En produisant deux fois moins de lait (320 000 l, contre 633 000 l), les systèmes herbagers ont généré un revenu par associé relativement proche de la moyenne en 2024. Retour sur l’analyse sur le système herbager laitier en France.
Face-à-face de deux stratégies laitières
Le réseau Civam dans l’Ouest décortique une comparaison basée sur les performances des exploitations laitières en 2024. D’un côté, l’échantillon se constitue d’adhérents aux Civam du secteur, c’est-à-dire 157 fermes, dont 25 non bio et 132 bio, en Normandie, Bretagne et Pays de la Loire. Cela inclus la « stratégie se base sur l’herbe et le pâturage. Cela signifie que le maïs représente moins de 20 % de leur SFP », précise Mickaël Lepage, éleveur en Mayenne et référent de l’Observatoire technico-économique du Civam.
De l’autre côté, un échantillon issu du Rica, aussi appelé le Réseau d’Information Comptable Agricole du Ministère de l’agriculture (Otex 45) constitue la référence représentative de l’ensemble des exploitations laitières de l’Ouest.
8 500 €/an de plus en moyenne de 2014 à 2024
Précisons qu’au sein de cet étalon, prédomine une stratégie de volume, basée sur l’alimentation de stock. Le communiqué des centres d’initiative reconnaît : « Cette stratégie bénéficie de périodes favorables, comme lors de la hausse du prix du lait en 2022 ». C’était à nouveau le cas, mais dans une moindre mesure en 2024. En moyenne, le revenu par associé sur la ferme moyenne de l’échantillon « agriculture durable non bio », s’établissait à 32 400 €, soit alors 12,5 % en dessous du niveau moyen de référence.
Pour autant, le réseau Civam qui édite depuis 10 ans son observatoire propose un constat bien différent à l’échelle de la décennie : « En moyenne sur 10 ans, les fermes en agriculture durable dégagent 8 500 €/an de revenu disponible en plus par associé que les fermes du Rica. »

Evolution du revenu par associé des éxploitations laitières de 2014 à 2024 (© Observatoire technico-économique Civam 2026).
Une stratégie qui attenue les inégalités de revenu
Rapporté aux 1 000 l, l’écart est important. Les systèmes herbagers laitiers génèrent en moyenne un revenu disponible plus de deux fois celui des fermes du Rica. « Selon les années, ce rapport varie de 1,2 à 7,2. Ce résultat illustre une meilleure robustesse économique et une moindre dépendance aux fluctuations du prix du lait ou des cours mondiaux des matières premières », argumente les auteurs.
De plus, le rapport pointe la forte disparité des situations dans l’échantillon Rica. Les résultats courants par associé s’y échelonnent en effet – 41 000 € à + 227 000 €. Autrement dit, cette dispersion « cache un grand nombre de résultats négatifs. » À l’inverse, les fermes « AD non bio » présentent toutes un résultat positif. Mais aucun n’a excédé 84 000 € en 2024.
Par ailleurs, « les fermes en agriculture durable mobilisent moins de moyens de production », introduit l’observatoire. – 21 % de terres à gérer ; – 27 % de matériels et bâtiments à manipuler et entretenir ; – 26 % d’animaux à élever… En comparant ainsi les moyennes, le document avance la reprise plus accessible de ce type d’entreprises. Car « plus le capital est important, plus cela questionne la transmissibilité de la ferme », indique-t-il.
La charge mentale du producteur de lait aurait augmenté depuis 2021
« Il ne faut pas uniquement voir ce chiffre du revenu », insiste aussi Mickaël Lepage. « Derrière il y a aussi l’endettement. » Puis le représentant évoque « quelque chose de difficile à approcher avec des chiffres. C’est la charge mentale. On constate que celle des éleveurs laitiers s’est considérablement alourdie depuis 4 ou 5 ans. En moyenne sur 10 ans, l’éleveur laitier fait 183 000 l/an en plus, sans moyen humain supplémentaire. Or, le travail à fournir pour produire ce lait est toujours là. Il faut pouvoir supporter tout cela. »
Maitriser le capital et la pression financière
Entre 2014 et 2024, à euros constants, le capital d’exploitation a fortement enflé. En particulier dans les fermes du Rica : + 247 000 € pour elles, dont + 153 000 € uniquement entre 2021 et 2022. Cette augmentation « s’accompagne d’un recours accru à l’endettement et d’une pression financière plus forte », prévient l’analyse.
Du côté des fermes « AD » (bio et non bio), l’évolution du capital sur la période se « limite« . À + 60 000 €, tout de même. Néanmoins, les annuités (hors foncier) représentent 47 % de leur EBE en 2024, contre 57 % pour la référence. Là encore, l’observatoire insiste sur le contraste entre les sautes de la courbe Rica et la stabilité de l’indicateur pour l’échantillon des adhérents du réseau.

Evolution du ratio annuités (hors foncier) / EBE des exploitations laitières spécialisées (© Observatoire technico-économique Civam 2026).
Stabilité
Ainsi « les fermes AD non bio présentent une pression financière plus régulière », et en moyenne inférieure. De quoi traduire « une meilleure maîtrise du capital engagé et une stratégie d’investissement et d’emprunt fondée sur la capacité économique du système à dégager de la ressource ». Mickaël Lepage de glisser : « quand on consacre 87 % de son EBE au remboursement des annuités, on travaille moins pour soi que pour la banque. »
La dernière édition de l’Observatoire technico-économique met ainsi en exergue « la robustesse des systèmes herbagers pâturants. » Certes, les données s’arrêtent à l’année 2024, mais difficile de parle de résilience en 2026 sans penser à l’été qui vient de s’achever et qui marquera durablement les systèmes fourragers quels qu’ils soient.
« Tous les systèmes ont trinqué cette année »
« L’avantage qu’ont les systèmes herbagers, c’est qu’une prairie qui n’a pas produit de juin à août peut tout de même fournir du fourrage par la suite au retour de la pluie. Ce n’est pas le cas du maïs. » L’éleveur évoque aussi le coût alimentaire, très à l’avantage des stratégies d’autonomie : à 94 € / 1 000 l en 2024, le total de la moyenne « AD non bio » n’atteint même pas le coût de concentrés moyen de l’échantillon « Rica ».
« Mais quel que soit le système, il y a des éleveurs en difficulté. Que l’on soit à 5000 l ou à 15 000 l de lait par vache, il y a des leçons à tirer de cette année. Nos repères doivent évoluer », relève Mickaël Lepage. Niveau de chargement, flore prairiale ou stock nécessaire, « 2026 doit marquer un point de départ pour les éleveurs, peu importe leur système. »
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