En matière de décarbonation, le pas à pas prime souvent. En effet, on ne se réveille pas un matin en se disant : je vais décarboner ma façon de travailler, ma manière d’investir et tout simplement de vivre. Tout commence généralement par un besoin couplé à une envie d’autonomie et à la volonté de baisser ses charges.« Il y a aussi le fait de penser que l’utilisation de l’énergie carbonée est stupide », déclare Bruno Neyroud, agriculteur en Isère. « L’utilisation d’énergie fossile remet dans notre atmosphère du CO2 qui était tranquillement stocké sous terre depuis des millions d’années, développe-t-il. En allant un peu contre le système et en montrant que ça peut marcher, on gagne en plus une sorte de contentement vis-à-vis des autres, mais surtout pour soi. » Retour sur la décarbonation progressive du Gaec de Sully en Isère.
Une décarbonation progressive

Le toit des bâtiments reçoit des panneaux photovoltaïques dont la production est en majorité autoconsommée. (©Google Maps)
Bruno Neyroud est installé en gaec depuis 1992 avec deux autres associés. Comme activités, un élevage bovin lait pour l’IGP Saint-Marcellin, 15 hectares en AOP noix de Grenoble et aussi une activité bois avec laquelle tout va commencer. « Le bois est une partie importante des activités du gaec. Nous faisons des piquets pour l’élevage, du bois bûche et aussi du bois déchiqueté avec la cuma Bois énergie du Dauphiné dont je suis le président. »
L’utilisation du bois comme énergie a commencé en 2008. L’agriculteur précise : « À cette période, nous avons développé le troupeau de vaches laitières, construit un nouveau bâtiment. Avant, nous utilisions le gaz pour l’eau chaude de la salle de traite. Nous l’avons remplacé par le bois avec une chaudière qui chauffe aussi l’habitation d’un des associés. »

En passant au bois pour le séchage de la production de noix, Bruno Neyroud, agriculteur en Isère, a diminué par deux la facture d’énergie sur cet atelier. (©Entraid)
Sortir des énergies conventionnelles pour le séchage des noix
Après cette première expérience d’utilisation d’énergie locale et renouvelable, le gaec se lance dans un chantier plus important : transformer l’atelier de séchage de noix pour le rendre autonome en utilisant une énergie vertueuse tout en diminuant les charges de fonctionnement. « Là aussi, nous sommes partis d’un constat, souligne Bruno Neyroud. Pour le séchage des noix, on utilisait environ 4 tonnes de gaz propane chaque année. Nous sommes passés au bois, la ressource que nous travaillons localement. La technologie pour automatiser les chaudières à bois est au point. »
Aujourd’hui, le séchoir à noix consomme 80 m³ de bois déchiqueté pour sécher environ 65 tonnes de noix suivant les années. « Le coût du mètre cube de bois déchiqueté est de 20 €, indique-t-il. En plus, nous utilisons tous les déchets de fabrication des piquets ou du bois bûche. Cela revient donc environ à 1 600 € chaque année contre largement plus du double avec le gaz propane. En plus, d’une année sur l’autre, le coût du bois déchiqueté est stable. Il ne fait pas le yoyo comme les hydrocarbures. »
Décarbonation progressive : valoriser aussi les bois de taille
Les bois de taille du verger de noyer sont aussi exploités. « Pas dans les chaufferies, car ce bois produit beaucoup de cendres, reconnaît-il. Nous l’utilisons comme litière pour les vaches aussi avec les écorces qui sont un rebut de la fabrication des piquets. »
La pratique permet d’économiser plus de deux mois de paille. « Nous produisons de la paille sur seulement 9 à 10 ha. Ce n’est pas suffisant », constate l’éleveur, notant que : « la litière bois permet de ne pas acheter de paille dont le prix fluctue beaucoup. Cela permet aussi de limiter le transport. Ça participe à la décarbonation, même si c’est à un petit niveau. »

Avec la cuma Bois Energie du Dauphiné, le mètre cube de bois déchiqueté revient à 20 €. Pour sa production, seulement 0,6 l de GNR est nécessaire. (©Entraid)
Mutualiser, c’est décarboner
La cuma a une place importante pour le gaec. « Le dernier tracteur neuf, nous l’avons acheté en 2002. Tout ce qui est grosse puissance en traction, c’est la cuma du Piedmont comme beaucoup d’autres outils. Pour le compostage des fumiers, c’est la cuma Isère Compost. Pour le bois déchiqueté, c’est la cuma Bois Énergie du Dauphiné. La mutualisation des matériels, c’est aussi de la décarbonation progressive. »
Aller plus loin
Une autre énergie pour décarboner le fonctionnement de l’exploitation, tentait aussi Bruno Neyroud : le photovoltaïque. « J’avais déjà des panneaux sur le toit de ma maison et je voyais bien les possibilités en autoconsommation. »
Mais l’installation de panneaux sur les toits des bâtiments de l’exploitation a été une épreuve. « La couverture d’origine était en fibrociment et contenait de l’amiante. Aucune entreprise de pose de panneaux n’a voulu se lancer, raconte-t-il. Ils voulaient faire construire un bâtiment spécifique. C’était stupide, cher et pour cela, il fallait prendre sur du terrain agricole. Je voulais profiter de l’existant, une autre façon de décarboner. »
Finalement, une entreprise locale a relevé le défi. L’autoconsommation de l’électricité produite a permis de diviser par deux la facture d’électricité. « Par exemple, l’ensemble de la chaîne de fabrication des piquets, qui était alimenté par des moteurs thermiques, est maintenant électrique, observe-t-il. La transformation s’est faite avec des moteurs électriques de récupération. Une autre façon de décarboner. »
Les étapes de la décarbonation progressive
Utiliser uniquement des énergies locales et renouvelables est le but de Bruno Neyroud. « La prochaine étape, c’est la batterie, car nous avons besoin de stocker de l’énergie pour faire face à des pics d’utilisation, constate l’agriculteur. Pour le moment, on attend la sortie de systèmes qui soient rentables économiquement parlant. Mais ça évolue très vite. »
Mais derrière tout ça, il y a aussi un travail pour l’avenir, pour le jour de la transmission de l’exploitation. « Ce sera peut-être mon fils ou quelqu’un d’autre, poursuit Bruno Neyroud. J’espère que tout ce que je fais servira. Une exploitation avec peu de charge en énergie et qui en plus utilise de l’énergie propre. Ce n’est quand même pas mal. »
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