Ils impulsent un élan au débouché local de leurs grains bio

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Ils impulsent un élan au débouché local de leurs grains bio

Six agriculteurs, dont Stéphane Simon (absent sur l'image) mettent en place Célabio. Le Gab 44 accompagne lla structure qui travaille sur le volet commercialisation (©Entraid).

Célabio doit sa naissance à des éleveurs en production biologique qui cherchent à adapter leur système à l’évolution des consommations alimentaires. S’organisant mettre leur production à disposition de la demande, six fermes de Loire-Atlantique mettent ainsi leurs « bonnes graines » dans la même marque.

La diversification des assolements est une bien belle stratégie. Elle n’est pas sans écueils néanmoins. Découvrez Célabio et la diversification des assolements bio.

Célabio en Loire-Atlantique vise la commercialisation locale

Au-delà de la maîtrise technique de chaque itinéraire qui va de pair avec la multiplication des interventions, assurer durablement une valorisation suffisante des diverses cultures est de ces obstacles auxquels elle se confronte dans le vrai monde. C’est en même temps tout le défi que Célabio met à son menu, en misant sur la proximité.

Le 10 juin 2026 à Vieillevigne, la liste d’émargement à l’assemblée constitutive de cette association compte six exploitations de la Loire-Atlantique. Par leur acte, elles mutualisent la mise en marché d’une partie de leurs productions végétales. Outre la marque commune ou les actions de communication et de représentation, le collectif aura en charge de planifier l’approvisionnement des clients motivés par cet accès à des ingrédients produits localement, sur des exploitations qu’ils pourraient assez facilement visiter.

Naturellement le progrès technique s’immisce

La réunion officielle aussitôt close, les agriculteurs quittent le bureau de Didier Barbarit, tout juste élu trésorier, pour une visite de sa ferme. Avant la chaîne de tri qui jouxte les cellules de transformation des farines et des huiles, cap vers les champs. Les mains plongées ici dans la lentille, là dans le lupin, etc. Les agriculteurs fondateurs de Célabio se questionnent les uns les autres. Ils commentent la difficulté de valoriser la herse étrille ou l’intérêt d’une association d’espèces. Chacun apportant des éléments de comparaison en provenance de ses propres assolements et essais. La déambulation champêtre démontre ainsi que l’association est une occasion supplémentaire pour les agriculteurs d’échanger sur leurs méthodes et solutions de production.

C’est d’ailleurs via cette porte de la technique que l’initiative tire ses origines. Guillaume Vallée, le secrétaire de Célabio, se souvient de l’élément qui avait lancé leurs exploitations de polyculture-élevage dans la dynamique de complexification des assolements : « Lors d’une assemblée du Civam, c’est parti d’une présentation du scénario Afterres. Cette étude prospective confortait quelque chose que nous observions déjà. À l’avenir, les gens mangeront moins de viande. Mieux vaut donc s’adapter ! » La posture semble d’autant plus pertinente que l’évolution amenderait du même coup leurs systèmes de polyculture-élevage.

« La légumineuse est un moyen de réduire notre dépendance aux intrants de fertilisation », illustre le néo-président, Benoît Gautier. « Et l’idée de produire ces graines pour alimenter des humains me plaît beaucoup plus que de les utiliser pour les animaux. »

Célébio

Le nom résume l’identité du collectif :

  • CÉ pour céréales ;
  • LA pour Loire-Atlantique ;
  • BIO pour biologique.

Produire des protéines végétales pour l’humain

« Il faut voir qu’après la baisse sur la campagne 2022-2023, les cours des grains ne sont toujours pas remontés », précise Didier Barbarit. Ses partenaires poursuivent : « Auparavant, la vente de nos productions végétales en circuit long permettait de faire vivre nos exploitations de polyculture élevage. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. »

Ainsi les créateurs de Célabio justifient leur démarche qui répondrait à une demande jusqu’ici insatisfaite.

Le collectif sécurise le client

En intégrant des plateformes (Manger bio, le Kiosque paysan), ils visent en premier lieu de la restauration collective scolaire et des banques alimentaires. « Nous allons vers des circuits qui ont une demande de proximité ainsi que de qualité des produits. Nous cherchons des clients pour qui la notion de collectif est importante aussi », expliquent-ils.

Concrètement leurs graines remplissent déjà des assiettes dans des collèges du département ou dans des écoles. « Il y a une attente dans ce type de filières que les flux soient relativement stables. » Les ruptures de l’approvisionnement constitueraient la première difficulté que les restaurations collectives rencontrent lorsqu’elles développent des relations directes avec les producteurs locaux. La structuration collective désormais officielle entend apporter cette sécurité. Didier Barbarit ajoute : « Il faut que ce soit le plus simple possible pour le client. »

Tout en couvrant les coûts de production

Chaque producteur facture le client qu’il approvisionne, bien que les livraisons portent l’étiquette commune Célabio. Participer au collectif impose ainsi aux six entreprises de la transparence sur ces volumes qu’ils commercialisent tout en adoptant la carte de tarifs qu’ils ont décidée ensemble.

