Le protocole pour évaluer la volatilisation d’ammoniac
L’exercice a comparé leur ampleur selon l’équipement installé sur la tonne à lisier. Quatre matériels ont ainsi distribué l’engrais organique. Chacun avec son système : buse palette, rampe pendillards, enfouisseur de prairie ou enfouisseur polyvalent. À l’aide de tubes Dräger, les pertes d’ammoniac par volatilisation étaient ensuite évaluées à quatre moments : Immédiatement après l’épandage, puis une heure, six heures et vingt-quatre heures plus tard.
C’est sans surprise au passage de la buse palette que les capteurs enregistrent les plus fortes présences d’ammoniac dans l’air du moment de l’épandage et jusqu’à six heures après. Et de très loin, en particulier sur la première heure. Les résultats montrent en effet que les enfouisseurs réduisent les pertes de plus de 90 % par rapport à la buse palette. De son côté, la rampe à pendillards a généré environ 70 % d’émissions en moins.
Perte en sac
Pour traduire de façon concrète de ces observations, prenons l’exemple d’une tonne à lisier de 18 m³ chargée d’un effluent riche, ne serait-ce que de 2,5 unités. Une valeur courante avec un lisier de bovins par exemple. Schématiquement, les 45 unités d’azote que contiendrait ainsi la cuve équivalent à six sacs de 25 kg d’ammonitrate du commerce. La moitié de l’azote étant sous forme ammonicale, pourrait être totalement perdue par volatilisation dans le cas d’une utilisation de la buse palette. Autrement dit, cette méthode conduirait à une perte de trois sacs d’engrais à chaque voyage de la tonne à lisier. L’usage de pendillards revient ainsi à réduire la perte à 1,5 sac d’ammonitrate. Enfin, dans le meilleur des cas, c’est-à-dire avec les systèmes enfouisseurs, seulement 4 kg d’azote se seraient volatilisés par vidange, ce qui représente un demi-sac.
Précisons qu’outre la dimension économique, l’épandage des engrais organiques est au cœur de trois enjeux majeurs : réduire les émissions d’ammoniac pour un air plus sain, accélérer la transition agroécologique en limitant le besoin en engrais minéraux et améliorer leur image pour renforcer leur acceptation par tous.
Reste qu’ajouter ces équipements au véhicule d’épandage ajoute du poids. C’est un paramètre préjudiciable au fonctionnement des sols, entre autres inconvénients. L’expérience de la cuma du Rozay dans la Sarthe démontre néanmoins que des parades existent : « Depuis quinze ans, il n’y a pas de tonne à lisier qui va dans les champs », explique Nicolas Denieul, éleveur de porcs qui adhère à la cuma basée à Piacé. En effet, celle-ci a fait le choix d’investir dans un système d’épandage sans tonne. Elle a même opté pour un télégonflage du tracteur qui circule dans les parcelles avec une rampe à pendillards de 12 m, alimenté en continu par une canalisation flexible.

La dépose au sol de l’effluent est un moyen de limiter le risque de perte d’azote ammonicale (©Cuma Ouest).
Peser ses choix
Sur ce type de chantiers, l’organisation est primordiale. Elle implique des tonnes de transport et un caisson tampon, ou des fosses proches des parcelles. L’intérêt de ces dernières est en revanche qu’elles facilitent la gestion des saisons puisqu’il est possible de les alimenter pendant une période creuse de travaux, l’hiver par exemple. « L’épandage sans tonne améliore le calendrier d’épandage, parce qu’on est plus efficaces », reprend le témoin. Avec un convoi beaucoup plus léger, « on a une empreinte au sol de moins de 800 g/cm². On abîme moins le sol et la végétation en place. » Car l’agriculteur sarthois n’a ainsi aucun mal à fertiliser ses céréales en sortie d’hiver. De plus, cela lui permet de programmer tout aussi aisément ses apports au moment où les cultures en ont besoin.





