Accueillir de nouveaux entrants en cuma, c’est bien. Les garder, c’est mieux. Mais comment identifier puis lever les freins à l‘implication en cuma ? Au travers de ces questions, la Fédération régionale des cuma de Bretagne a invité, jeudi 22 janvier 2026, Véronique Lucas à exposer des résultats de recherche en Assemblée générale. La sociologue qui scrute la dynamique des cuma en France depuis plusieurs années fait ainsi part de certains constats. Des remontées du terrain qui lui font proposer aussi aux fédérations et cuma des pistes de travail et des conseils. Pour impliquer les jeunes cumistes, en somme, il faut simplement s’intéresser à eux, les intégrer, les former. Un peu de professionnalisme s’imposerait donc. Face à ces idées et aux témoignages d’adhérents déçus, des responsables de cuma réagissent.
Parmi les freins à l’implication en cuma : rigueur et écoute sont à la peine
Dans ses résultats d’études, Véronique Lucas pointe d’abord deux faiblesses. D’une part, un manque de formalisme et de rigueur de certains groupes. D’autre part, un manque de démocratie, d’écoute de l’hétérogénéité des besoins.
À l’appui, deux exemples qui lui sont remontés et qui illustrent nombre d’expériences. « J’ai été adhérent de cuma pendant deux mois, à mon installation. Et avant que ça parte en vrille, parce que j’étais trop strict sur l’entretien des machines, j’ai arrêté », a témoigné un agriculteur d’Ille-et-Vilaine en 2025.
D’autres, installés dans une production minoritaire, ne se sont pas sentis intégrés. « Il n’y a pas vraiment de moments dédiés aux explications, au partage » a remonté en 2024 un maraicher du même département, lors d’une des enquêtes de la chercheuse. Des témoignages qui en recoupent d’autres.
Etre formé au matériel pour faciliter l’implication en cuma et monter en compétence
Autre constat, cette fois dans les matériels, l’incompatibilité parfois des équipements pour grandes fermes et besoins en petites et moyennes tractions. Une problématique complexe. Et souvent le besoin pour les nouveaux d’être formés aux matériels de la cuma.
De fait, « l’accès au matériel seul ne suffit pas à l’utiliser au mieux » nous dit Véronique Lucas. « La cuma n’est pas forcément un lieu d’échanges techniques sur le matériel, même juste après l’achat. Pourtant cela pourrait permettre d’optimiser les bénéfices à en tirer. Ca peut donc générer des frustrations, des sentiments de décalages dans les compétences, voire des prises de distance ».
Mieux se connaître pour mieux identifier les besoins
Pour les nouveaux venus, il existe aussi ce que la chercheuse Véronique Lucas appelle « un manque de capacité à faire comprendre ses besoins ».
Cela, d’autant plus que le nouveau cumiste connaît peu ses semblables. « Ceux qui se connaissent savent leurs problématiques. C’est plus facile de trouver les arguments pour convaincre d’acheter tel matériel qui va répondre à leurs besoins ».
Savoir s’adapter aux adhérents installés seuls
Côté planning et entraide, Véronique Lucas constate nombre d’adhérents de cuma en forme sociétale type GAEC. « Il y a cette habitude et donc la difficulté de comprendre et de s’adapter aux contraintes d’organisation des exploitants installés seuls. Or quand on a dans la cuma un adhérent qui est seul actif sur son exploitation à la traite ou sur d’autres ateliers, ou un autre en solo et qui conduit l’ensileuse pour les autres et qu’il doit aussi gérer ses animaux, il faut s’attendre à ce qu’il puisse bénéficier d’écoute et de souplesse pour avoir les machines à certains moments. A défaut, plusieurs m’ont dit qu’ils étaient partis voir des ETA pour ces raisons ».
Six conseils pour lever les freins à l’implication en cuma…
Face à ces difficultés, Véronique Lucas propose plusieurs leviers d’actions destinés aux fédérations et aux cuma. À l’image de ce qu’elle a proposé pour les nouveaux profils d’installés, non encore adhérents, elle évoque des réunions destinées aux nouveaux adhérents. Voire aussi des formations pour qu’ils comprennent et prennent en main avec le moins d’appréhensions possibles les matériels à disposition dans la cuma.
« On manque de formation pour organiser des réunions, réagit un responsable de cuma dans la salle. Et les réunions, ça peut décourager les jeunes qui ont une vie sociale. Je pense donc qu’il y a un travail à faire sur la gouvernance de la cuma, avec l’intégration assez tôt des jeunes, au plus près du CA ».
…et des idées d’administrateurs dans l’AG bretonne
Pour mieux faire face à l’hétérogénéité des situations d’exploitations et de travail, Véronique Lucas évoque une troisième idée d’action. Ce serait la possibilité d’installer systématiquement des discussions post-acquisition de matériel.
Ainsi, l’objectif est bien de « favoriser l’échange d’expériences permettant de compléter l’accès à la connaissance adéquate ». De plus, cela permettrait de « faciliter l’interconnaissance des situations de production et des contextes de chacun des adhérents ». Ou comment mieux se connaître dans le groupe.
Sur ces discussions post-acquisitions, les responsables de cuma dans la salle tombent d’accord sur un travail à engager en ce sens au sein de la région.

Carton jaune ! Lors de l’AG des cuma de Bretagne, les participants étaient invités à se prononcer en faveur des idées d’action à travailler proposées par Véronique Lucas sur l’implication en cuma. (© Entraid)
Vers une expérimentation d’adhésion ou de tarif « éco-modulé » ?
Face à la probable augmentations des besoins et à l’entrée dans les cuma de plus d’exploitants individuels, Véronique Lucas préconise aussi de travailler sur la banque de travail. « Cela peut aussi aider les agricultrices qui auraient des besoins particuliers ». Une quatrième idée qui pourrait amener à dépoussiérer ce système de banque de travail ? À voir.
Plus original, toujours dans cet enjeu d’intégration des hétérogénéités des exploitations adhérant, Véronique Lucas va jusqu’à émettre une proposition sociale de tarif pour l’élaboration des adhésions sur certains matériels en cuma. « Il y a certainement des réflexions à mener sur des tarifs et barèmes tenant compte de besoins en traction plus faibles, par exemple, ou tenant compte de productions en filières minoritaires ».
Rester dans l’échange avec les nouveaux adhérents et échanger entre responsables
Pourquoi ne pas « désigner une personne interlocutrice des « nouveaux arrivés » ? Demande Véronique Lucas. C’est l’idée numéro 5, presque trop simple tellement elle peut paraitre évidente. Et/ou pourquoi ne pas organiser un partage d’expérience sur le maintien des nouveaux cumistes entre responsables de cuma ?
Dans la salle, les responsables de cuma acquiescent et approuvent. Mais le champ de la montée des compétences des responsables de cuma pour garder ses nouveaux cumistes semble encore à explorer et à développer. Notamment en lien avec le changement des générations, des typologies d’exploitations plus individuels, hors cadre et en lien avec des matériels toujours moins accessibles, en coût comme en technologies.
Les bureaux de cuma ont du pain sur la planche.
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