Les tarifs des cuma ne reflètent pas toujours la réalité du terrain. Résultat, les trésoreries connaissent des difficultés. Comment ajuster au mieux ses tarifs ? Quels sont les facteurs essentiels à prendre en compte ? Réponses avec Christelle Béroud, coordinatrice de l’AGC Ouest.
Quelles sont les conséquences de la hausse des tarifs du matériel sur les cuma ?
La situation financière des cuma se dégrade, c’est flagrant. Plusieurs facteurs participent à cette dégradation. La faible progression de leurs tarifs en fait partie. Nous observons désormais que des groupes vont tout de même dans ce sens, mais les hausses tarifaires ne sont pas toujours suffisantes pour répercuter l’inflation que les cuma subissent.
On peut même regarder dans les ‘petites’ cuma où la décision du tarif respecte souvent la logique de coût de revient. Cette méthode ne prend pas en compte la prévision du prochain renouvellement du matériel et elle ne prévoit pas non plus de marge de sécurité. Cela a toujours existé, mais le contexte en accentue les conséquences.
Tous les ans, l’AGC suit des ratios tels que la capacité d’autofinancement. Aujourd’hui, elle est bien souvent nulle, voire négative. Autrement dit, l’EBE de la cuma ne couvre pas ses annuités. Pour certaines qui ont cette trajectoire, le mur est très proche.
Comment l’éviter ?
Tout d’abord, l’accompagnement est essentiel. Le regard extérieur pointe facilement les questions qui dérangent. Mais il n’y a pas de recette miracle. La situation de chaque groupe diffère. Par exemple, beaucoup de cuma moyennes ou grandes se trouvent exposées à une posture de clients de la part de leurs adhérents. La compétitivité des tarifs y est de ce fait une contrainte d’autant plus importante.
C’est aussi ce genre de paramètres que le responsable doit prendre en compte pour piloter sa coopérative.
Ensuite, nous mettons en place des outils pour détecter suffisamment tôt les dérapages. Bien sûr, il faut que l’EBE couvre le besoin de trésorerie, sans quoi la cuma ne peut pas fonctionner, mais l’idéal est de se réserver aussi une marge de sécurité. L’outil de pilotage, pour toutes les cuma, c’est la comptabilité analytique qui renseigne pour chaque matériel s’il est rentable ou non. On regarde aussi les indicateurs sur les années suivantes, en fonction de ce qu’il va se passer pour la cuma, des nouveaux investissements qu’elle envisage : Y a-t-il des difficultés en 2026 ? Que donnent les prévisionnels 2027, 2028 ? etc.
Il faut voir également que les volumes réalisés peuvent être variables. Tout ce qui est enrubannage, herbe, etc. nous en donne un bon exemple. 2025 a été compliquée pour ces activités, alors qu’en 2024 c’était l’inverse. L’idée serait d’éviter que ces tarifs fassent le yoyo, de maintenir un prix relativement stable, malgré cette variabilité.
Ainsi, de plus en plus de cuma fonctionnent en marge cumulée pluriannuelle. Reste que si l’activité est déficitaire sur les quatre derniers exercices, des questions doivent se poser. Peut-on augmenter son tarif ? Est-elle indispensable ?
Enfin, il y a une vigilance à avoir vis-à-vis des impayés. C’est l’autre facteur prédominant de la dégradation des trésoreries des cuma. Après deux bonnes années pour nos principales filières en 2023 et 2024, le contexte se dégrade et les impayés augmentent.
Que peuvent faire les responsables ?
Ils disposent de moyens pour limiter fortement l’apparition d’impayés. Le plus important, avant même d’envisager instaurer du prélèvement automatique, c’est de facturer régulièrement. Tous les mois ou tous les deux mois. L’intérêt est que cela fait des factures plus abordables pour les adhérents.
Une marge de sécurité et de la régularité
« Le plus souvent, les cuma calculent au plus juste. Il faudrait qu’elles comprennent qu’elles ont besoin d’une marge de sécurité pour prévoir un renouvellement futur, ou une grosse casse. D’autant plus aujourd’hui, renouveler cela s’anticipe. À l’extrême, des cuma ne font plus payer l’utilisation du matériel lorsque celui-ci est remboursé. Sur le long terme, ce n’est pas une bonne stratégie lorsqu’il y a un objectif de continuité. De plus, ce n’est pas vraiment équitable pour les adhérents, entre celui qui aura utilisé le matériel une année où il y a des frais conséquents et l’autre qui l’aura utilisé une année où il n’y a rien à payer. Le conseil est d’avoir une relative stabilité de ses tarifs d’une année sur l’autre », indique Christelle Beroud.
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