Si le bilan carbone est positif, Cédric Boivineau se satisfait davantage de la pertinence technico-économique de ses productions. Il revient pour Entraid sur le système de « pâturage tournant« .
Autonomie d’abord, décarbonation ensuite : le choix de Cédric Boivineau

Cédric Boivineau pratique le pâturage tournant dynamique et l’agriculture de conservation. (©Entraid)
« Pour moi, la décarbonation, c’est la cerise sur le gâteau », analyse Cédric Boivineau, éleveur à Sainte-Cécile, en Vendée. En effet, même si ses pratiques stockent plus de carbone qu’elles n’en émettent (solde positif de 1,1 t de carbone/ha/an)*, là n’était pas son objectif premier.
Quand Cédric reprend l’exploitation familiale en 2015, 85 vaches allaitantes vivent sur les 85 ha de SAU. Il construit deux poulaillers pour poulets en label rouge, pour sécuriser son installation, puis acquiert 15 hectares. « J’ai constaté un défaut d’autonomie dans mon système. L’achat d’alimentation pour les bovins déviait une trop grande partie de la valeur ajoutée vers les fournisseurs d’agrofournitures, explique-t-il. J’ai alors cherché des méthodes pour mener mon élevage et mes cultures de façon plus indépendante. »
L’exploitation de Cédric Boivineau en chiffres
- UTH : 1,5
- 70 vêlages en système naisseur – engraisseur
- 800 m² poulets label rouge. Atelier indépendant du reste.
- SAU : 100 ha
- 72 ha de prairies dont 20 de prairies permanentes
- 20 ha d’orge et de triticale
- 4 ha de maïs ensilage
- 4 ha de trèfle violet
Pâturage tournant dynamique
Pour les bovins viande, il prend deux mesures. D’abord, il revoit la stratégie d’alimentation, en se formant au pâturage tournant dynamique. « L’idée était de réduire les charges dans un contexte économique difficile pour la viande bovine. Le pâturage tournant dynamique améliore la valorisation alimentaire des prairies », vulgarise-t-il.
Le maïs a quasiment disparu des auges, seules les vaches à la reproduction en reçoivent. En résultent des rations plus équilibrées, ne nécessitant plus de correcteurs azotés. Les achats de tourteaux sont passés de 16 à 4 t/ an. « Et mes broutards affichent des GMQ de 1 300 g par jour ! » se réjouit l’éleveur.
Taux de rémunération horaire
Cette réforme alimentaire l’a incité à réduire le cheptel. L’élevage bovin est passé de 85 à 70 vêlages par an. « Mais les recettes ont moins diminué que les charges, compte-t-il. Maintenir 85 mères aurait nécessité des achats de compléments, davantage d’épandage, de soins… Autant de charges et de temps de travail qui auraient grévé ma rémunération horaire. »
Car, en plus de la volonté d’autonomie, voici un autre leitmotiv de Cédric Boivineau : la rémunération de la main-d’œuvre, « trop souvent oubliée dans le monde agricole ». Au niveau comptable, il constate 25 % d’augmentation de l’EBE entre 2019 et 2024, « tout en diminuant le temps de travail et avec plus de souplesse au niveau des stocks d’alimentation et du pâturage ».
Agriculture de conservation
Cédric cultive une vingtaine d’hectares de céréales à paille, 4 ha de maïs ensilage et 4 de trèfle violet. « En agriculture de conservation, souligne-t-il. Pour améliorer la résilience de mes sols, notamment en augmentant la réserve utile de la quarantaine d’hectares de schistes superficiels. » L’agriculture de conservation des sols (ACS) contribue à l’autonomie du système. Selon lui, « avec l’ACS, l’agriculteur prend davantage les rênes des cultures que dans un schéma conventionnel, dans lequel le technicien de la coopérative garde une grande influence ».
La couverture continue des sols stocke du carbone grâce à la photosynthèse et nourrit le sol, tout comme les déjections animales et autres résidus organiques. Les rotations longues et le non-travail du sol favorisent la vie du sol. « Une fois qu’on a compris comment fonctionne l’ACS dans ses parcelles, on s’éclate, sourit Cédric. Et sur les plans technique et économique, ça marche. Chez moi, les rendements sont aussi bons, voire meilleurs, qu’avant. Pour indication, mes orges affichent une marge brute moyenne de 800 à 1 000 €. »
Cédric diminue les charges en utilisant des semences de ferme triées, et en n’appliquant pas d’insecticides. « Je n’en ai pas apporté depuis 2018. C’est un bénéfice de l’ACS sur la biodiversité, les auxiliaires font le boulot, apprécie-t-il. J’ai réduit les fongicides de 66 %, le poste désherbage est classique. »
Tout le matériel attelé en cuma

Cédric Boivineau utilise le semoir pour semis direct de la cuma Les Moulins du Lay pour l’intégralité de ses implantations. (©Cédric Boivineau)
En reposant en partie sur le non-travail du sol, l’ACS a baissé la consommation de GNR de 100 à 70 l/ha/ an, évitant ainsi des émissions de GES.Le parc matériels de l’exploitation compte trois engins :
- un tracteur de 130 ch pour les cultures ;
- un de 85 ch pour l’élevage ;
- un SSV.
Tous les outils attelés sont en cuma. Outre l’intérêt financier, la mutualisation du matériel joue sur l’empreinte carbone, en diminuant les émissions de GES liées à sa fabrication.
Cédric Boivineau est allé chercher l’accompagnement technique dont il avait besoin. Il a suivi une formation sur le pâturage tournant dynamique.
Trouver l’accompagnement technique
Pour l’ACS, il a adhéré à l’Association pour la promotion d’une agriculture durable (Apad). « Les agriculteurs y définissent les thèmes à approfondir. Ils échangent et, par l’effet de groupe, progressent plus vite. »
Cédric est d’ailleurs devenu le président de l’Apad très récemment. « C’est un autre avantage de mon système, se félicite l’éleveur. Il dégage du temps pour du repos ou des activités hors de l’exploitation. » Et puis il y a le plaisir. Sous le soleil d’octobre, devant son troupeau qui broute un couvert où fleurissent tournesols et phacélies, il confesse : « Des moments comme celui-là, ce n’est que du bonheur. »
* Données 2023 et 2024 du projet « Du carbone au cœur des sols » — moyenne sur 190 fermes en ACS – Calcul GES avec la méthode label bas-carbone « grandes cultures » approuvée par le ministère de la Transition écologique.
Le label au cœur des sols
L’Apad a créé le label « Au cœur des sols » en 2020, conforme au Label Bas-Carbone au sens du gouvernement. Objectif : vendre des crédits carbone pour rémunérer les services rendus par l’ACS (lutte contre le changement climatique, contre l’érosion, restauration de la biodiversité, protection des ressources…). Il s’agit aussi de financer les prises de risques des agriculteurs qui réalisent des essais pour faire progresser l’ACS.
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