail et des aléas, mais aussi de faiblesses dans l’accompagnement initial : choix juridiques ou statutaires bancals, ou conflits entre associés. Cela montre la nécessité d’intervenir au-delà de la phase d’installation stricte.

Par ailleurs, les femmes représentées dans nos suivis font face à des freins spécifiques : accès au financement et aux aides, reconnaissance du statut au sein des exploitations et gestion des conflits familiaux ou de couple.

Quels sont les autres profils particulièrement impactés ?

La gestion des fins de carrière constitue un axe préoccupant, particulièrement dans la filière élevage bovin. Il s’agit majoritairement d’exploitants âgés, confrontés à la pénibilité, à des problèmes de santé et à la baisse des rémunérations face à des niveaux d’endettement élevés. Ces fermes sont difficiles à transmettre et à reprendre. S’ajoute à cela la lourdeur de la gestion administrative, renforcée par la dématérialisation et des échéances comme la facturation électronique, particulièrement pénalisantes pour ces générations.

Au niveau de la géographie ou des filières, qu’observez-vous ?

La réalité varie selon le degré de capitalisation et la nature des filières. Dans les zones d’élevage comme l’Occitanie ou la Nouvelle-Aquitaine, les besoins d’accompagnement sont massifs. En maraîchage, filière qui attire davantage de nouveaux installés et de femmes sur de petites surfaces, la faible capitalisation s’accompagne d’un manque d’aides et de trésoreries extrêmement tendues.

Des épisodes climatiques défavorables plongent rapidement ces structures dans des situations financières inextricables.

Face à cette situation, quelles leviers privilégiez-vous pour éviter les cessations d’activité ?

La question n’est pas uniquement de détecter le mal-être, mais de savoir comment on remet de la solidarité dans ces espaces ruraux.

Tout ne se règlera pas dans l’écosystème agricole. Nous rappelons l’utilité des outils de droit commun et des procédures collectives, règlement amiable, sauvegarde, redressement judiciaire. En prenant en compte les spécificités agricoles, ces dispositifs juridiques permettent d’étaler la dette et de donner de l’air aux exploitations viables.

L’accès aux aides sociales comme le RSA constitue également un amortisseur indispensable pour passer des caps difficiles.

Enfin, nous développons des approches collectives et des groupes de parole pour rompre l’isolement, redonner de la confiance et permettre aux exploitants de retrouver leur autonomie de décision.

Quels arguments combattez-vous ?

Le constat du mal-être en agriculture est partagé par tout le monde aujourd’hui. Mais les réponses ne sont pas toujours au rendez-vous, car le modèle agricole encouragé ne répond pas vraiment à cela, si ce n’est en disant qu’il faut continuer à « trier » et que certains doivent arrêter. Une analyse sur laquelle nous, à Solidarité Paysans, on ne se retrouve pas.

Si on appliquait la logique économique brute à toute la société, il y a en fait beaucoup d’activités économiques aujourd’hui qui ne seraient pas viables. Si on enlevait les aides (notamment la PAC) à beaucoup de grosses fermes, elles ne seraient pas viables non plus. Le problème de la viabilité économique de l’agriculture n’est pas propre aux petites exploitations.

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