[2020 vue par la Rédac’] Agriculteur en 1960 vs 2020 : était-ce mieux avant ?

En deux générations, le métier d'agriculteur à bigrement changé. En mieux ou en moins bien ? Etude comparative pour ce 6ème et dernier épisode de notre web-série « 2020 dans les yeux de la Rédaction ».

Le monde agricole a vécu une véritable révolution technique et sociétale, bousculant les modes de vie et augurant un futur que l’on espère meilleur, selon la formule appropriée "Ex praeterito spes in futurum" (*)

Agriculteur 1960 vs agriculteur 2020. Vouloir comparer deux époques est souvent hasardeux. Cependant le coup d’œil à l’histoire nous permet de réaliser à quel point la vie paysanne s’est littéralement métamorphosée. Avec ses bons et ses moins bons côtés.

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Agriculteur 1960 vs agriculteur 2020 : choix professionnel implicite vs délibéré

En 1960 lorsqu’on naissait dans une famille paysanne, on avait de bonnes chances de le devenir à son tour. On héritait d’autant plus facilement du métier que la ferme de l’aïeul était de bonne taille et que son troupeau avait fière allure.

En 2020, tout jeune qui embrasse ce métier le fait d’abord par goût personnel, après avoir étudié quelques années dans une école d’agriculture et réalisé des stages. Ce qui induit forcément une perception différente du métier que l’on a choisi en connaissance de cause généralement.

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Vie familiale et professionnelle : confondue / distincte

Le poids des traditions et de la famille en 1960 était encore très prégnant. En outre, la carrière d’agriculteur s’entremêlait intimement avec la vie conjugale et l’environnement familial, enfants et grands-parents confondus.

En 2020, les installations hors cadre familial sont en passe de devenir majoritaires et celles entre époux sont beaucoup moins nombreuses. Quand c’est le cas, le conjoint ou la conjointe jouit d’une reconnaissance professionnelle et sociale, avec des droits garantis par un statut d’exploitant à part entière. Ainsi, l’agricultrice n’est plus inféodée professionnellement à son mari.

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Pénibilité : force musculaire / nouveaux risques

Avant, la force physique était requise à chaque moment. L’agriculteur était harassé par la traite manuelle et le pansage des animaux, fourbu par les travaux des champs avec le cheval et les corvées de battages entre agriculteurs voisins (même si c’était l’occasion de réjouissances forts attendues). Le labeur était éprouvant pour les femmes aussi, souvent mobilisées pour confectionner les charrettes de foin par exemple. L’arrivée du round-baler est de ce point de vue un progrès considérable !

2020, la mécanisation est passée par là. Elle a révolutionné les pratiques. Les gestes demandent moins de force musculaire. Mais, leur répétition génère parfois l’apparition de troubles musculosquelettiques, observés chez les trayeurs par exemple. Une tendance à la spécialisation des élevages avec des tailles de cheptel qui ont quintuplé a accentué le phénomène. Signalons aussi les risques insidieux qui pèsent sur la santé humaine tels que le travail continuel dans les bâtiments hors-sol dont la qualité de l’air est parfois altérée ou la manipulation de produits médicamenteux ou phytos.

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 Charge mentale : simplicité / complexité

Hier, les agriculteurs n’étaient nullement exempts de soucis. On craignait que les récoltes fussent trop peu abondantes ou de piètre qualité, ou bien encore que la maladie accable son troupeau sans produits vétérinaires à portée de main. Les besoins de revenus étaient modestes en phase toutefois avec un style de vie plus économe. Et la diversité des productions de la ferme, partiellement écoulée en direct, garantissait des rentrées minimales de ressources.

Les emprunts qui pèsent aujourd’hui sur la tête des nouveaux éleveurs deviennent parfois pharamineux ! De plus, une succession de règles s’est imposée subrepticement dans tous les domaines : comptabilité, hygiène, environnement, fiscalité, doit du travail, etc. Jusqu’à compromettre l’épanouissement d’un certain nombre d’éleveurs qui avouent supporter difficilement tous ces soucis financiers ou règlementaires.

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Agriculteur 1960 vs agriculteur 2020, temps de travail : mode de vie vs temps libre

En 1960, les GAEC étaient tout juste officialisés. Et les services de remplacement ou les groupements d’employeurs n’existaient pas ou très peu. Ainsi, les soins journaliers des animaux asservissaient l’éleveur 365 j/365. Personne ne s’en plaignait réellement à défaut d’avoir goûté au repos du week-end et au charme du dépaysement qu’offre 1 ou 2 semaines de vacances. Juste une respiration dominicale de quelques heures faisait l’affaire. Cependant en cours de journée, on savait prendre le temps de trinquer avec son voisin et de parler de la pluie et du beau temps à défaut de regarder sur écran sa station météo connectée.

Une forme de division du travail s’est instillée en agriculture comme ailleurs. En effet, on cherche la rapidité d’exécution en espérant gagner en productivité du travail. La comparaison avec le rythme de travail des salariés passés depuis 20 ans au 35 heures hebdomadaires, est souvent un réflexe. Certes, on ne travaille plus généralement qu’un week-end sur deux dans les exploitations sociétaires et même un sur trois pour les mieux organisées. Mais les journées passées au travail, ne laissent guère de répit.

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(*) Formule latine qui signifie « L’espoir pour l’avenir s’enracine dans le passé »

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