Le périmètre actuel de la cuma du Théoulas confirme que l’initiative a comblé un manque. Sept ans après sa création, la coopérative a déjà doublé son effectif d’adhérents. Son chiffre d’affaires atteint 120 000 € et les responsables n’interdisent pas de poursuivre le développement. Avant d’entrer dans une phase de renouvellement des matériels, la cuma de Plouisy investissait encore en 2026 pour créer des activités ou augmenter le nombre de matériels. Une herse rotative compte dans ces six achats. Le président Benoit Le Bescond se réjouit : « Grâce à elle nous intégrons deux jeunes dans l’activité. » Outre des propositions de nouveaux matériels, tel un télescopique, « le grand projet dans l’air du temps au sein du groupe, ce serait d’avoir notre bâtiment ».
À sept ans, toujours en croissance
Par ailleurs les dirigeants de la coopérative ont lancé leur premier recrutement. Le poste ouvert cible des tâches de comptabilité et de secrétariat, « pour soulager les responsables dans la gestion des dossiers administratifs », explique le président. Chaque projet entraîne avec lui son tas de paperasse, « même si l’accompagnement de la fédération nous aide bien dans ce cas », elle s’ajoute à celle du quotidien. « En fait, c’est comme sur nos exploitations », s’accordent les représentants de la coopérative. La trésorière Sophie Jugon illustre : « Il y a des obligations administratives que nous peinons à satisfaire, comme la collecte annuelle des attestations d’assurance. Ce sera plus facile avec une personne sur ce poste. »
Cocktail de matériels d’appel et d’activités inattendues
Sur les exploitations, certains des 28 matériels du parc de la jeune cuma changent la donne. Membre de l’activité déchaumage, le Horsch de 5 m rencontre ainsi son petit succès. Il y en a même que les fondateurs n’avaient pas envisagés. Le tracteur en est l’emblème. « La traction est apparue en 2021, suite à la demande d’adhérents », se souvient Mickaël Jugon, un administrateur. Après avoir un temps fonctionné avec deux montures grâce au renfort d’une location, l’activité qui fédère sept adhérents vient tout juste de se réengager dans l’achat d’un tracteur de 200 ch. Sur les cinq prochaines années, il réalisera au moins 900 h/an.
La cuma costarmoricaine compte en même temps sur ses valeurs sûres, à l’instar du plateau ou du rouleau. « C’est le genre d’outils pour lesquels les agriculteurs toquent le plus à la porte de la cuma » constate le président. Ces « matériels d’appel » étaient d’ailleurs à l’origine de la copropriété qui avait amorcé la structure actuelle. Car l’histoire de la cuma démarre finalement bien avant sa constitution en 2019.
Fin de la zone blanche
Ses instigateurs se souviennent en effet d’une période, « où une poignée d’agriculteurs en parlait un peu dans le vague », comme l’explique l’ex-président Yann Bourgès. « En 2010, nous avions même eu une réunion pour lancer la création d’une cuma », poursuit Mickaël Jugon. Yannick Déréat, salarié sur l’exploitation du lycée agricole de Kernilien, interrompt : « Même avant cela, vers 2008, il y avait eu une démarche de constituer un groupe de désilage. C’était bien avancé, mais la crise du lait est arrivée et le projet avait avorté. » La constitution d’une cuma généraliste n’avait pas plus abouti.
« Finalement, nous n’étions pas suffisamment nombreux », justifie Mickael Jugon. « Mais nous avions alors fait une copropriété. »
Sophie Jugon souligne : « Ici nous sommes en périphérie d’une petite ville, la mentalité et les relations ne sont pas les mêmes qu’en commune très rurale. » Yann Bourgès complète : « Les agriculteurs étaient voisins, mais il ne se connaissait pas. Une chose intéressante qu’apportait ce projet de cuma : Ils se sont échangé leurs numéros de téléphone. »
En 2019, l’idée était donc relancée. De son côté la copropriété se retrouvait en effet à devoir réparer ou renouveler des matériels. « Il y avait aussi des demandes de voisins pour utiliser ses outils. Avec la cuma nous trouvions un cadre juridique qui rendait cela possible », résume la trésorière.
La cuma du Théoulas persévère
Entre-temps, le prix des matériels avait déjà bien augmenté, tout comme leurs capacités. Les responsables listent ainsi en quoi l’évolution du contexte rendait cette fois-ci possible la concrétisation du projet coopératif. « Il y avait un besoin aussi pour des outils de fenaison qui a concerné plus de candidats. Enfin, le fait de pouvoir bénéficier de subventions a aussi largement contri
bué à l’intérêt envers la cuma. »
Une fois la dynamique lancée, la nouvelle coopérative à continuer de susciter de l’intérêt. « Il y a eu beaucoup de demandes d’adhésion sur la période de 2020 à 2023. » Tout en insistant sur le fait que la coopérative n’a jamais engagé de démarche de recrutement d’adhérents, les responsables précisent : « Nous voulions un peu développer les activités pour les consolider. Les gens venaient parce qu’il y avait les outils, mais comme il y avait plus de monde, il fallait plus d’outils, etc. C’était un peu un cercle. » Au départ de la cuma, Certains étaient entrés dans le métier. « Cette année-là, je m’installais en production porcine bio, sur une exploitation où le cédant n’avait pas vraiment de matériels. » Pour Olivier Tanguy, agriculteur à Plouisy, la constitution de la cuma devenait ainsi « le moyen d’accéder à des bons outils. Elle arrivait vraiment au moment idéal. » Certains autres ont pris leur retraite depuis. « Ils ont participé à la cuma pour aider à ce qu’elle démarre, et ils ont été vraiment moteurs », remercie sincèrement Mickaël Jugon.
Yann Bourgès fait donc partie de cette seconde catégorie. Il rebondit : « L’exemple d’Olivier montre cela aussi : Il y a des fermes en bio, en conventionnelle, des grandes ou des petites. » Sans même parler d’un lycée agricole, s’y ajoute une grande diversité de productions qui inclut jusqu’aux légumes ou aux moutons. « Je considère que c’est une réussite de voir que la cuma perdure et qu’elle réponde à tout ce monde », conclut celui qui en restera le premier président.
L’organisation se perfectionne
Jeune, et pourtant la cuma du Théoulas a déjà opéré un grand changement dans son fonctionnement, en déployant la solution de réservation en ligne Mycuma planning. « Dans la cuma, des téléphones à clapet circulaient encore, donc il a un peu fallu gérer cette mise en place. Mais tout le monde s’y est bien mis. De la même manière qu’à Whatsapp où nous avons une conversation par activité », souligne Mickaël Jugon. « Cela a vraiment soulagé les responsables de matériels. Et cette année nous avons ajouté l’extension qui permet de remonter directement les unités réalisées. »
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