Partager des projets, des rêves et un territoire

Aujourd’hui, prêt à passer le relais, Jean-Claude Dol, président de la cuma l’Epi à La Tour d’Aigues, plaide pour le partage d’une aventure humaine. «Etre en cuma, ça n’est pas seulement partager du matériel, c’est partager des rêves, des projets sur un territoire.»

Jean-Claude Dol, président de la cuma l’Epi.

Fondée en 1946, la cuma de l’Epi a longtemps fonctionné en cuma intégrale. Au fil du temps et de l’évolution des pratiques agricoles, elle a comme beaucoup d’autres fait face à un désengagement de nombreux adhérents. Lorsqu’il en a pris la présidence, voilà quelques dizaines d’années, Jean-Claude Dol, son président actuel, a restructuré la cuma pour lui donner un nouveau souffle en fonctionnant par branche d’activité.

Projet et rêve

Ouvert et très attaché au modèle cuma, il en mesure l’importance pour le territoire et l’impact d’ouvrir les portes à de nouveaux adhérents et à de nouvelles activités pour conserver l’outil. «Dans les années 94-97, la cuma a été confrontée à des problèmes d’investissement. Les adhérents du départ avaient transmis leurs exploitations et/ou avaient changé de production. Le parc de matériel n’était plus adapté. A titre personnel, j’avais des besoins sur mon exploitation, pas de matériel mais des idées. Nous avons redynamisé la cuma grâce à la viticulture qui était devenue une activité principale dans la vallée d’Aigues. Avec la première machine à vendanger, nous nous sommes organisés, non pas en libre-service du matériel, mais nous avons créé des groupes de cumistes, avec de petites sections de 4 à 20 adhérents en fonction des matériels.» Deux pôles de vendanges se répartissent le territoire: Cucuron et Ansouis d’un côté, Pertuis et La Tour d’Aigues de l’autre. «Nous avons ainsi deux machines à vendanger.»

Objectif qualité

50% des adhérents vendangent avec la cuma. «Nous avons modifié l’organisation pour assurer un planning en fonction des cépages et des heures de récolte. Nous faisons le travail moins vite qu’un entrepreneur, dans le respect de la qualité. Aujourd’hui la cuma vendange 160 ha là où il y a six ans elle assurait encore 200 ha. En culture, nous sommes sur 200 ha. C’est difficile de renouveler le matériel à cause de notre faible capacité à investir, cela nous limite aussi pour la récolte.»

Jean-Claude Dol le reconnaît, «pour changer il faut y croire, c’est long et compliqué. En 2009, un groupe en conversion bio s’est créé et a relancé la dynamique. Nous avions besoin de matériel pour le travail du rang. Dans le groupe de travail nous étions sept. Pour acheter une soufreuse de grande capacité, nous avons mis quatre ans, mais ça a marché, nous en avons même acheté une seconde. Pour l’épareuse c’est pareil, le groupe pour ce matériel a discuté longtemps et puis un jour cela a marché.» Le dernier investissement, un broyeur de végétaux, a pris deux ans, et l’épandeur de compost lui aussi a mis du temps à convaincre de son intérêt.

Résister

La cuma de l’Epi est forte de son expérience bien qu’elle souffre d’une image décalée. «Les fermes sont rachetées par des capitaux, c’est une vision plus individualiste du travail. Des investisseurs ne ressentent pas le besoin de se regrouper. Ils font vendanger par un agriculteur qui se lance dans les travaux agricoles chez les autres pour amortir son matériel. Cela a réduit peu à peu le nombre de paysans traditionnels, du coup la capacité d’investissement de la cuma diminue. Il faut résister mais c’est difficile. Dans le pays, les terrains sont rachetés par des gens qui ont tellement d’argent qu’ils n’ont pas besoin de la cuma, parce que le collectif c’est compliqué, travailler avec d’autre ce n’est pas que partager du matériel, c’est aussi partager des rêves, une aventure humaine.»

Article extrait du numéro spécial Entraid’ Provence-Alpes-Côte d’Azur – décembre 2019.

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