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Au fait, c’est quoi, du ‘bon travail’?

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Au fait, c’est quoi, du ‘bon travail’?

Qu'est-ce que du "bon boulot?" Tout le monde n'a pas la même définition.

Du bon travail, du bon boulot, qu'est-ce que c'est? Cela paraît évident, mais ne l'est pas tant que cela. Une problématique majeure lorsqu'on est amené à travailler à plusieurs, comme en cuma.

La notion de ‘bon travail‘ n’est pas si évidente pour tout le monde. On le comprend en écoutant des signaux captés ça et là. Ce jeune installé, qui aborde les TCS, en conflit avec son père à propos de la propreté de ses parcelles. Ou ces responsables de cuma qui décident d’installer une ‘commission casse’ pour diminuer le nombre de sinistres.

Ou encore cette équipe de salariés de cuma. Ils foncent pour enchaîner les chantiers. Tandis que les adhérents prêtent davantage attention à la qualité du travail effectué qu’au temps passé.

Travail bien fait

Au carrefour de toutes ces tensions, la notion de ‘travail bien fait’, laquelle varie énormément d’une personne à l’autre. Dans les cuma, que les machines soient conduites par des adhérents ou des salariés, ces différentes interprétations peuvent émerger à propos de sujets concrets. Comme les conditions d’utilisation des matériels, la maîtrise des réglages, la vitesse de travail, l’organisation des chantiers et des trajets.

Ou encore le degré de soin apporté aux manœuvres et à la conduite, le nettoyage, le graissage et l’entretien quotidien des matériels, l’enregistrement des heures/volumes/surfaces effectués. Ou enfin l’articulation des responsabilités entre les personnes, le temps passé à se transmettre des informations, à prendre des nouvelles.

Ces facteurs sont au cœur des conversations, des silences, et parfois des conflits dans les cuma.

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Crédibilité en jeu

Le ‘bon boulot’, une notion d’autant plus cruciale qu’elle définit la crédibilité de la cuma sur son territoire. À titre d’exemple, une forte proportion de jeunes installés pense encore que les matériels de cuma ne sont jamais disponibles quand il le faut, et mal entretenus.

Disponibilité et entretien du matériel, des aspects qui conditionnent le fait que les cuma attirent de nouveaux adhérents, qui choisissent de s’engager, de rester ou pas.

Le ‘bon travail’ selon les cumistes

Le projet Co-Agil, porté par la fédération régionale des cuma Auvergne-Rhône-Alpes, vise à identifier freins et facteurs facilitant la transmission des responsabilités. Ce dans le cadre du renouvellement des générations dans les collectifs d’agriculteurs. Le tout dans un contexte de mutations importantes, agroécologie et technologies numériques en tête.

La définition du travail bien fait partie des quatre piliers identifiés par l’équipe. À égalité avec le sens du travail, la reconnaissance et la coopération. Ces ‘fondamentaux’, s’ils sont équilibrés, dans une cuma, rendent le renouvellement et la transmission fluides. «Seulement, l’équipe s’est aperçue que cette notion de travail bien fait était encore peu caractérisée», explique Mathilde Grau, stagiaire au sein de la frcuma AuRA, dont la mission a consisté à préciser le sujet.

Pour cela, elle a choisi deux cuma porteuses de Groupement d’intérêts environnemental et économique (GIEE) et interrogé dans chacune des structures une dizaine de cumistes, dotés de profils variés, sur leurs définitions et perception d’un bon boulot.

Les quatre facteurs des agriculteurs pour un ‘bon travail’

Mathilde Grau a identifié les quatre facteurs les plus fréquemment cités par les agriculteurs:

  • l’aspect économique (rémunération/viabilité de l’exploitation /tarif) tout d’abord,
  • l’efficacité (le temps passé, le fait de ne pas y revenir) ensuite,
  • puis l’apparence (visuelle, olfactive…),
  • et enfin la production (qualité, quantité).

Ce qui n’empêche pas les disparités: «Même si ces agriculteurs avaient la même définition du bon travail, ils ne le mettraient pas du tout en pratique de la même manière dans leurs exploitations», relève-t-elle. «Simplement parce que les agriculteurs ont des niveaux de satisfaction très différents.»

Pourquoi ? Parce qu’ils sont le produit de trajectoires de plus en plus éloignées les unes des autres. Mais aussi parce que les exploitations s’agrandissent, la main-d’œuvre diminue, les structures d’exploitations se modifient peu à peu. En bref, les agriculteurs qui s’installent aujourd’hui et ces dernières années n’ont pas forcément les mêmes références que leurs pairs.

Autre évolution forte, qui vient impacter la façon dont les professionnels jugent le résultat de leur activité: la transformation des priorités à l’intérieur du foyer, la volonté de sanctuariser du temps libre pour les loisirs, les vacances, la famille.

Ajoutons à cela le regard que les autres portent sur leurs parcelles, leur troupeau, leur travail, qu’il s’agisse des collègues, ou bien de personnes extérieures au milieu agricole, de plus en plus enclines à s’intéresser au travail des agriculteurs.

Team ‘Pentagone’ ou ‘Stalingrad’?

Mathilde Grau dessine aussi deux types d’attitudes de la part des agriculteurs, qu’elle rebaptise en souriant ‘Pentagone’ et ‘Stalingrad'(1).

La première correspond à des exploitations desquelles rien ne filtre… ou alors, où «tout va bien!»

La seconde correspond à une exploitation dans laquelle l’agriculteur expose sans fard ses difficultés quotidiennes à ses pairs, pourvu que la discussion le mène à des solutions.

Elle note aussi que les agriculteurs habitués à faire évoluer leur système d’exploitation semblent plus enclins à parler de leurs pratiques, à expérimenter aussi pour et avec les autres… donc à faire évoluer la notion de ‘travail bien fait’.

On le voit, les priorités des exploitants évoluent à vitesse grand V. Si une tension émerge, il y a fort à parier que les deux parties n’ont pas exactement la même définition du bon boulot.

Autant donner à chacun une chance de s’exprimer pour trouver un terrain d’entente, quitte à élargir la discussion à l’ensemble du bureau ou aux adhérents. Lesquels doivent aussi exprimer leurs priorités et entendre celles des autres.

Pour cela, il faut aussi ne pas se contenter d’évidences et exprimer clairement la manière dont on travaille. Ce n’est pas toujours facile. On peut avoir peur d’être jugé, ou considérer que tout est évident, mais c’est nécessaire pour vérifier que l’on parle bien de la même chose.

Leur ferme idéale

Mathilde Grau a soumis les participants –tous éleveurs– à une trame de questions serrée. Les réponses à la question «Quelle serait votre ferme idéale?» reflètent les préoccupations des répondants.

  • Une ferme sans élevage.
  • Des vaches issues d’embryons canadiens, qui ‘pissent du lait’.
  • La mienne.
  • Une ferme diversifiée qui fait revenir la biodiversité.
  • En TCS, pour me remobiliser sur mon métier.
  • Un parcellaire regroupé.
  • À taille humaine, ne surtout pas s’agrandir.
  • Vingt heures de travail maximum par semaine.
  • Un salarié pour tout faire.
  • Une seule traite par jour.
  • De l’irrigation.
  • Des systèmes simples, peu de matériels.
  • 15 vaches, seulement pour des essais et de l’expérimentation.

(1)en référence au Pentagone américain (QG du département de la Défense) et à la bataille de Stalingrad (l’une des batailles les plus sanglantes et stratégiques de la Seconde Guerre mondiale).