Face à la palette de biostimulants disponibles, il peut être parfois difficile pour les agriculteurs de savoir à quel saint se vouer. Leurs modes d’action sont si nombreux et les manières de les appliquer si différentes qu’on en perdrait son latin.Malgré la nébulosité qui règne autour de ses produits, les biostimulants sont pourtant de plus en plus utilisés. Le point sur l’efficacité des biostimulants.
Biostimulants en colza : un usage en forte hausse face aux aléas climatiques
Le colza, où 10 % des surfaces reçoit au moins un biostimulant chaque année. Un nombre qui a doublé en cinq ans. “Les agriculteurs sont à la recherche d’alternatives, souligne Anne Le Gall, ingénieure chez Terres Inovia. En colza, les rendements sont en baisse, les aléas climatiques de plus en plus nombreux et le retrait de certaines molécules incitent les agriculteurs à tester d’autres solutions.”
Pour mieux distinguer leur efficacité, Terres Inovia a mené une étude sur différentes cultures pendant quatre ans. Seuls les produits qui agissent sur la disponibilité des éléments nutritifs du sol n’ont pas été testés.
Ainsi, en colza, 32 essais ont été menés sur toute la France dans des bassins de production de la graine, dans des sols à capacité limitée et sans apport d’autres fertilisants.
16 biostimulants en test
Au total, 16 produits ont été utilisés : des extraits d’algues, des oligoéléments ou encore du phosphate ou de la potasse avec des adjuvants. “Nous avons également appliqué des produits à différents stades pour mesurer les actions escomptées, explique l’ingénieure. Certains produits ont donc été pulvérisés au démarrage de la culture, un peu plus tard et jusqu’à la sortie d’hiver. Le but était de constater la robustesse, la vigueur de la plante, ainsi que l’absorption des éléments nutritifs.” Une autre période a aussi été étudiée avec un apport à la floraison pour mesurer la tolérance de la plante aux différents stress.
Les résultats sont un peu surprenants. Puisqu’un seul essai a montré que l’apport d’un biostimulant aurait un impact significatif de 10 %. “Si on regroupe tous les essais, l’intérêt de ces produits reste limité avec une hausse de 0,1 à 0,2 % de teneur en huile, analyse Anne Le Gall. Sur la biomasse, les effets sont quasi nuls.” Si on examine l’intérêt économique de ces applications, avec un coût pour l’application et le prix du produit, les marges sont alors réduites.
L’efficacité des biostimulants difficile à évaluer
Difficile donc d’interpréter ces résultats. « Le colza est une plante robuste qui a une capacité de compensation, d’absorption des éléments minéraux et d’adaptation aux stress, suppose l’ingénieur. La question du positionnement de ces biostimulants est assez centrale, tout comme le nombre d’applications. » Peut-être faudrait-il envisager un programme renforcé avec plus de deux passages ? À cela s’ajoutent des conditions météo très variables selon les années.
En parallèle, d’autres expériences ont été menées auprès des cultures de tournesol, de soja et de pois chiches. Globalement sur les oléagineux, les effets, s’il y en a, sont peu significatifs. « Les produits distingués positivement lorsqu’on compare leur application avec le témoin sont le Vertigo dans l’enrobage des semences, le Valeamax sur une seule année et le Besta, liste Anne Le Gall. »
Qualitativement, ces produits n’ont pas d’effet, ni sur la teneur en huile, ni sur celle en protéines.Seul le pois chiche semble tirer son épingle du jeu. Sur les sept essais menés, on note en effet l’efficacité du Valeamax et du PhylgreenBMO, avec un gain de 2,3 q/ha, annonce l’ingénieure. Il faut être prudent tout de même car les écarts types restent importants. » Selon le prix de revente du produit, il semblerait que son application soit rentable.
Toutefois, les effets de ces biostimulants restent de trop faible ampleur pour les remarquer. « Ce ne sont pas des produits miracles, estime Anne Le Gall. Il faut plutôt les considérer comme des aides complémentaires aux mesures agronomiques. » Pour elle, seuls les agriculteurs sont en capacité de tester précisément l’efficacité de ces produits selon les conditions des cultures. « On ne peut pas typer le produit qui fonctionne à tous les coups, à moins d’un screening très ciblé. » Rien ne remplacera donc les bonnes pratiques culturales.
Biostimulant, qu’est-ce que c’est exactement ?
Depuis 2019, un règlement européen définit les biostimulants, mais les normes techniques ne sont apparues qu’en 2024. Ces substances ont pour but de stimuler le processus de nutrition de la plante par son environnement, mais aussi ses capacités intrinsèques.
Le biostimulant doit apporter un effet supplémentaire car son développement boosté doit l’être indépendamment des éléments nutritifs qu’elle contient déjà. Cela lui permet également d’être plus résistante face aux stress abiotiques.
Comment les biostimulants agissent-ils ?
Il y a quatre types de biostimulants. Ceux qui améliorent l’efficacité de la nutrition de la plante et ceux qui apportent davantage de tolérance aux stress abiotiques. La troisième catégorie permet à la plante d’augmenter ses caractéristiques qualitatives.
Enfin, il y a les produits qui amplifient la disponibilité des éléments nutritifs du sol. Ceux-là évoluent surtout sur le phénotype de la plante et sont composés principalement de micro-organismes.
Pour plus d’information, retrouvez aussi ces articles sur www.entraid.com :





