Les cuma mises au défi face à l’accueil des nouveaux entrants

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Les cuma mises au défi face à l’accueil des nouveaux entrants

Comment accueillir les nouveaux entrants adhérents en cuma dans le contexte de renouvellement des générations et des nouvelles cultures et sociologies des nouveaux agriculteurs ? Quelques réponses à l'AG des cuma de Bretagne grâce aux travaux de recherche de Véronique Lucas (INRAE). En photo ici MécaInov Ouest. (©Entraid).

Foncier, hors cadre, individuel, femme, famille monoparentale, sans formation initiale agri… Face aux enjeux de renouvellement des générations agricoles, des travaux de recherche révèlent les handicaps des cuma et les leviers qu’elles devraient activer pour accueillir les nouveaux profils d’entrants.

« Attention, ça va piquer ». D’emblée, Véronique Lucas prévient. Prenant la parole devant une trentaine d’agriculteurs bretons présidents ou trésoriers de cuma, elle révèle les derniers résultats de ses travaux de recherche sur les enjeux d’accueillir de nouveaux adhérents en cuma. Sociologue rurale à l’INRAE, la scientifique a travaillé et enquêté durant 12 ans sur ce sujet en France, et depuis 2021 en Bretagne. Et le 22 janvier 2026, jour d’assemblée générale de fédération régionale des cuma, les conclusions de ses travaux ne sont pas tendres devant des responsables de cuma. Mais grâce à cette expertise, elle propose un certain nombre de leviers pouvant les aider à faire face et à accueillir les nouveaux entrants.

Foncier ou inadaptation aux jeunes en ligne de mire

Dans ses travaux, Véronique Lucas identifie de nombreux freins à l’entrée dans les cuma. Parmi eux, des attitudes incompatibles à un accueil. Il s’agit par exemple de situations liées à des tensions foncières. En effet, de nouveaux potentiels entrants en cuma ont pu voir leur route barrée à cause de leur installation sur des terres auparavant convoitées par des membres ou responsables de cuma locale. La chercheuse rappelle que 42% des entrants avec DJA en bretagne n’ont pas de parents agriculteurs.

A côté de cette problématique, elle pointe deux autres difficultés. D’une part, des situations de sexisme à l’égard de femmes potentiellement entrantes en cuma. Et d’autre part, un manque d’adaptation des cumistes aux situations et tendances des jeunes générations.

Accueillir de nouveaux adhérents en cuma : s’adapter aux nouveaux profils agricoles

Véronique Lucas rappelle qu’en Bretagne, 30 % des entrants en agriculture sont des femmes, un chiffre en progression, contre 27 % dans la population agricole active.

Côté convivialité, les jeunes potentiels entrants forment aussi une population qui consomme moins de boissons alcoolisées. Et du côté de leur situation professionnelle, familiale et de leur rythme, ils sont aussi seuls sur leur exploitation. Voire en situation monoparentale. Dès lors, la réunion planning hebdomadaire « le samedi midi, sous forme d’apéro, avec seulement des packs de bière sur la table… » est pointée du doigt par des potentiels entrants questionnés.

Les cumistes confirment les constats de l’enquête

« On partage ce constat, témoigne un cumiste dans la salle. Ce n’est pas éloigné de la réalité. On le sait tous. Ça ne pique pas tant que ça. Mais c’est bien de l’entendre ».

« Même si on ne boit pas d’alcool, il est très important de garder la convivialité, dit un autre, il ne faut surtout pas la supprimer ».

Les réactions fusent. « On a reçu un agriculteur refusé à la cuma de sa commune à cause d’une histoire de terres, témoigne un cumiste. Une cuma de la commune limitrophe. De fil en aiguille, on a récupéré comme ça 5 adhérents de là-bas ! ». Le constat semble bel et bien validé.

Le moment de se retrouver

Les organisations de réunions semblent, elles, être un vrai casse-tête. « Pour l’heure de réunion, on a tout essayé dit l’un. Matin, après-midi, soirée, ce n’est pas les mêmes adhérents qui viennent. Il n’y a rien de bien à 100 % ».

« On se réunit le soir, c’est parfois des longues soirées, entre adhérents bio et non bio, mais ça marche, assure un autre. On rit beaucoup de nos systèmes. Le rire est un bon moyen pour avancer ensemble ».

D’autres cumistes évoquent encore d’autres organisations de réunion. Difficile de trouver la formule magique.

Le phénomène d’autocensure chez les nouveaux entrants

Du côté des nouveaux installés aussi, Véronique Lucas identifie des freins à l’entrée dans une cuma. « On constate un phénomène d’autocensure. Surtout lié à un sentiment de faible compétence en agroéquipement. Cela induit une peur de manquer de crédibilité dans la cuma ». La chercheuse a surtout remarqué ce phénomène chez les femmes et les nouveaux exploitants non issus du milieu agricole.