Pour cela, les agriculteurs adhérents ont posé leurs coûts de production sur le bureau. Puis ils se sont accordés sur un prix de vente cohérent. « C’est-à-dire qu’il doit permettre à tout le monde de s’y retrouver », résume le trésorier.

« En réalité ce travail nous a démontré que nous sommes tous assez proches en termes de coût de revient. »

association lentille-orge

La culture de lentilles est un pilier du développement de l’association (©Entraid).

Outre la mise en commun de tarifs, les producteurs prévoient même de pouvoir ajuster leurs assolements en fonction de la filière qu’ils déploient. L’hôte de l’assemblée illustre : « Je ne fais pas de lentille verte cette année. D’une part parce qu’il y avait du stock. De plus d’autres en produiront. »

Évolutions

Dans la continuité d’un groupe technique Civam sur la diversification des productions, quatre exploitations avaient initié la dynamique Célabio. Béryl Rouiller est chargée de mission filières locales et commercialisation au Gab 44 et à ce titre, accompagne le petit collectif de producteurs.

Elle commente : « Les agriculteurs sont réunis sur la commercialisation des produits, mais ils sont aussi porteurs d’un discours, sur l’équilibre alimentaire, mais aussi l’équilibre des fermes de polyculture-élevage. » Notamment en intégrant deux nouvelles exploitations, « ils diversifient déjà la gamme, tout en sécurisant un peu plus l’approvisionnement. »

Par exemple avec Régis Boucard. Installé juste au sud de Nantes, il enrichit le panel de ses haricots qu’il cultive grâce à son système irrigué.

Visite des installations de meunerie à la ferme

Les réunions du collectif de commercialisation débordent naturellement sur des sujets techniques de production ou transformation (©Entraid).

Quand la mutualisation réduit les distances

Les membres de Célabio maillent ainsi les trois coins et le centre de leur département. « Même si cela imposera peut-être un peu d’organisation, cette répartition est un atout pour assurer l’approvisionnement des clients. De plus, l’accès à ces marchés demande un travail qui mêle de la représentation commerciale et de la représentation politique. C’est beaucoup plus simple de le faire à plusieurs. Surtout avec cet atout d’être bien répartis sur tout le département. » L’analyse de leur président n’exclut par pour autant que la cartographie de Célabio évolue.

L’association reste en effet ouverte aux adhésions. Ses statuts précisent par la même occasion la procédure de départ. « Rien n’est fermé. Nous aurons de nouveaux collègues qui voudront participer », assure Benoît Gautier. « Nous ne pourrons pas accepter tout le monde. Cela se fera en fonction des débouchés que nous réussirons à ouvrir. »

Idem pour les nouveaux grains qui pourraient encore servir les assolements des adhérents tout en élargissant la gamme Célabio. « Il faut pour cela développer les marchés. » La prudence transcrit une priorité du groupe qui enclenche une démarche de reconnaissance de GIEE : consolider des volumes de vente sur des débouchés rémunérateurs. En d’autres termes, « construire progressivement quelque chose avec les clients. »

Un soutien pour appuyer son projet

Présentation des produits

À ce stade, la filière Célabio permettrait de valoriser une 20’ha de cultures bio, dont de la lentille. Son objectif serait d’atteindre déjà une centaine d’hectares (©Entraid).

Rémi Duchesne est en phase d’installation. Il table à terme sur une SAU d’une soixantaine d’hectares et une production de viande bovine. « Ce projet m’intéresse car je vise du circuit court avec des petites quantités », indique le double actif.

En attendant l’arrivée des premiers animaux, il s’est déjà attelé aux cultures annuelles sur 6 ha. Après ses premiers semis de maïs et tournesol, il ambitionne de produire de l’huile, de la farine, et de tester la lentille. Ainsi, il motive son adhésion à Célabio : « Ça va me faciliter les choses pour accéder à des marchés et ça crée aussi de l’échange. »

Diversifier c’est compliqué

« Avant il y avait un creux entre juillet et août où je pouvais planifier des vacances. Avec les légumineuses, je n’ai plus cette possibilité. » Benoît Gautier témoigne ainsi que l’ajout d’une culture dans l’assolement allonge les périodes de semis et de récolte.

« Le facteur limitant c’est le temps de travail, parce que nous brassons chacun des petits volumes », complète Didier Barbarit. « Le défi de Célabio se situe ici : c’est de trouver un moyen de valoriser à un bon niveau ces produits qui permettent des évolutions bénéfiques de nos systèmes. »​

Pourquoi cette histoire : Un outil au service de la valorisation des productions de la ferme.

La trajectoire que les éleveurs impulsent à leurs systèmes, applique sur la terre les enseignements d’études prospectives. L’initiative a l’intérêt qu’elle défend l’idée de générer de la valeur ajoutée sur ces fermes en évolution. Et ça se fait par une dynamique de groupe.

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