Optimiser les flux de gisements autour des méthaniseurs

Pour éviter de pénaliser l’effet vertueux de la production de gaz vert, les matières non agricoles utilisables dans les méthaniseurs ont intérêt à être gérées collectivement à l’échelle des territoires.

La plateforme Mapped vise à attribuer les gisements en fonction de la proximité géographique, mais aussi de la productivité en biogaz des unités.

Les unités de méthanisation agricole sont alimentées en majorité par les effluents d’élevage et les cultures à vocation énergétique issus d’une exploitation ou d’un collectif d’exploitations voisines. Une partie de leur approvisionnement peut aussi provenir, de manière plus ou moins ponctuelle, d’autres fournisseurs de biomasse (agroalimentaire, etc.). Ces gisements extérieurs occasionnent des flux susceptibles de se croiser sur un territoire, et qu’il convient d’optimiser dans le but de limiter les transports notamment. D’où le lancement en 2017 du projet Mapped, cofinancé par l’Etat et l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Son objectif est de mieux intégrer les unités de méthanisation dans l’économie circulaire des territoires.

Besoin de volontaires

L’idée est de mettre en relation, via une plateforme digitale, les producteurs de biomasse et les méthaniseurs présents sur un territoire. D’une part, les producteurs de biomasse renseignent leurs volumes à fournir, la date de disponibilité, ainsi que la composition du gisement. D’autre part, les gestionnaires de méthaniseurs indiquent les résultats du suivi biologique de leur digesteur. Pour cela, des capteurs innovants sont développés en parallèle, pour mesurer des paramètres clés.

Les gisements sont ensuite attribués prioritairement à certains méthaniseurs en fonction des éventuels équipements nécessaires (hygiénisateur, déconditionneur), de la proximité géographique, du coût éventuel, mais aussi en fonction du niveau de productivité en biogaz des unités. La plateforme territoriale est en effet capable de modéliser la production de biogaz en agrégeant le potentiel méthanogène des matières à disposition avec le comportement biologique des digesteurs. Selon Guillaume Accarion, dirigeant d’Akajoule, c’est même là que réside «la plus forte valeur ajoutée» de cet outil. Le bureau d’études basé à Saint-Nazaire est l’un des partenaires du projet aux côtés du coordonnateur BioEnTech, d’Engie et de l’Inrae. Il teste actuellement un prototype sur la Loire-Atlantique et la Vendée. «Nous cherchons à connecter des industries agroalimentaires avec des unités de méthanisation, mais cet écosystème est encore en construction, avance-t-il. C’est un projet collaboratif qui demande du temps, un changement des habitudes, et cela peut susciter de la méfiance. Nous avons besoin de volontaires pour amplifier l’expérimentation, y compris sur d’autres territoires.»

Pas une place de marché

Dans une filière méthanisation encore émergente, les fournisseurs de biomasse ont besoin de traçabilité pour leurs déchets, et les gestionnaires de méthaniseurs ont besoin de sécuriser leurs approvisionnements. «Est-ce qu’un outil comme la plateforme territoriale répond à un besoin ? C’est la question à laquelle nous devons répondre, résume Guillaume Accarion. Si oui, il faudra trouver une source de financement régulière. Certaines unités sont prêtes à payer pour obtenir des matières qui vont augmenter leur production. Toutefois, l’objectif de Mapped n’est pas d’être une place de marché, mais plutôt de consolider collectivement la filière.»

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