Pour certaines et certains, ce sont des agriculteurs aidant qui leur ont mis le pied à l’étrier : un frère, un chauffeur d’ETA, etc. « Heureusement, plusieurs personnes ont pris le temps de m’expliquer, partageait en 2025 une agricultrice récemment installée. Dans la majorité des cas, ils sont patients et préfèrent expliquer et me dire moi je fais comme ça ».

Du sentiment de décalage de son modèle de production

Outre les compétences en agroéquipement, Véronique Lucas a aussi constaté de l’autocensure liée à l’exposition de la parole dans le groupe. Sur sa manière de produire, de travailler, il y a de l’appréhension liée à un sentiment potentiel de décalage avec la norme dominante localement.

« J’ai en tête l’exemple d’une agricultrice qui a préféré recourir à une ETA. Alors que son père agriculteur est engagé dans une cuma, elle a craint de montrer son ignorance aux agris du coin qu’elle ne connaissait pas. En plus d’être consciente du décalage de son système de production en céréales bio et fabrication de pain avec l’orientation dominante du secteur en lait ».

Les préjugés subsistent

Autre frein à l’entrée de non-membres identifié dans l’étude de Véronique Lucas, le manque d’informations sur les cuma et leur fonctionnement. « Et ça, même chez les agris expérimentés ».

De fait, les préjugés ont la vie dure. « C’est pour les gens qui ont du temps libre », « c’est plus facile d’appeler l’ETA », etc.

Conséquence, les nouveaux entrants n’obtiennent souvent des informations précises que par des moyens détournés et du réseautage. « Via un réseau en bio », « grâce à l’atelier de mécanique », relève Véronique Lucas dans des témoignages.

Véronique Lucas

Véronique Lucas est chercheuse à l’INRAE. Elle a effectué sa thèse sur les Cuma. Depuis, ses recherches traitent des coordinations agroécologiques localisées entre agriculteurs, voire avec d’autres acteurs. (©Entraid)

Faire connaître les cuma avant l’installation

Face à toutes ces difficultés, Véonique Lucas émet des propositions de pistes de travail pour le réseau. Notamment faire connaître les cuma en formation dont les formations pour adultes. « Car 44 % des entrants dans le métier en France n’ont pas de formation agricole initiale », précise-t-elle.

Mais aussi faire connaître la cuma lors du parcours de pré-installation, notamment hors DJA. « Car par exemple, en Bretagne, la moitié des entrants dans le métier font sans DJA » illustre-t-elle.

Accueillir de nouveaux adhérents en cuma : des modalités d’accueil spécifique à cultiver

« Il faut que les cumistes aillent vers les non adhérents. L’enjeu est de dépasser la méconnaissance et l’autocensure. C’est aussi d’expliquer, de faire connaître, de casser les préjugés et les appréhensions. Cela permet aussi d’écouter les questions et les besoins spécifiques ». Un geste qui peut se formaliser sous forme de réunions spécifiques dédiées aux nouveaux ou non membres. « Ça peut être entre nouveaux installés, entre agricultrices, avec plusieurs cuma voisines… c’est plus facile de s’exprimer entre « débutants ». Ca peut aussi être des séances de présentation de matériels dans la cuma ».

Mettre le pied à l’étrier

Autre piste de travail issue des travaux de Véronique Lucas, l’idée du développement d’activités d’initiation à la conduite, « que ce soit spécifiquement pour les femmes, pour les nouveaux membres. Des cumistes ou chauffeurs volontaires peuvent être identifiés comme personnes ressources pour répondre aux questions sur la conduite ».

Enfin l’adhésion au seul atelier d’entretien-réparation peut être un premier pas plus facile pour entrer dans la cuma ».

Cédric Le Floch

Cédric Le Floch est président du CA de La Fédération des cuma de Bretagne. (©Entraid)

Des pistes d’actions à privilégier

Et de la parole à l’acte, il n’y a qu’un geste, lever le carton. A l’issue de la présentation de ces travaux, il est demandé de voter à main levée sur les pistes d’action à privilégier dans le réseau breton. Les cumistes se retrouvent ainsi largement dans la proposition de faire connaître la cuma avant l’installation et communiquer sur les attitudes adéquates.

L’initiation à la conduite et l’ouverture de l’atelier seul fait moins consensus mais convainc quand même. Les autres pistes d’action ne réunissent pas la majorité. Parmi elles, certaines qui sont en balance seront débattues, promet la fédération régionale.

« Il faut faire connaître les cuma et sensibiliser aux charges de mécanisation, cela avant l’installation, dès l’adolescence, conclue Cédric Le Floch, président de la fédération de Bretagne. Donc il faut plus communiquer. Il faudra aussi plus développer le groupement d’employeur et la prestation, et pas que dans l’atelier. Le CA travaillera sur plusieurs propositions ». Dont acte !

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