Bien souvent, les agriculteurs me contactent en ayant une idée bien en tête de ce qu’ils désirent. Ils n’ont souvent pas pris en compte tous les paramètres de la technique. Retour sur le séchage en grange collectif avec Florian Daloz.
Quels conseils donnez-vous aux agriculteurs qui veulent se lancer dans la conception d’un séchoir en grange collectif ?
Je leur répète que le séchoir en grange n’est qu’un outil. Et comme pour un matériel, il faut l’adapter à sa manière de travailler pour l’utiliser au mieux. Pour cela, je les invite à établir un bilan de manière qu’ils prennent du recul sur leurs techniques d’élevage.
Alors, quels sont les paramètres à prendre en compte ?
Je leur demande, par exemple, quels sont les besoins de leur troupeau en matière de fourrages, quelle est la ration, quel est l’objectif de ce séchoir. Certains agriculteurs visent l’autonomie fourragère, d’autres misent en plus sur l’autonomie énergétique avec une production d’électricité par exemple.
La rentabilité de ces installations diffère des systèmes. Par ailleurs, la conception du système fourrager doit s’intégrer dans le système de l’exploitation. Là on parlera davantage de la main-d’œuvre disponible, de l’ambition des agriculteurs à moyen et court termes mais aussi de la transmission si elle est envisagée.
La météo est aussi déterminante dans la récolte des fourrages, comment abordez-vous cet aspect ?
On établit un bilan climatique avec le nombre de jours de séchage en champ que nous corrélons aux jours de travail disponibles. De là en découle la capacité du séchoir et son objectif de performance.
Le séchage en grange en collectif, c’est possible ?
Oui. Il y en a quelques-uns en France, et ils fonctionnent bien. Deux projets sont en réflexion, un dans la Vienne et un en Alsace à Saint-Louis. Pour ce dernier, il y a une quinzaine d’agriculteurs et environ 300 ha qui pourraient être engagés. Là, les agriculteurs amèneraient leur fourrage et le récupéreraient en bottes après le séchage.
Pour ce projet, il y a une grande implication de l’agglomération où il a un fort enjeu sur l’eau. Avec cet outil en commun, les agriculteurs du territoire peuvent continuer à exploiter sans endommager la ressource en eau. C’est une manière de valoriser la ressource fourragère avec des coûts quasiment identiques tout en assurant l’autonomie fourragère des exploitations.
Justement, dans ce type de projets, quels sont les seuils de rentabilité ?
On estime qu’il faut plus de 150 ha engagés pour concevoir et réaliser un séchoir en grange collectif. En dessous, on estime qu’il sera très difficile d’avoir une dynamique de groupe.
Concernant les coûts d’utilisation, on les estime entre 110 et 130 €/T de matière sèche, récolte, séchage et repressage inclus. Bien sûr, ces chiffres varient selon les installations. Il faut également les comparer à la valeur du fourrage.
Lorsqu’il est au champ, il peut atteindre les 200 €/TMS. Le sécher correctement pour ne pas perdre de valeur nutritive et pour le valoriser tout au long de l’année demande un certain investissement.
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